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Statistiques de Justinpetitcoucou jusqu’au 15 juillet 2016

Le profil du graphe des statistiques basiques de ce blog est semblable à celui que j’ai publié hier soir pour Petitcoucou, c’est-à-dire qu’il montre un regain d’activité du double jaune devenu allemand à compter du 6 juillet 2016, avec une pointe avant l’attentat, le 13 juillet 2016 pour celui-ci, et précédemment une petite pointe le 29 juin 2016 :

 

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Suite des statistiques basiques de Justinpetitcoucou :

 

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Le succès apparent de mes articles de blog lus par catégorie ou par page ne résulte que de l’activité démentielle du double jaune qui se domicilie en Allemagne depuis le 13 avril dernier et n’est autre, comme à chaque fois que se produit un phénomène aussi délirant concernant mon activité internétique, que le malade mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi.

 

Statistiques avancées de Justinpetitcoucou :

Visiteurs – 30 derniers jours

Date Visites Unique Rebonds
16/07/2016 12 11 11
15/07/2016 51 48 42
14/07/2016 22 22 16
13/07/2016 38 37 31
12/07/2016 23 22 17
11/07/2016 28 28 21
10/07/2016 22 19 17
09/07/2016 33 31 25
08/07/2016 25 24 19
07/07/2016 29 20 18
06/07/2016 30 29 22
05/07/2016 28 25 21
04/07/2016 32 27 20
03/07/2016 25 24 21
02/07/2016 13 13 11
01/07/2016 30 24 23
30/06/2016 30 29 28
29/06/2016 34 33 30
28/06/2016 35 34 31
27/06/2016 33 28 24
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25/06/2016 23 21 18
24/06/2016 16 16 10
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20/06/2016 42 39 34
19/06/2016 37 35 25
18/06/2016 47 47 32
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Comme d’habitude, les statistiques avancées du blog, conformes à la réalité, permettent de faire ressortir les artifices résultant de l’activité du double jaune dans les statistiques basiques du blog.

Le nombre important de visiteurs réels de ce blog depuis hier est parfaitement normal et ne résulte que des événements de jeudi soir à Nice, amenant naturellement les gens à rechercher de l’information.

On notera à ce propos que si les médias officiels semblent tous avoir oublié l’attentat du Marché de Noël de Nantes du 22 décembre 2014, en revanche le public ne l’oublie pas. Ce sont les articles y consacrés qui m’ont valu hier un surplus de lecteurs pour ce blog.

Reine Pédauque : lépreuse, orthodoxe ou scandinave ?

Je poursuis mon incursion chez les cagots qui me ramènera bientôt à l’un de mes sujets de prédilection, la psychiatrie moderne.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Reine_P%C3%A9dauque

Reine Pédauque

La Reine Pédauque : lépreuse, orthodoxe ou scandinave ? dans Insolent - Insolite 45px-Question_book-4.svg
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Des informations de cet article ou section devraient être mieux reliées aux sources mentionnées dans la bibliographie, sources ou liens externes. (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).Améliorez sa vérifiabilité en les associant par des références.

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Reine Pédauque (homonymie).

 

La reine Pédauque est une reine mythique qui trouverait son origine dans la ville de Toulouse à l’époque où elle était capitale du royaume wisigoth (de 413 à 508). Elle se caractérise par un pied d’oie, d’où son nom : « pè d’auca » en occitan signifie « pied d’oie »; l’étymologie attribuée par d’autres sources au bas-latin, est tout aussi probable, « pes aucæ »1. Des reines pédauques, de diverses origines et significations, sont sculptées sur les portails de plusieurs églises de France2.

Sommaire

Le pied d’oie

Le pied d’oie est une particularité que Pédauque partage avec de nombreuses personnalités historiques, également plus ou moins mythiques ; d’une part, des nobles ou des reines — la reine de Saba, et de nombreuses Berthe comme la reine Bertrade de Laon, plus connue sous le nom de Berthe au grand pied ; d’autre part, des saintes, généralement d’origine royale ou noble, devenues bergères et fileuses, et marquées de ce signe, ou frappées par la lèpre, miraculeusement, pour échapper aux assiduités d’un prétendant (sainte Isbergue en Artois, sainte Néomoise ou Néomaye dans le centre de la France, sainte Énimie dans les gorges du Tarn). La patte d’oie et la lèpre sont en effet étroitement liées : cette maladie entraînant des affections cutanées pouvant faire penser à la peau des pattes de palmipèdes. La patte d’oie était la marque distinctive des lépreux au Moyen Âge et, plus tard des cagots du sud de la France (parmi les hypothèses sur l’origine des cagots, figure celle selon laquelle ils auraient été les descendants de lépreux).

La reine Pédauque de Toulouse

220px-Pedauque dans Perversité

Détail du plan de Toulouse par Albert Jouvin de Rochefort (1680), le seul plan montrant les restes du pont vieil dit de Pédauque (ici marqués en jaune)

Les premiers textes anciens qui l’évoquent, à l’époque de la Renaissance, font état d’une « fille de Marcellus, cinquième roi de Toulouse, nommée Austris ». Selon Nicolas Bertrand (de Tolosanum Gestis publié en 1515)3, Austris était pleine de douceur, de modestie et de bonté. « Dieu ne voulut pas qu’une créature aussi vertueuse embrassât le culte païen, aussi lui envoya-t-il une lèpre hideuse ». Cachant sa maladie, Austris se tourna vers l’enseignement des saints Saturnin[Lequel ?], Martial et Antonin d’Apamée (ou Antonin de Pamiers). Baptisée, elle guérit, mais cacha aussi sa guérison4. Bertrand raconte que le roi son père lui fit construire au quartier dit la Peyralade, un magnifique palais dont une salle, dite bains de la reine, était directement approvisionnée en eau par un aqueduc5. Le personnage de la reine Pédauque était semble-t-il connu des Toulousains depuis très longtemps, en ce début du XVIe siècle.

Antoine Noguier, un autre historien toulousain6, ajoute aux récits de son prédécesseur une description des bains de la reine Pédauque. Il raconte que le roi Marcellus capta une source dans l’actuel quartier Saint-Cyprien, puis fit bâtir un aqueduc pour amener ses eaux jusqu’à son palais. Il conclut en disant que Marcellus et Austris, qui est probablement la régine Pedauco, sont des personnages mythiques. Aucun Marcellus ne figure parmi les rois wisigoths de Toulouse, mais il pourrait être antérieur à leur arrivée (la chronologie est extrêmement douteuse, les trois saints cités n’étant pas contemporains).

La source et l’aqueduc, aujourd’hui disparus, sont bien connus : l’aqueduc de Lardenne et le Pont Aqueduc ou Pont-Vieux. Un ensemble hydraulique (captage de sources et thermes), non loin du trajet de l’aqueduc, mais vraisemblablement indépendant, dont des vestiges subsistèrent jusqu’en 1834, s’appelait les « bains de la Régine », et plus tard « bains de la Régine Pédauque » (banhs de la regina Pedauca). Le nom gagna l’ensemble du dispositif : on parla alors de l’aqueduc de la reine Pédauque, et le pont-aqueduc qui traversait la Garonne devint le pont de la Reine Pédauque7.

En 1621, l’abbé Chabanel, curé de la Daurade, publie une histoire de la Daurade dans laquelle il présente la reine Pédauque comme l’épouse de Théodoric III (ou Théodoric II ? car il n’ y a pas eu de Théodoric III), Ragnachilde, arguant du fait qu’elle aimait prendre des bains, et que son sarcophage portait également des dessins de pieds d’oie (qui sont en fait des plis de tentures)8,9.

En 1718, on fit procéder à l’examen d’un tombeau de marbre, découvert dans l’ancien cimetière des Comtes, devenu cimetière communal de la Daurade (proche de l’emplacement de l’ancien palais des rois wisigoths) ; ce tombeau était supposé être celui de la princesse Austris. Les archéologues relevèrent « assez distinctement sur le haut un pied d’oyson de chaque côté ». Ce sont toujours les plis de deux tentures.

Une légende dit que la reine Pédauque possédait une quenouille merveilleuse, qui ne s’épuisait jamais, lui permettant de filer sans cesse. Frédéric Mistral (Trésor du Félibrige) cite Rabelais, donnant comme juron toulousain « par la quenouille de la reine Pédauque ». Rabelais, décrivant des adversaires aux pieds larges : « et estoient largement pattez, comme sont des Oyes, et comme jadis à Tholose les portoit la royne Pedaucque »10. Mistral cite un autre dicton : « du temps que la reine Pédauque filait », pour parler du « vieux temps ». Mais il cite aussi « du temps que Berthe filait », évoquant Berthe, épouse de Boson, comte d’Arles au Xe siècle. D’autre part, le filage est une des activités des bergères, saintes ou pas, et la quenouille leur attribut principal.

La reine Pédauque « historique »

Selon Renée Mussot-Goulard, Pédauque est une princesse wisigothe, de la dynastie des Balthes, fille d’Alaric Ier, sœur du roi des Wisigoths Wallia et de la princesse Pélagie (femme du Comte Boniface puis d’Aetius). Elle est l’épouse de Théodoric Ier, roi des Wisigoths et lui donne deux fils Thorismond et Théodoric II, à leur tour rois des Wisigoths11.

Il faut reconnaître dans le roi Marcellus des textes anciens, une allusion au dieu Mars qui est une constante des fondements de la royauté tervinge et que l’on retrouve jusque dans les champs des guerriers. Il s’agirait donc d’une allusion au roi Alaric Ier, identifié à Mars. Même si tous les rois balthes seront qualifiés par les chroniqueurs contemporains, de Mars, comme Euric par Sidoine Apollinaire.

Sa réputation de reine aux pieds palmés serait une mauvaise interprétation de son nom. Elle était homéenne de religion, donc hérétique pour les catholiques qui conteront son histoire, et le dessin du pied palmé étant un signe distinctif du Moyen Âge pour désigner les exclus ou les marginaux, cette particularité corporelle lui serait ajoutée à tort.

Les « reines Berthe » et autres reines Pédauque non toulousaines

La figure de la reine Pédauque liée à plusieurs personnages portant le nom de Berthe semble à l’évidence une référence à la divinité germanique Perchta équivalent de Holda ou de la déesse scandinave Freyja [réf. souhaitée]. Dans les pays alpins de tradition germanique (Souabe, Bavière, Autriche, Suisse, Alsace…), Perchta est une déesse d’apparences variables, parfois très belle, blanche comme la neige, ou franchement horrible, toujours dotée d’un pied d’oie ou de cygne, et souvent en train de filer, principalement pendant les douze jours d’hiver entre Noël et Épiphanie (selon la terminologie chrétienne à laquelle la tradition s’est adaptée). Son nom signifiant « brillante » ou « lumière », elle est souvent représentée par sainte Lucie.

Berthe de Souabe, dite la Filandière ou la reine fileuse, apparaît ainsi comme une personnification directe de Perchta.

Jean-Baptiste Bullet, théologien de l’Université de Besançon, échappe le premier à la sphère toulousaine. Il raconte que Robert Ier, Robert « le Pieux », roi de France, ayant épousé en 995 sa cousine Berthe de Bourgogne, fut excommunié par le pape Grégoire V. Il finit par la répudier. Mais entretemps, la légende dit que Berthe aurait mis au monde un fils doté non pas d’un pied, mais d’une tête et d’un cou d’oie : signe de malédiction du Ciel ? Robert étant le protecteur de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, il y fut représenté en statue, vis-à-vis d’une statue « de la reine Pédauque ». Pour justifier de la forte réputation de son nom à Toulouse, Bullet imagine une explication quelque peu forcée, où Constance d’Arles, la nouvelle épouse de Robert, cherche à tout prix à discréditer Berthe. C’est lors d’un passage qu’elle fait à Toulouse que Constance aurait baptisé « reine Pédauque » ce qui n’était qu’un pont anonyme.

Il y avait avant elle, chronologiquement, une autre « Berthe », Bertrade de Laon, épouse de Pépin le Bref. Mais sa légende est forgée tardivement, vers 1275, par le trouvère Adenet le Roi : selon lui, Berthe de Hongrie, qui a un « grand pied » (ou un pied-bot ?) doit épouser Pépin le Bref, mais au cours du voyage vers la France, sa suivante, qui lui ressemble étonnamment, la séquestre, se fait passer pour elle, et épouse le roi. Ce n’est qu’au bout de plusieurs années que Berthe fera éclater la vérité, son pied attestant de sa vraie identité. Selon la croyance de l’époque, Pépin avait déjà une épouse, qu’il répudia quand il fit venir Berthe auprès de lui. Le roman d’Adenet donnait une légitimité à l’union de Pépin et de Berthe, donc à Charlemagne.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des érudits rivalisent dans les hypothèses. Le Père Mabillon, ainsi que le Père Montfaucon, penchent pour Clotilde, épouse de Clovis. L’abbé Lebeuf propose la reine de Saba, à qui Salomon aurait concédé qu’elle était une des plus belles femmes du monde, mais que « ses pieds n’y répondaient guère ».

Le signe du pied difforme : les saintes lépreuses

La première sainte gratifiée de cette marque est immédiatement dans la lignée de Berthe au grand pied, puisqu’il s’agit de sa propre fille sainte Isbergue, ou Ybergue, ou encore Gisèle, donc fille de Pépin le Bref et sœur de Charlemagne. Destinée à être mariée au fils du roi d’Angleterre, elle préféra suivre sa vocation religieuse et l’enseignement de saint Venant. Une lèpre soudaine vint lui couvrir le corps, mettant fin aux projets matrimoniaux, mais dans sa colère le prince anglais fit décapiter Venant. Dans la commune d’Isbergues (Pas-de-Calais), on venait prier la sainte pour guérir les maladies de peau et des yeux, à la source que saint Venant aurait faite jaillir, et qui aurait guéri Isbergue.

À partir de là, cette situation se reproduit, avec diverses variantes, pour de nombreuses saintes :

  • Sainte Néomoise, ou Néomaye, ou Néomoye, bergère et fileuse, mais issue d’une famille noble, convoitée par un homme, obtient un pied d’oie dont la vue fait reculer le prétendant.
  • Sainte Énimie, princesse mérovingienne, sœur de Dagobert Ier, est atteinte de la lèpre envoyée par Dieu pour l’écarter elle aussi d’un hymen non désiré. Elle en est guérie miraculeusement en se baignant dans une fontaine, dans le village de la Lozère qui porte aujourd’hui son nom. Elle s’y installe définitivement, fonde un couvent, combat le Drac, un monstre diabolique…

Hypothèses

Le thème de la Reine Pédauque réunit plusieurs constantes : il s’agit d’une femme d’origine noble ou aristocratique, atteinte soit par la lèpre, soit ayant un pied palmé comme celui d’une oie, et souvent liée au thème de l’eau (les bains et l’aqueduc, les diverses fontaines et sources miraculeuses). Les divers exégètes ne se sont pas fait faute de trouver des explications plus au moins ingénieuses. La reine Pédauque aurait été une excellente nageuse, qui utilisait l’aqueduc pour aller et venir d’une rive à l’autre de la Garonne. Seul son amour immodéré des bains aurait justifié le surnom de pè d’auca12. Pour d’autres, plus récents, pè d’auca est le sobriquet d’une personne boiteuse. La confusion serait alors venue d’une représentation symbolique de la boiterie, dans la statuaire, par un pied d’oie. Représentation qui aurait été prise « au pied de la lettre ». Mais on sait que ce genre d’argumentation ne résiste pas à l’analyse : le terme existait bien avant toute représentation visuelle.

L’influence de la Perchta germanique, fileuse au pied d’oie, ou du moins une préfiguration de celle-ci, qui aurait été apportée par les Wisigoths, sur les variations autour de la reine Pédauque, peut être envisagée.

Pédauque en littérature

Dans son roman La Rôtisserie de la reine Pédauque, Anatole France résume assez bien la diversité des aspects de ce personnage : [Les savants] ont reconnu Ma Mère l’Oie dans cette reine Pédauque que les maîtres imagiers représentèrent sur le portail de Sainte-Marie de Nesles dans le diocèse de Troyes, sur le portail de Sainte-Bénigne de Dijon, sur le portail de Saint-Pourçain en Auvergne et de Saint-Pierre de Nevers. Ils ont identifié Ma Mère l’Oie à la reine Bertrade, femme et commère du roi Robert ; à la reine Berthe au grand pied, mère de Charlemagne ; à la reine de Saba, qui, étant idolâtre, avait le pied fourchu ; à Freya au pied de cygne, la plus belle des déesses scandinaves ; à sainte Lucie, dont le nom était lumière. Mais c’est chercher bien loin et s’amuser à se perdre13.

Notes

  1. Encyclopédie, citant le P. Mabillon, qui pense que la reine Pédauque était la reine Clotilde, hypothèse démentie par les encyclopédistes.
  2. article Reine Pédauque, dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
  3. Nicolas Bertrand est notamment cité dans l’article Reine Pédauque de l’Encyclopédie
  4. Bertrand, cité par Pierre Salies in Archistra, no 158
  5. cité dans l’Encyclopédie, article Reine Pédauque
  6. Antoine Noguier qui publie une histoire de Toulouse en 1559, reprend en bonne partie les dires de Bertrand. Il est lui aussi cité dans l’article Reine Pédauque de l’Encyclopédie.
  7. Pierre Salies, Archistra
  8. L’article Reine Pédauque de l’Encyclopédie cite également l’abbé Chabanel, mais le roi son époux est nommé Euric, sans précision de numéro
  9. L’Histoire de Toulouse illustrée, d’Anne Lestang, reprend cette hypothèse : Ragnachide et non Ragnachilde, aurait été l’épouse de Théodoric II. Éditions le Pérégrinateur, 2006, p. 30
  10. Rabelais, Pantagruel, Quart Livre, Chapitre XLI, Édition Pléiade p. 635, Encyclopédie
  11. http://gw.geneanet.org/loic15?lang=fr;pz=anais+marie+louise;nz=priou;ocz=0;p=pedauque;n=des+wisigoths [archive]
  12. C’est notamment la version de Diderot dans l’Encyclopédie, tome 28, édition de 1780, p. 178
  13. Ce texte (1892) est repris à peu près littéralement d’un passage du Livre de mon ami (1885)

Sources et bibliographie

Voir aussi

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_orthodoxe

Église orthodoxe

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir orthodoxe.

220px-Hagia_Sophia_Imperial_Gate_mosaic_2 dans Politique

Mosaïque de la Porte impériale de l’ancienne basilique Sainte-Sophie de Constantinople : l’empereur Léon VI le Sage se prosterne devant le Christ Pantocrator ; les médaillons figurent l’archange Gabriel et Marie.

220px-Pantokrator_13cent

Le Christ Pantocrator du Monastère de Hilandar, au Mont Athos (Grèce).

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220px-Interior_of_St_Volodymyr%27s_Cathedral_in_Kyiv

L’« Église orthodoxe » ou « Communion des Églises orthodoxes » regroupe les nombreuses Églises territoriales qui se réclament de la théologie des sept premiers conciles du christianisme et des canons ou lois qu’ils ont édictés.

Le christianisme orthodoxe (en grec Ὀρθοδοξία, signifiant « opinion juste ») professe descendre directement des premières communautés chrétiennes fondées par les apôtres de Jésus dans les provinces orientales de l’Empire romain.

Sept de ces Églises orthodoxes se réclament d’une fondation par un apôtre, ou un évangéliste, au Ier siècle, l’Église orthodoxe de Constantinople fondée par l’apôtre André, l’Église d’Alexandrie et de toute l’Afrique fondée par Marc, l’Église d’Antioche et de tout l’Orient fondée par les apôtres Pierre et Paul, l’Église orthodoxe de Jérusalem fondée par l’apôtre Jacques, l’Église de Géorgie fondée par l’apôtre André, l’Église orthodoxe de Chypre fondée par Paul et l’Église orthodoxe de Grèce fondée par Paul : certaines portent la dénomination officielle d’apostoliques, d’autres non.

Les Églises orthodoxes se sont réparties dans le monde entier au travers de la diaspora des communautés d’origine et par le biais de convertis. Ces Églises en inter-communion partagent une compréhension, un enseignement et des offices qui avaient cours à l’origine dans l’Empire romain d’Orient et se considère comme faisant partie d’une seule et même Église.

Avec les chrétiens orthodoxes des Églises des deux conciles et ceux des Églises des trois conciles, les chrétiens orthodoxes des Églises des sept conciles représentent dans le monde la troisième plus grande confession chrétienne en nombre de fidèles après l’Église catholique et les dénominations protestantes. On estime à 250 millions le nombre de chrétiens orthodoxes dans le monde1,2.

Elles sont principalement présentes dans l’antique zone de culture grecque, c’est-à-dire dans la zone orientale du bassin de la Méditerranée (Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Égypte, Arménie, Géorgie), dans les zones de peuplement slave (Russie, Ukraine, Biélorussie, Bulgarie, Serbie, Monténégro, République de Macédoine) ainsi qu’en Roumanie et Moldavie.

Les Églises orthodoxes célèbrent la liturgie selon cinq rites différents (byzantin, arménien, antiochien, chaldéen et alexandrin3) ; la Bible et la Liturgie sont lues dans les langues nationales actuelles ou anciennes (araméen, arménien classique, grec des Évangiles, vieux-slave).

Sommaire

Définitions

Article connexe : Christianisme orthodoxe.

L’Église orthodoxe, Église des sept conciles

L’Église orthodoxe (ou Communion orthodoxe) est tout d’abord le nom officiel d’un corps ecclésial fondé par les apôtres et organisé par les Pères de l’Église, leurs successeurs depuis les premiers temps du christianisme. L’instance suprême de cette communion est le concile œcuménique, seul habilité à décider des formulations dogmatiques. L’instance immédiatement inférieure est le synode des primats qui se réunit pour s’adresser aux autres communautés chrétiennes. Puis viennent les 14 Églises autocéphales dirigées chacune par un synode présidé par le primat.

L’Église orthodoxe est ainsi l’ensemble des Églises des sept conciles qui se trouvent en communion les unes avec les autres. La communion est matérialisée de plusieurs manières et en particulier par la communauté eucharistique, la communion de foi et par les con-célébrations des membres du clergé, par les diptyques et par l’ordre honorifique de chacune des Églises autocéphales (voir Liste des Églises orthodoxes)

Les églises orthodoxes considèrent ne former qu’un seul corps dont le chef n’est autre que le Christ lui-même, et c’est la communion de foi qui prévaut et qui rend inutile une administration commune. Bien qu’autocéphales, elles ne sont pas indépendantes les unes des autres, même en l’absence voulue d’un chef terrestre absolu comme le Pape et d’une administration centralisée comme le Vatican.

Les Églises orthodoxes des deux et trois conciles

Une erreur commune qualifie de « orthodoxe » la foi de toute Église orientale indépendante de Rome. Ce n’est pas le cas : s’il y a en effet deux autres confessions orthodoxes différentes,

  1. Églises des deux conciles, l’Église assyrienne ou syriaque-orientale parfois dite nestorienne,
  2. Églises des trois conciles ou communion miaphysite, appelée aussi pré-chalcédonienne ou communion orthodoxe orientale,

il y a aussi des Églises orientales indépendantes.

Ces expressions officielles autant que techniques se réfèrent aux conciles christologiques dont elles acceptent les conclusions. Voir Dogmes chrétiens.

Les autres Églises orientales indépendantes

Article détaillé : Chrétiens d’Orient.

Les principes fondamentaux

220px-Grece_meteores_varlaam

L’Église orthodoxe se comprend comme l’Église chrétienne « des origines », « une, sainte, catholique et apostolique ». Ainsi, elle considère que toutes les autres Églises (ou confessions), y compris la catholique romaine, sont ses membres ou potentiellement ses membres, même si des séparations ont pu, provisoirement ou durablement, empêcher la communion. Une Église orthodoxe conçoit aussi tous les chrétiens résidant dans son territoire canonique comme relevant de sa responsabilité pastorale même si certains d’entre eux ne la reconnaissent pas comme leur patrie spirituelle.

L’évêque est successeur des apôtres

Pour les orthodoxes, l’épiscopat est le plus haut rang de la hiérarchie ecclésiastique : l’évêque possède la plénitude du sacerdoce chrétien, il est en cela une image du Christ, le seul grand prêtre et le seul sacrificateur de la Nouvelle Alliance. Chaque évêque est successeur de l’ensemble des douze apôtres et cette succession est matérialisée par la succession apostolique, par la consécration de tout évêque par d’autres évêques, eux-mêmes consacrés par des lignées d’évêques qui remontent, à travers les siècles, jusqu’à un apôtre.

L’Église orthodoxe ne confond pas cette tradition sacramentelle, inhérente à la dignité épiscopale, avec les différents usages honorifiques destinés à rappeler l’ancienneté et l’origine apostolique de telle ou telle Église particulière. On dit en effet que le pape de Rome ou celui d’Alexandrie sont successeurs respectivement de Pierre ou de Marc, que l’évêque d’Antioche est également successeur de Pierre : ce sont de simples formules de politesse, des souvenirs historiques, certes importants, mais qui n’enlèvent rien à la dignité des autres évêques. L’Église orthodoxe se conforme sur ce point aux recommandations de saint Grégoire Ier, pape de Rome, qui craignait qu’un titre épiscopal grandiloquent revienne à glorifier un évêque et à rabaisser les prérogatives des autres (Livre V, lettre 8).

La territorialité de l’Église

Traditionnellement, les Églises orthodoxes sont territoriales, concept qui n’a pas de caractère ethnique : les titulatures des évêques ne renvoient pas à des peuples mais à des lieux. Le premier concile de Nicée a affirmé ce principe déjà largement appliqué depuis les apôtres, qu’en un lieu donné, un évêque et un seul, est garant à la fois de l’unité et de la communion de tous les chrétiens du lieu ainsi que de l’unité et de la communion avec les Églises des autres lieux. Chaque Église locale, rassemblée autour de son évêque, est en communion avec les Églises des autres lieux. Par exemple, il n’y a pas d’Église « finnoise » mais une Église orthodoxe de Finlande qui rassemble les orthodoxes du lieu, qu’ils soient Finnois, Russes ou Suédois. De la même manière, il existe une Assemblée des évêques orthodoxes de France qui rassemble des paroisses de nationalités différentes : la Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Nino de Paris, créée en 1929 par des réfugiés politiques, lui est rattachée.

Ce principe s’accommode traditionnellement de trois exceptions, tolérables parce que mineures et très particulières :

  • le statut d’extraterritorialité des métochions (dépendances) des monastères,
  • le statut de stavropigie de certains monastères (exempts),
  • le statut d’extraterritorialité des exarcats (représentations de certains primats dans des grandes villes relevant de la juridiction d’un autre primat).

Ce principe connaît toutefois de nos jours plusieurs entorses importantes.

  • Depuis le début du XXe siècle, en raison des conflits et des bouleversements politiques, idéologiques et démographiques, plusieurs Églises ont fondé des paroisses parallèles puis des évêchés « superposés » dans des pays qui ne sont pas traditionnellement orthodoxes, c’est-à-dire dans la diaspora (Europe occidentale, Amériques, Asie du Sud et de l’Est, Australie et Océanie).

C’est le cas de la quasi-totalité des Russes qui ont fui la révolution bolchévique. Les Églises et communautés religieuses orthodoxes russes (des sept conciles) en France et en règle générale dans la diaspora, dépendaient selon les cas, du Patriarcat de Moscou ou de celui de Constantinople. L’Église orthodoxe russe hors frontières (ou synodale russe) s’était séparée de l’Église orthodoxe russe lors de la Révolution d’Octobre. Elle constituait une dissidence jusqu’à ce que la communion eucharistique et l’unité canonique soient rétablies à Moscou le 17 mai 2007 : des paroisses hors territoire se sont ainsi établies. L’ERHF, dont le synode siège à New York, s’était entre-temps scindée en deux, il existe ainsi une autre église russe hors frontières qui ne reconnaît pas la réunion.

C’est aussi le cas, après la chute de l’Union soviétique, avec les paroisses hors territoire créées par certaines Églises orthodoxes : par exemple, en 2009, la Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Tamar de Villeneuve-Saint-Georges est créée et rattachée à l’Église orthodoxe de Géorgie et non à l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.

L’Afrique a échappé à cet éparpillement parce que le patriarche d’Alexandrie y est bien identifié comme le primat du lieu.

  • Depuis la chute de l’Union soviétique en 1990, il y a, dans plusieurs pays de l’Europe de l’Est (Pays baltes, Moldavie, Ukraine) des doubles, voire triples appartenances juridictionnelles, les orthodoxes locaux revendiquant pour eux-mêmes le principe de la territorialité dans les frontières de leurs états nouvellement ou à nouveau indépendants, tandis que le Patriarcat de Moscou continue à se référer à la territorialité de l’ancienne Union soviétique.

Avec ces paroisses qui, dans une même ville ou un même pays, relèvent ici d’un évêque et là d’un autre, voire d’une autre Église autocéphale, l’Église orthodoxe se trouve confrontée à un vrai défi. Ou bien l’approche politique l’emporte et elle se figera dans une situation de contradiction par rapport à ses principes fondateurs, ou bien l’approche spirituelle reprend le dessus et elle aura le courage de faire vivre la tradition qui est la sienne, pour trouver des solutions acceptables et adaptées aux diverses situations pastorales.

L’Église orthodoxe voit avec plus ou moins de surprise les nombreuses confessions évangéliques ouvrir sur son propre secteur des Églises parallèles. Cette surprise se manifeste aussi pour l’évangélisation catholique s’insérant en milieu orthodoxe. Dans cette optique, la papauté, lorsqu’elle cesse de se manifester comme archevêché de Rome ou patriarcat d’Occident, pour agir en super-diocèse mondial, devient un obstacle à la réunion des Églises : pour les orthodoxes, c’est en effet dans la collégialité apostolique que doit s’effectuer la réunion. Des intérêts politiques et économiques font perdurer ces divergences : par exemple, dans les pays anciennement communistes, les églises catholiques de rite oriental se sont vu confisquer leurs biens au profit des églises orthodoxes, et le contentieux ainsi apparu n’est toujours pas résolu.

La collégialité et la tradition

« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, dit le Seigneur, je suis au milieu d’eux ». La règle, dans l’Église orthodoxe, est de ne rien décider tout seul et de toujours prendre l’avis de ses pairs et de décider avec eux : « le Saint Esprit et nous avons décidé que… » C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe ne peut pas accepter que le pape de Rome soit sorti du collège épiscopal et isolé comme chef solitaire ; la collégialité est une garantie non suffisante mais nécessaire d’orthodoxie. En application de ce même principe, une époque, si éclairée qu’elle puisse se croire, ne doit pas agir et décider sans se mettre en harmonie avec les époques précédentes : c’est le principe de tradition qui régit toute la vie de l’Église orthodoxe.

L’harmonie entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel

On a beaucoup reproché à l’Église de l’Empire byzantin d’avoir été soumise à l’empereur [réf. nécessaire]. Certes les empereurs ont constamment désigné les patriarches de Constantinople et autres évêques. Certes ils ont régulièrement exercé des pressions sur l’Église. Rien de tout cela n’était inconnu en Occident. Ce qui est remarquable dans l’histoire byzantine, c’est la formidable résistance de l’Église. Chaque fois que les empereurs ont cherché à porter atteinte à la doctrine essentielle de l’Église, ils se sont heurtés à des opposants et même à des martyrs : iconoclasme, tentatives de proclamer martyr tout soldat mort au combat, quatrième mariage de Léon VI le Sage etc. Les titres et les honneurs dont bénéficient l’empereur s’assortissent d’une condition de taille : la fidélité à la tradition.

L’organisation

L’Église orthodoxe est une communion d’Églises indépendantes sur le plan de l’organisation et de la discipline et intimement liées entre elles sur le plan dogmatique. Chacune d’elles est autocéphale, c’est-à-dire dirigée par son propre synode habilité à choisir son primat. Elles partagent toutes une foi commune, des principes communs de politique et d’organisation religieuses ainsi qu’une tradition liturgique commune. Outre les langues employées lors du culte, seules des traditions mineures diffèrent en fonction des pays. Les évêques primats à la tête de ces Églises autonomes peuvent être appelés patriarches ou archevêques. Ces primats président les synodes épiscopaux qui, dans chaque Église, constituent l’autorité canonique, doctrinale et administrative la plus élevée.

Il existe, entre les différentes Églises orthodoxes, une hiérarchie honorifique, déterminée en fonction de l’histoire plutôt que par leur force numérique actuelle. Les orthodoxes considèrent que le patriarche de Constantinople a une prééminence honorifique sur les 13 autres Églises autocéphales orthodoxes, dont 6 bénéficient de patriarcats instaurés avant le VIe siècle (les 6 étant apostoliques) et 7 bénéficient de patriarcats instaurés après le XIIe siècle (dont 1 est apostolique). Il convient néanmoins de rappeler que ces prééminences honorifiques sont souvent remises en cause dans les faits, ne serait-ce que par le critère retenu, date supposée de fondation, date de déclaration de l’autocéphalie, date de reconnaissance de l’autocéphalie … ou puissance temporelle du moment.

Ordinations et sacerdoce

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Archimandrite Tikhon (Shevkunov).

Le patriarche, l’archevêque primat ou le métropolite comme primus inter pares, président les assemblées d’évêques, puis viennent les évêques (du grec ancien episkopos, c’est-à-dire surveillant, inspecteur), prêtres (du grec presbyteros, ancien), enfin les diacres (en grec, diakonos, i.e. aide ou assistant).

La hiérarchie compte aussi des sous-diacres, des lecteurs, des chantres ordonnés lecteurs ou sans sacrement spécifique et sans obligation particulière de discipline. Ces offices tirent leur origine des liturgies primitives ; et ceux qui ont reçu ces ordres exercent en partie d’autres fonctions que celles suggérées par leur nom. Les diaconesses appartiennent également au groupe des services sans ordination mais avec bénédiction spéciale de l’évêque. Elles sont principalement compétentes pour la préparation du baptême des femmes ; leur rôle est toutefois devenu insignifiant avec l’acceptation des baptêmes d’adultes, en sorte qu’elles disparaissent complètement dès la fin de l’Empire byzantin. Les diaconesses ne participèrent jamais à l’office et ne peuvent être considérées comme un « diaconat féminin ».

Contrairement aux Églises occidentales, dans les Églises orthodoxes la plupart des théologies sont traditionnelles et l’enseignement est en grande partie, entre les mains des Églises ; on rencontre aussi de nombreux laïcs théologiens et, inversement, la majorité des prêtres ne sont pas théologiens.

On n’ordonne pas les femmes et on n’admet pas les jeunes filles au service d’autel. En revanche l’épouse du prêtre a une position particulière dans la communauté et un titre spécifique. Exclues du service de l’autel, les femmes peuvent, en principe, exercer beaucoup de fonctions dans la communauté, comme élues au conseil d’église, chefs de chœur, catéchistes pour les enfants comme pour les adultes, peintres d’icônes. La participation des femmes à la vie communautaire est toutefois différente selon la culture locale.

Les conciles œcuméniques

Article détaillé : Concile œcuménique.

Le synode des primats

À certaines occasions, les primats orthodoxes se réunissent. C’est le cas en particulier quand il convient d’affirmer une position orthodoxe face aux autres confessions chrétiennes. Ce fut le cas en 1848. Les patriarches orthodoxes rédigèrent une encyclique mettant en garde la papauté romaine contre son projet de dogme sur « l’infaillibilité pontificale ».

Les Églises autocéphales et autonomes

En communion plénière :

Pour les autres juridictions :

Article détaillé : Liste des églises orthodoxes.

Les Églises autocéphales, d’un point de vue juridique et spirituel, sont complètement indépendantes et choisissent leur propre primat. Elles peuvent avoir compétence sur d’autres Églises, dites seulement autonomes parce qu’elles ne désignent pas seules leur primat.

Du fait de son rayonnement ou de son importance historique, une Église autocéphale peut porter le titre de patriarcat ou d’archevêché ; elle est alors dirigée respectivement par un patriarche ou un archevêque. À la tête d’une Église autonome, exerce un archevêque.

Dans les Églises orthodoxes, tous les évêques sont juridiquement et spirituellement égaux : un patriarche, un archevêque ou un métropolite n’ont pas plus d’autorité ni de droit juridictionnel que n’importe quel autre évêque dans le territoire canonique d’un évêque voisin. Ils dirigent toutefois collégialement avec les évêques du synode, portant le titre de primus inter pares (« premier entre les égaux ») et ils représentent l’Église à l’extérieur.
Les résolutions engageant une Église entière ne peuvent être prises que par la communauté des évêques lors d’un concile ou un synode. Dans son diocèse, chaque évêque exerce la juridiction épiscopale pleine et entière.

L’Organisation de l’Église orthodoxe en Grèce est particulièrement complexe.

Spiritualité

Sacrement

Les Églises orthodoxes connaissent sept sacrements (bien que la notion des sept sacrements soit très tardive), plus exactement nommés mystères :

  • le baptême ;
  • la chrismation (qui succède immédiatement au baptême) ;
  • l’eucharistie (donnée la première fois également directement après le baptême), les Saints Dons ;
  • la confession (réconciliation ou pardon) ;
  • l’ordination ;
  • le mariage ;
  • le sacrement des malades – onction des malades (n’est pas réservé aux mourants).

Les sept sacrements sont les mêmes que ceux de l’Église catholique, hormis quelques nuances rituelles (cependant les orthodoxes appellent Chrismation le sacrement de Confirmation de l’Église romaine). L’Église orthodoxe n’a jamais arrêté dogmatiquement le nombre des sacrements, contrairement à l’Église catholique qui en a arrêté le nombre à sept au concile de Trente. Ainsi, la délimitation n’est pas claire entre sacrement et sacramental (p. ex. un enterrement, une bénédiction).

Contrairement à la plupart des religions du monde, les Églises orthodoxes ne célèbrent aucun rituel de transition de l’enfant à l’adulte ; mais beaucoup de traditions locales sont pratiquées par des jeunes et ressortissent à ce type de célébration : en Grèce, par exemple, plonger dans un fleuve ou dans la mer et en rapporter la croix que le prêtre y a jetée lors de la célébration du Baptême du Christ, ou Épiphanie, le 6 janvier.

Liturgie

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Vierge à l’enfant Jésus, une icône populaire (de Valachie).
  • Le cœur de la spiritualité orthodoxe est riche, principalement dans le chant de la liturgie fortement symbolique, dont la forme actuelle, au moins partiellement, s’enracine dans l’époque constantinienne (IVe siècle).
  • La première partie de la liturgie, appelée Liturgie des catéchumènes avec prière et lectures bibliques, se réfère au culte synagogal, tel que Jésus dut le connaître ; la deuxième partie, la Liturgie des fidèles qui célèbre l’eucharistie, est d’origine proprement chrétienne. Le nom de chacune des parties se réfère au temps où tous les candidats non encore baptisés devaient quitter l’église après la première partie et où l’on fermait les portes à clef.
  • la liturgie originale dure cinq heures, la liturgie de saint Basile dure environ deux heures, la liturgie de saint Jean Chrysostome ne dure environ qu’une heure et demie et c’est celle qui est célébrée la plupart des dimanches tandis que, pour certaines occasions (dimanches du grand carême, fête de saint Basile) le τυπικόν, typikon ou cérémonial de l’Église, prévoit la liturgie de saint Basile de Césarée.

Avec l’orthros (matînes), les petites heures, les prières avant et après la communion, l’office dominical peut durer trois heures, ou plus les jours de fête. De plus, l’usage de l’agrypnie ou vigile nocturne s’est conservé, non seulement pour Pâques, comme en Occident, mais aussi pour d’autres fêtes et en particulier pour les fêtes patronales, votives ou panégyries. Dans certains grands monastères, la célébration de la fête patronale peut durer toute la nuit. De ce fait, tous les fidèles ne restent pas du début à la fin des célébrations. L’antienne Kyrie eleison (Seigneur, prends pitié), fréquente, est typique tant de la prière liturgique que de la prière individuelle.

  • le chant possède une importance particulière dans la liturgie russe orthodoxe. Les chants sont compris comme prière à part entière ; ils ne doivent donc être produits que par les voix humaines. L’utilisation des instruments n’est pas admise dans les Églises russes orthodoxes parce que les instruments ne peuvent prier.

Dans les autres Églises orthodoxes, la musique instrumentale est rare. Une théorie, envisageant cette aversion contre la musique instrumentale, la rapproche des orchestres usuels dans les jeux du cirque romains ; les chrétiens considèrent les jeux du cirque, dans lesquels ils étaient parfois les victimes, comme un culte idolâtre.

Dans la liturgie orthodoxe, on se signe chaque fois que la Trinité est mentionnée. Le signe de croix se pratique selon un mouvement de droite à gauche : front, poitrine, épaule droite, épaule gauche. Le pouce, l’index et le majeur sont liés pour représenter la Trinité, tandis que l’annulaire et l’auriculaire sont repliés dans la paume pour signifier la double nature. On se signe aussi en admirant une icône avec ou sans prière et dans d’innombrables autres occasions, laissées à la discrétion du croyant.

Le fidèle est, en principe, debout à l’office ; beaucoup d’églises n’ont de sièges que le long des murs pour les personnes âgées ou affaiblies. La position à genoux est peu fréquente ; le dimanche, on connaît quelques grandes prosternations dans les Églises d’Europe centrale ou d’Égypte.

Calendrier

Voir le chapitre équivalent dans l’article : Calendrier liturgique orthodoxe.

Les fêtes liturgiques

Voir le chapitre équivalent dans l’article : Calendrier liturgique orthodoxe

Les saints

Œcuménisme

Le cas de l’Église catholique

Le Schisme de 1054

Le schisme de 1054 a séparé l’Église dite « orthodoxe » de l’Église dite « catholique ». Le protestantisme s’est ensuite séparé du catholicisme. Plusieurs querelles théologiques et canoniques les séparent :

  • Les orthodoxes refusent l’ajout au credo du mot filioque4, pour trois raisons :
    • cet ajout ne serait pas conforme au texte de l’Évangile selon Jean (Jean 15, 26)
    • il modifierait les relations entre les personnes de la Trinité et rabaisserait le Saint-Esprit
    • il impliquerait que Dieu ne peut sauver que des âmes chrétiennes (mais les catholiques depuis Vatican II n’en tirent plus cette conclusion).
  • La doctrine augustinienne sur la nécessité de la grâce pour le salut, que l’Église orthodoxe refuse pour deux raisons :
    • cette doctrine serait très personnelle, et ne serait pas partagée par le concert des Pères de l’Église, tant en Orient qu’en Occident (principe de collégialité)
    • interprétée à la façon de Luther, cette doctrine annihilerait la liberté de l’homme : si c’est la grâce qui fait tout, quelle est la part de l’homme ? (Les catholiques, à la suite de Thomas d’Aquin, se réclament aussi d’Augustin mais l’interprètent différemment).
  • Le baptême par immersion. L’Église orthodoxe baptise par immersion pour trois raisons :
    • c’est la tradition depuis les origines évangéliques ;
    • c’est le sens même du mot baptême en grec ;
    • cela symbolise bien l’adhésion totale au Christ et le fait de « revêtir le Christ ».
  • La notion d’« hospitalité eucharistique », que l’Église orthodoxe ignore pour trois raisons :
    • lors de la Cène, c’est le Christ lui-même « qui offre et qui est offert, qui reçoit et qui distribue », comme le répète chaque liturgie. Aucun prêtre, aucun évêque, aucun patriarche n’a le droit de s’interposer entre le Christ et la conscience du fidèle.
    • si une personne est en communion de foi avec l’Église (celle du Christ qui s’exprime en plénitude dans l’orthodoxie), c’est à elle de faire librement la démarche d’en devenir membre, et cette démarche sera scellée par la communion eucharistique.
    • si une autre personne n’est pas en communion avec l’Église, que sa conscience soit respectée et ne soit pas violentée, qu’elle ne communie pas sans conviction et que nul rituel mensonger ne vienne obscurcir sa relation avec Dieu.
  • L’Église orthodoxe autorise l’ordination d’hommes mariés (mais non le mariage des prêtres déjà ordonnés). Seuls les moines qui vivent à l’écart de la société dans les monastères orthodoxes doivent faire vœu d’abstinence sexuelle. C’est parmi eux que sont choisis les évêques.
  • L’Église orthodoxe considère le pape comme le patriarche de Rome, il a une place de primauté en cas de concile œcuménique, le Christ étant chef de l’Église pour ces deux confessions. Si les catholiques considèrent le pape comme seul successeur de Pierre et vicaire du Christ à la tête du corps mystique de l’Église, les orthodoxes en revanche ont une conception plus restreinte de la primauté de Pierre : la primauté d’honneur est justifiée par l’ancienneté, mais n’engage aucune autorité réelle. Rien, pour les orthodoxes, n’étaye ni le Dictatus papæ, ni le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Les Églises orthodoxes, pour la plupart d’entre elles, sont membres du Conseil œcuménique des Églises, rejoint en 1961. Elles entretiennent aussi un dialogue œcuménique avec l’Église catholique et la Communion anglicane. Elles ne sont cependant pas prêtes, même si une décision est votée à la majorité, à envisager d’adopter des notions et des pratiques non traditionnelles (présidence d’une pasteurine lors d’une célébration commune, évolution de la langue liturgique, libéralisme théologique etc.)

Conditions des orthodoxes pour la réunion des Églises catholique et orthodoxe ou « Afin que tous soient un… » (Jean 17 : 21)

  • La donation de Constantin est considérée par l’Église orthodoxe de Constantinople comme un faux rédigé au IXe siècle au bénéfice des intérêts de Rome, ce qui est aujourd’hui reconnu par l’Église catholique. Cette condition est donc aujourd’hui accomplie.
  • Abandon du Dictatus papæ (pour un orthodoxe, seul un Concile œcuménique peut avoir une telle autorité) et du dogme de l’infaillibilité pontificale.
  • Réexamen de la Réforme grégorienne : les chrétiens d’Orient y voient une forme d’autoritarisme spirituel et de renversement graduel des traditions. Cette réforme impose entre autres le célibat des prêtres. Il est cependant à noter que l’Église catholique a toujours accepté le maintien de la discipline orthodoxe traditionnelle en matière de célibat (célibat imposé uniquement aux moines et aux évêques) pour toutes les églises orientales rejoignant l’Église catholique. Cette condition pourrait donc être satisfaite relativement aisément.
  • Organisation à Rome d’un VIIIe Concile œcuménique pour rétablir l’unité.

La rupture de l’Occident (787-1204)

Les raisons de cette rupture progressive sont à chercher tant du côté des divergences doctrinales et liturgiques qui couvaient entre l’Église d’occident et celles d’orient depuis le VIIIe siècle, que du côté des rivalités politiques entre les États occidentaux qui commencent à s’affirmer, et l’Empire byzantin dont la puissance décline au XIIe siècle. Selon la plupart des auteurs, les premiers schismes, en 787 et 863, ont deux causes principales :

  • la diminution de l’influence de l’Empire romain d’Orient en Italie, au profit des Lombards, et le souci de la Papauté de se concilier ces derniers, géographiquement plus proches ;
  • la divergence doctrinale au sujet du Saint-Esprit (Filioque, voir Schisme de Photius) : selon l’évêque de Rome, celui-ci découle du Christ autant que du Père :par conséquent seule une âme chrétienne peut être sauvée et par conséquent, le devoir de l’Église est de convertir tout incroyant[réf. nécessaire] ; selon le reste de l’Église restée fidèle au symbole de Nicée-Constantinople et donc selon les patriarcats orthodoxes, le Saint-Esprit ne découle que du Père et celui-ci peut sauver qui Il veut, sans condition de religion.

Mais ces deux schismes furent éphémères. La rupture définitive en 1054 de l’évêque de Rome, à l’époque Léon IX, avec le reste de la Pentarchie a pour origine :

  • la disparition de l’influence de l’Empire romain d’Orient en Italie, au profit des Francs et des Normands, et le souci de la Papauté de renforcer son autorité spirituelle sur ces puissants voisins ;
  • la rivalité politique entre Léon IX et le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, le premier interprétant son statut de Primus inter pares dans le sens d’une autorité canonique sur les autres Patriarches, le second réfutant cette interprétation ;
  • la volonté papale d’uniformiser dans le sens latin les rites dans la partie sud de l’Italie, récemment conquise par les Normands sur les Byzantins, qui se heurte à l’opposition du même Michel Cérulaire (Keroularios), tout aussi soucieux de les uniformiser dans le sens grec ; la pierre d’achoppement fut l’usage du pain azyme (dont la pâte n’a pas été levée) en Occident.

Il s’ensuivit un échange de lettres peu amènes dans lesquelles est discutée l’œcuménicité du patriarcat de Constantinople. L’intransigeance des deux protagonistes mène à la rupture, alors que l’empereur Constantin IX est partisan d’une alliance avec Rome et se veut conciliant. Le pape Léon IX envoie à Constantinople les légats Humbert de Moyenmoûtier, Frédéric de Lorraine (plus tard pape sous le nom d’Étienne IX) et Pietro d’Amalfi. Humbert et Michel Cérulaire sont aussi susceptibles l’un que l’autre. Michel Cérulaire met en doute la validité du mandat des légats. Le débat tourne à l’échange de propos injurieux. Humbert soulève le problème du Filioque. Le 16 juillet 1054, Humbert et les légats déposent la bulle d’excommunication de Michel sur l’autel de la cathédrale Sainte-Sophie, sortent et secouent la poussière de leurs chaussures5. Le 24 juillet, le synode permanent byzantin réplique en anathématisant les légats.

Toutefois, contrairement à ce qui est souvent affirmé, l’excommunication n’est pas réciproque entre Rome et Constantinople car le pape n’y est pas mis en cause (il était mort et remplacé quelque temps avant l’arrivée d’Humbert à Constantinople, rendant la mission de ce dernier caduque), et l’affaire n’est pas prise très au sérieux à l’époque, malgré l’excommunication, quelques années plus tard de l’empereur Alexis Ier Comnène, d’ailleurs levée par le pape Urbain II. À la fin du XIe siècle, il n’est pas question de schisme. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que les choses se gâteront au moment des croisades. L’événement déterminant sera le sac de Constantinople par la quatrième croisade en 1204, lequel avec son flot de barbaries et d’actes satanistes (les croisés font danser des prostituées dans les églises, sur les autels et sur la chaire de Saint Jean Chrysostome, où ils forniquent avec elles) choquera profondément et durablement les Orthodoxes.

Malgré des divergences difficilement surmontables, les relations se sont partiellement détendues au XXe siècle dans un effort d’œcuménisme : les anathèmes ont été levés le 7 décembre 1965 par le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier. Mais au XXIe siècle elles se sont tendues à nouveau, avec la politique de recentrage du pape Benoît XVI, le recul de l’œcuménisme, l’ouverture d’évêchés en territoires déjà évangélisés avec l’implantation de communautés charismatiques (Communauté d’Emmanuel) particulièrement prosélytes, voire agressives, et l’irritation des Églises orthodoxes roumaine et slaves face aux revendications des Églises uniates (ces dernières leur réclament la restitution des locaux confisqués par les régimes communistes et remis aux Églises orthodoxes).

Les quatorze Églises autocéphales

Patriarcat œcuménique de Constantinople

Église orthodoxe d’Alexandrie et de toute l’Afrique

Église orthodoxe d’Antioche, en Syrie et dans tout l’Orient

Article détaillé : Patriarcat orthodoxe d’Antioche.

Église orthodoxe de Jérusalem pour Israël, la Palestine, la Jordanie et le Sinaï

Article détaillé : Patriarcat orthodoxe de Jérusalem.

Église orthodoxe de Géorgie

Église orthodoxe de Chypre

Article détaillé : Église orthodoxe de Chypre.

Église orthodoxe de Serbie

Article détaillé : Église orthodoxe serbe.

Église orthodoxe de Russie

Les persécutions du XXe siècle (1914-1990)

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Cathédrale du Christ-Sauveur (Moscou) reconstruite dans les années 1990.

Pendant plus de soixante-dix ans, les autorités politiques de l’URSS ont tenté d’éradiquer la foi orthodoxe, tenue pour responsable de l’aliénation des masses et coupable d’avoir soutenu, durant des siècles, l’empire tsariste. Cependant, la position des autorités soviétiques ne fut pas immuable. Dans les années suivant la Révolution russe de février 1917 et le coup d’état bolchevik d’octobre, le pouvoir adopte une position clairement anticléricale. On brûle alors des églises et des reliques. La saisie des biens de l’Église est ordonnée en 1934, officiellement pour lutter contre la Grande Famine. Avec la Grande Guerre Patriotique qui commence par l’opération Barbarossa en 1941, la politique soviétique vis-à-vis de la religion orthodoxe change : pour souder la population autour du régime, il ne s’agit plus de persécuter, mais d’instrumentaliser l’Église. Celle-ci connaît un nouveau départ avec l’élection d’un nouveau patriarche (le dernier n’avait pas été remplacé à sa mort). Staline s’adresse à la radio aux citoyens en utilisant non plus le terme de « camarades » (товарищь) mais celui de « frères » (брать). Certes, l’emprise de l’Église sur la société reste limitée par rapport à ce qu’elle était autrefois. Mais pratiquer l’orthodoxie ne conduit plus au Goulag et même des membres du Parti et de la Nomenklatura finissent par s’y adonner, notamment après l’instauration de la « transparence » (гласность : glasnost) et de la « refondation » (перестройка : perestroïka) en 1985.

Depuis 1990

Longtemps étouffée par les régimes communistes, la foi orthodoxe a repris souffle malgré les conflits auxquels sont confrontées les Églises, longtemps inféodées au communisme, puis au nationalisme de la Nomenklatura.

Près de vingt ans après la chute du régime soviétique, qui rétablit une totale liberté de culte, des milliers d’églises ont été construites ou reconstruites et de nombreux citoyens des pays ex-communistes retournent à la religion. À côté d’une recherche spirituelle, beaucoup d’Orthodoxes voient sans doute dans la religion un retour à leurs racines historiques, l’affirmation d’une culture millénaire des pays slaves de l’est et du sud, et des pays roumains, qui n’a pas été effacée par la police politique.

Le mardi 30 novembre 2010, le président Dmitri Medvedev annonce avoir signé la loi sur la restitution des biens de l’Église. La loi prévoit de rendre à l’Église orthodoxe de nombreux monastères et églises souvent transformés en musées. Ce transfert concerne 6 584 sites religieux.

Église orthodoxe de Grèce

Article détaillé : Église orthodoxe de Grèce.

Église orthodoxe de Roumanie

Article détaillé : Patriarcat de Roumanie.

Église orthodoxe de Bulgarie

Article détaillé : Patriarcat de Bulgarie.

Église orthodoxe d’Albanie

Article détaillé : Église orthodoxe d’Albanie.

Église orthodoxe de Pologne

Article détaillé : Église orthodoxe de Pologne.

Église orthodoxe de Tchéquie et de Slovaquie

Église orthodoxe d’Ukraine

En Ukraine, trois principales églises orthodoxes coexistent, dont deux ne sont pas reconnues, l’église orthodoxe d’Ukraine (Patriarcat de Kiev) et l’église orthodoxe autocéphale ukrainienne.

Notes et références

  1. http://fr.euronews.com/2006/11/28/benoit-xvi-en-turquie-pour-etablir-un-pont-entre-christianisme-et-islam/ [archive]
  2. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/benoit-xvi-rencontre-bartholomee_461589.html [archive]
  3. Néophytos Edelby, Liturgicon. Missel byzantin à l’usage des fidèles, Beyrouth, 1960, p. 14-21.
  4. Le filioque a modifié le texte d’un concile œcuménique (Ier concile de Constantinople). Cet ajout aurait été suggéré par l’empereur Charlemagne qui souhaitait asseoir son pouvoir en latinisant l’Église occidentale ; et ce, contre l’avis du pape de Rome, saint Léon III, et de la plupart de ses successeurs durant plus d’un siècle (IXe siècle). Seule exception notable : le pape Nicolas Ier. Vers 867, le Pape Nicolas, au nom de la primauté du siège romain, veut intervenir dans une affaire interne de l’Église de Constantinople, suscitant un conflit avec le patriarche Photios Ier de Constantinople. Cela conduira à la séparation de 1054.
  5. Il s’agit d’une allusion à un passage de l’Évangile selon Luc (9:6) : « Et, si les gens ne vous reçoivent pas, sortez de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. » (traduction Louis Segond)

Annexes

Bibliographie

  • Olivier Clément, L’Église orthodoxe, Collection Que sais-je ? P.U.F. 2002 (ISBN 2-13-053042-7)
  • Alexis Obolensky, Luc Svetchine, Pierre Antoine Gatier Les églises russes de Nice Honoré Clair 2010
  • Stella Ghervas, Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l’Europe de la Sainte-Alliance, Honoré Champion, Paris, 2008 (ISBN 978-2-7453-1669-1)
  • Jean Meyendorff, L’Église orthodoxe hier et aujourd’hui, Seuil, Paris, 1995 (ISBN 2-0202-3537-4)
  • Jean-Claude Roberti, Être orthodoxe en France aujourd’hui, Hachette, Paris, 1998 (ISBN 2-0123-5342-8)
  • Timothy Ware, L’Orthodoxie : l’Église des sept conciles, Desclée de Brouwer, Paris, 1997 (ISBN 2-2200-4022-4) (2e éd., 1re éd. en français en 1968)

Articles connexes

Liens externes

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Freyja

Freyja

Cet article utilise les noms français. Les noms en vieux norrois sont donnés entre parenthèses et en italiques.
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Freyja dans son char tiré par ses chats, entourée d’angelots, par Nils Blommér (1852).

Freyja est une déesse majeure dans le paganisme germanique et nordique, où de nombreux contes l’impliquent ou la représentent. Néanmoins les meilleures sources documentées de cette tradition religieuse, la mythologie nordique, sont à prendre avec prudence car elles ont pu subir l’influence des représentations chrétiennes ou classiques. En effet, elles nous ont été transmises, en grande partie, par l’intermédiaire d’historiens médiévaux islandais, alors que l’île était convertie au christianisme depuis plus de deux siècles 1,2,3. La majorité de ces textes, issus de la tradition orale scandinave, ont été mis à l’écrit en Islande au XIIe siècle et XIIIe siècle par des auteurs chrétiens. Le culte et les pratiques rituelles associées à cette déesse sont de ce fait mal connus. Dans les croyances pré-chrétiennes, Freyja représenterait un des trois visages de la Grande Déesse Mère, avec les déesses Frigg et Skaði 4.

Dans la mythologie nordique, Freyja est de la famille des dieux Vanes, elle est la fille de Njörd et la sœur jumelle de Freyr. Ses filles s’appellent Hnoss et Gersimi.

Sommaire

Noms

Étymologie

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Le nom Freyja est issu d’un terme germanique signifiant « dame » (cf. fru ou Frau en scandinave ou en allemand).

En vieux norrois comme en islandais moderne, Frú a pour sens « maîtresse, dame, femme ». Dans les autres langues modernes, le vocable est devenu Frue (danois), Fru (suédois), Frau (allemand), Vrouw (néerlandais).

On pourrait la considérer comme l’équivalent de Vénus pour sa symbolique de la beauté, mais aussi de Minerve du fait de ses attributs guerriers. Il est probable qu’elle soit la descendante mythologique la plus directe de Nerthus.

Le nom de son animal symbolique, la truie (syr en vieux norrois), pourrait être à l’origine du nom des suédois, Sviar (« adorateurs de la truie »)5.

Autres noms

D’après l’Edda en prose de Snorri Sturluson, Freyja était également connue sous les noms suivants :

  • Vanadís, « Dís des Vanes » ou « belle déesse » (väna signifie « belle ») ;
  • Mardöll, « mer brillante » (mar signifie « mer » et döll est le féminin de dallr, « brillant ») ;
  • Hörn, qui pourrait être apparenté au mot hörr, qui veut dire « lin » ou « linge » ;
  • Gefn, « la donatrice », un nom approprié pour une déesse de la fertilité ;
  • Sýr, « truie », suivant l’association des Vanes aux cochons et à la fertilité.

Dans la Saga de Njáll le Brûlé, Freyja est également appelée Valfreyja, soit « maîtresse des élus », « maîtresse des tués », à rapprocher du nom d’Odin Valfaðir (« père des tués ») et de celui des valkyries, valkyrja (« qui choisit les tués »).

Kenningar

Un kenning est une figure de style propre à la poésie scandinave, qui consiste à remplacer un mot par une périphrase à valeur métaphorique. Si aucun kenning n’est communément utilisé pour désigner Freyja, le nom de la déesse a été source de nombreux kenningar, principalement dans le registre des matières précieuses. L’or est ainsi appelé « larmes de Freyja », « larmes de Mardöll », ou encore « larmes de l’épouse d’Óðr ». Les belles choses en général sont appelées « filles de Freyja ».

Autres œuvres

C’est un personnage, sous la graphie Freia, de L’Or du Rhin de Richard Wagner.

Parenté et filiation

Freyja est la fille de Njörd et de sa sœur Nerthus.

Elle a pour frère jumeau Freyr, chef de file des Vanes, et pourrait n’être que la face féminine du concept incarné par Freyr.

De son époux Ód, « un homme qui voyage loin », Freyja eut deux filles, Hnoss et Gersimi. Ód est probablement une hypostase d’Odin voire Odin lui-même, car celui-ci disparaît peu après leur mariage. Après la disparition de Ód, Freyja pleura des larmes d’or rouge qui se transformaient en ambre quand elles tombaient dans la mer. On la confond parfois avec Frigg qui serait l’hypostase de Freyja, l’épouse d’Odin, déesse du mariage.

Symboles et attributs

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Freyja, par J. Penrose.

Collier des Brísingar

Article détaillé : Collier des Brísingar.

Le collier des Brísingar est un célèbre collier fait d’or et d’ambre, qui apparaît dans les sagas légendaires ainsi que dans Beowulf. Certaines versions de son mythe l’attribuent à Frigg et non à Freyja.

Lorsque Freyja portait le collier, nul ne pouvait résister à son charme. Le bijou avait en outre la propriété de soutenir l’armée que la déesse souhaitait favoriser sur le champ de bataille.

Manteau

Freyja possède un manteau de plumes de faucon, appelé Valshamr (« peau (ou plumage) de faucon » ou « cape aux plumes de faucon » selon les traductions). Il permet à celui qui le porte de se changer en oiseau et de voler d’un monde à l’autre. De même que le collier des Brísingar, ce manteau magique est parfois attribué à Frigg.

Char

Le char de Freyja est tiré par deux chats, nommés « amour maternel » et « tendresse ». De taille imposante, ils sont pensés être des chats de forêts norvégiennes ou des lynx. Comme les loups pour Odin, les chats sont sacrés pour Freyja.

Contrairement à beaucoup d’autres dieux, elle est appréciée des géants et plusieurs d’entre eux la convoitent.

Mythe

Déesse de l’amour et de la fertilité

Freyja est considérée comme une déesse de l’amour, de la beauté, de la terre et de la fertilité. Freyja est belle, rousse et on l’invoque pour être heureux en amour, mais aussi lors des accouchements. On la sollicite de même pour obtenir de bonnes saisons. Elle était la déesse de l’intimité, de l’attirance entre personnes, de la richesse, de la magie, des prophéties et l’origine du Seid a été attribué à Freyja6,7.

Déesse guerrière

Freyja est liée par de nombreux aspects à la guerre. Parcourant les champs de bataille, elle reçoit notamment la moitié des guerriers morts au combat dans Sessrumnir (« Pièce aux sièges nombreux »), la salle principale de sa demeure Fólkvangr (« Champs du peuple/ de l’armée »), tandis qu’Óðinn reçoit l’autre moitié dans sa halle, la Valhöll (Valhalla)8. Pour expliquer ce partage des Einherjar (« guerriers combattant seuls ») entre Óðinn et Freyja, certains courants néo-païens expliquent que les guerriers dévolus à Óðinn sont ceux d’entre eux qui vouent leur existence à la guerre et aux batailles que l’on nomme les offensifs. Les guerriers dévolus à Freyja sont ceux d’entre eux qui mènent des combats pour protéger leurs familles leurs clans et leurs biens que l’on nomme les défensifs.

Influences chrétiennes

Reine Pédauque : lépreuse, orthodoxe ou scandinave ? dans Insolent - Insolite
Statue de Freyja à Djurgården, Stockholm, Suède. Elle est représentée ici avec un faucon, l’un de ses symboles.

Dans la Saga du Roi Olaf Tryggvason, d’après les ordres de ce dernier, afin de prouver leur piété, les gens doivent insulter et ridiculiser les déités majeures des païens quand ils sont nouvellement convertis au christianisme. Les déités nordiques telle Freyja sont finalement rendues démoniaques conformément aux enseignements de l’autorité chrétienne9,10.

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Historiquement, durant la christianisation de la Norvège, le roi Olaf Tryggvason usait de moyens élaborés pour tuer ceux qui refusaient le christianisme.

Les Vikings avaient l’obligation d’abandonner leurs anciennes croyances. « L’Église n’autorise pas d’autres dieux, qu’elle considère comme des démons et des forces du Mal. Freyja, la grande Déesse des Vikings, symbole de la fécondité, fut pour l’Église un objet de ridicule et de mépris. » 11

Écrit par deux prêtres chrétiens au XVe siècle, la nouvelle islandaise Sörla þáttr est une tentative d’humilier des déités païennes, louer le christianisme et immortaliser le roi chrétien Olaf Tryggvason. L’histoire emprunte les parties de Heimskringla (où les déités des païens sont raillées), les parties de la poésie Lokasenna (de Gefjun dormant avec un garçon pour un collier, collier des Brísingar adaptée pour humilier la déesse Freyja. Les parties de l’Húsdrápa la poésie (de Loki volant Brisingar) et la bataille éternelle Hjaðningavíg. À la fin de l’histoire, l’arrivée du Christianisme dissout la vieille malédiction qui devait traditionnellement attendre le Ragnarök12.

Relation entre Freyja et Frigg

Freyja a des attributs parallèles à Frigg, la déesse souveraine des Germains et des anciens Scandinaves, patronant notamment le mariage et la maternité . L’époux de Freyja est Óðr, celui de Frigg est Óðinn. La racine germanique Frijō serait à l’origine du nom des deux déesses en vieux-norrois.

Influence moderne

Vanadis, autre nom de Freyja, a donné son nom à l’élément chimique vanadium.

Hommage

Freyja est l’une des 1 038 femmes dont le nom figure sur le socle de l’œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la Déesse de la fertilité, deuxième convive de l’aile I de la table13.

Notes et références

  1. Microsoft Encarta 2007, Norse Mythology
  2. Williams, Gareth (2001) Pagan belief [archive],Sagas [archive]
  3. W. A. Craigie, Religion of Ancient Scandinavia (1914), p. 2
  4. Régis Boyer La Grande Déesse du Nord,Paris, Berg, 1995 et Les Vikings : histoire, mythes, dictionnaire, éditions Robert Laffont, collection bouquins ISBN 978-2-221-10631-0 p.&nbs;424
  5. Régis Boyer, La Grande Déesse du Nord : Essai, Berg International,‎ 1995, 218 p. (ISBN 9782911289002, présentation en ligne [archive]), p. 126.
  6. La saga de Frithiof :
  7. Microsoft Encarta 2007, Freya
  8. la Prose Edda, Gylfaginning, Poêmes de l’Edda, Grímnismál
  9. W. A. Craigie, Religion of Ancient Scandinavia (1914)
  10. T. Kendrick, History of the Vikings (1930), p.349, 350.
  11. Jean Renaud « les dieux des Vikings » Editions Ouest France (ISBN 978-2737314681) sept 96, page 190
  12. Cette petite histoire s’appelle aussi La Saga de Högni et Hedinn, summarization provided by Wikipedia editors. English translation can be found at Northvegr: Three Northern Love Stories and Other Tales. [archive])
  13. Musée de Brooklyn – Freyja [archive]

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Freyja, sur Wikimedia Commons

Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Gemeinsame Normdatei

Les « cagots » : des extraterrestres !

Pas impressionnés du tout par leurs vaisseaux tombés du ciel, les Lyonnais de l’an 800 ne pensent qu’à corriger ces espèces de malpolis venus sur Terre « abîmer les récoltes par le fracas de leurs terribles engins volants  » !

Allez jouer ailleurs ! Non mais !

MDR !!!

Les cagots ne toucheront plus ni à la nourriture ni à la mécanique durant plus d’un millénaire…

 

http://secretebase.free.fr/civilisations/autrespeuples/chrestians/chrestians.htm

 
LES CHRESTIANS
Des êtres tombés du ciel et venus de nulle part

Peu d’événements étaient susceptibles d’étonner l’homme de l’époque médiévale car il survivait alors à grand-peine. Lorsqu’il avait résisté aux hivers rigoureux, aux guerres féodales et aux fléaux, il acceptait sans trop se formaliser les incursions de l’irréel ou du fantastique dans le réel. D’ailleurs, la frontière était floue entre l’imaginaire et levécu et les phénomènes étranges pouvaient communément être acceptés comme des signes d’uneautre réalité. L’Eglise elle-même saisissait les esprits en évoquant la présence immanente du malin et en décrivant les forces obscures de démons immatériels. La mort faisait partiedu quotidien et chacun se savait continuellement menacé.


Qui étaient les Chrestians qui vécurent près de six siècles en Europe, et d’où venait
réellement ce peuple qui tomba du ciel pour s’installer en France à l’époque médiévale?

Seul cet aspect de la pensée médiévale peut expliquer que, en l’an 800, sous le règne des Carolingiens, les habitants de la vieille ville de Lyon n’aient pas été choqués de l’apparition de surprenants objets descendants du ciel. Les Lyonnais franchirent les portes fortifiées de la ville et gagnèrent avec force cris les champs où venaient de se poser les  » vaisseaux « . Ils furent rapidement encerclés, puis un grand silence se fit lorsque le premier pilote sortit de l’engin. Comme les citadins ne comprenaient rien à son langage inconnu, il fut décidé sans autre forme de procès de s’emparer de ces êtres.

 

Les Les  » pilotes venus du ciel  » furent immédiatement cloués sur des planches et confiés au courant de la Saône et du Rhône. Ainsi pensait-on châtier ces étranges visiteurs qui  » venaient sur Terre pour abîmer les récoltes par le fracas de leurs terribles engins volants « .Ce châtiment était supposé dissuader d’autres visiteurs célestes qui, voyant du ciel leurs compagnons emportés par les flots, se seraient tenus à distance de la Terre. Pourtant, des chroniqueurs médiévaux rapportent que, quelque temps plus tard, apparurent en grand nombre,dans nos régions et sous nos climats, des êtres aux caractéristiques physiques pour le moins étonnantes. Bien que d’abord persécuté, ils furent peu à peu tolérés jusqu’à vivre à côté des humains. Relégué au rang des bannis, ils s’organisèrent de façon autonome en marge de lasociété. Les représentants de cette race maudite furent baptisés  » Chrestians « ,  » Gézitains « ,  » Gahets « ,  » Agots « , ou encore  » Cagots « .

Ci-contre : Exemplaire contemporain d’un bénitier de Cagots en l’église de Saint Savin

 

Les nombreux historiens à s’être penchés sur l’histoire de cet étrange peuple dispersé, retrouve, aux quatre points cardinaux de l’Europe, la même description de ces êtres que celle qui fut faite en France. Les Chrestians ont des caractéristiques physiques étranges : ils sont chauves, ils n’ont pas de pavillons d’oreilles visibles ( à leur place, on distingue deux trous, comme chez les sauriens ), ilsont les pieds et les mains palmés et ils dégagent une chaleur corporelle absolument anormale. Ce sont des particularités, maintes fois relevées, qui firent qu’on les relégua longtemps en tribus, aux portes des cités où ils érigeaient des sortes de faubourgsautonomes. Comme on considérait alors qu’ils avaient un aspect repoussant, obligation leurétait faite d’être amplement vêtus, encapuchonnés et chaussées. Ceci étant, même soigneusement vêtus, les Chrestians avaient pour autres obligations de porter, cousue surleurs vêtements, bien visible sur la poitrine, une patte d’oie séchée et peinte en rouge. Cette signalétique rappelée à la population que ces êtres avaient des pieds et les mains palmés !On pourrait voir dans ces descriptions le fruit d’un ramassis de légendes et de faussesinformations colportées par la rumeur si, au XVIe siècle, Ambroise Paré ( 1509 – 1590 ), lepère de la chirurgie moderne, affecté au service du roi Henri II, ne s’était scientifiquement penché sur cette étrange race, maudite depuis déjà trois siècles.

 

À l’époque, les Chrestians, qui vivaient isolés, n’avaient perdu aucune de leurs caractéristiques physiques et physiologiques consignées sous les Carolingiens. Ambroise Paré passa plusieurs semaines à les étudier en s’efforçant de ne pas se laisser influencer, il s’attacha à accumuler de véritables constatations médicales et à les consigner soigneusement par écrit. Il rapporte notamment leur capacité prodigieuse à pratiquer la  » momification par magnétisme « . Cet exercice, rapporté ici dans le vieux français d’origine, est supposé révéler la puissance du magnétisme personnel:  » l’un d’iceux tenant en sa main une pomme fraîche, icelle après apparaisoit aussi aride et ridée que si elle eut restée l’espace de huit jours au soleil « . Ambroise Paré explique cette réaction par la chaleur anormalement élevée dégagée par leur corps. On a dit que lors d’une saignée, est sorti de ses veines un liquide presque bouillonnant et d’une teinte entre le bleu et le vert. Ces caractéristiques firent qu’un arsenal juridique spécifique fut mis sur pied afin de les mettre au ban de la société et d’éviter qu’ils ne se mêlent aux humains.Vivant en groupes dans les faubourgs des cités, ils avaient leurs propres cimetières où ils étaient systématiquement inhumés sans prêtre ni office religieux. Ils ne pouvaient exercer qu’un seul métier, celui de tonnelier car au Moyen Âge le boisétait réputé ne pas véhiculer les maladies. Ces êtres étranges ne vivaient cependant pas dans la misère car ils avaient un grand sens des affaires. D’anciennes archives notariales nous ont laissé des inventaires de biens établis après le décès de Chrestians. On peut découvrir la description d’un niveau de vie très évoluée. Ces textes montrent, en outre, queces hôtes étranges possédaient une capacité juridique relativement évoluée pour l’époque.C’est probablement pour éviter le développement d’une économie parallèle indépendante qu’un arsenal juridique draconien fut alors mis en place. Ainsi, bien qu’interdits des cités, les Chrestians pouvaient posséder des maisons intra muros à condition de ne pas les habiter eux-mêmes. Ceux qui étaient tentés de louer leurs propriétés à un humain devait obligatoirement passer par l’intermédiaire d’un gérant non Chrestians. Bref, un racket bien organisé a rapidement rendu tout à fait tolérable la présence de ces populations marginalisées.

Ceci étant, la tolérance n’aurait pas pu aller jusqu’à l’intégration : il leur était interdit de se marier, et plus encore de s’accoupler avec des humains. D’ailleurs, l’idée faisait sourire à l’époque car on semblait ne rien connaître de leur mode de reproduction. La rumeur populaire les disait bisexués au point que jamais on ne parlait d’eux en utilisant un genre ! C’est lors d’un procès que la discrimination était encore plus forte : il fallait les serments ou les témoignages de 7 Chrestians pour pouvoir rivaliser avec celui d’un humain ! Les choses continuèrent ainsi pendant tout le Moyen Âge mais, peu à peu, les Chrestians se sont fondus dans la population et, c’est peut-être le signe de leur intégration, au XVIIIe siècle, seul le folklore parle d’êtres aux caractéristiques aussi étranges. L’histoire devait accélérer la disparition du peuple banni.

La révolution de 1789 donna naissance au  » Droits de l’Homme « . Les Chrestians devait immanquablement en profiter. Néanmoins, compte-tenu de l’étrangeté de leurs caractéristiques, une vaste étude médicale fut organisée afin de savoir si, oui ou non, ils pouvaient être considérés comme des hommes jouissant de la plénitude de ces droits nouvellement acquis. Les conclusions de l’examen révélèrent que les spécimens examinés n’étaient affectés qu’approximativement des symptômes décrits par Ambroise Paré et les chroniqueurs du Moyen Âge. Dès lors, les Chrestians purent se fondre et se couler dans l’anonymat de la ville, achever la totale dilution de leurs caractéristiques et occuper jusqu’aux plus hautes fonctions au sein de l’état sans que leurs origines puissent même lors être rappelées.

Pourtant, après les glorieuses victoires de l’Empire, auxquelles bon nombre d’entre eux avait efficacement participé, un reste de mépris existait encore à leur égard dans les campagnes.Quelques Chrestians y revinrent malgré tout, chargés de gloire. On possède même le témoignage de l’un d’eux, se plaisant à venir bruyamment, avec du retard, aux offices du dimanche, couvert de toutes ses médailles bravement gagnées. Vingt années plus tôt, n’ayant pu imaginer mettre les pieds dans l’église d’une ville ou d’un village, il bravait enfin ses anciens tortionnaires, analphabètes pour la plupart, afin de voir si l’un d’eux aurait eu,s elon ses propres termes,  » l’envie de venir lui friser les moustaches « .

Rares sont les scientifiques modernes qui se penchèrent sur ce phénomène historique. Les thèses ou écrits rédigés sur les Chrestians se comptent sur les doigts d’une main. À la faculté d’histoire, on consacre aujourd’hui un cours à l’énigme des Chrestians mais leur origine reste toujours inexpliquée. Certains auteurs du XIXe siècle ont avancé l’hypothèseque selon quoi ces étranges individus auraient pu être des lépreux. Cette thèse ne tient pas car la façon dont ils étaient traités ne ressemble pas au traitement particulier et aux signes distinctifs imposés aux lépreux au Moyen Age. En outre, des cimetière de Chrestians des XIIe et XIIIe siècles, récemment fouillés, laissent entrevoir des squelettes parfaitement sains, dépourvus des terribles lésions osseuses que l’on peut observer sur les restes des lépreux. D’autres chercheurs avancèrent l’hypothèse selon laquelle les Chrestians seraient les descendants de Sarrasins restés sous nos climats après les invasions. Or les chroniques du Moyen Âge assurent que les rares Chrestians non chauves portant les cheveux longs les avaient invariablement  » blond comme blé au soleil « . On a aussi parlé d’éventuels descendants de Vikings mais ces derniers étaient déjà, depuis longtemps, intégrés à la société européenne.

Le milieu purement scientifique, en dehors d’Ambroise Paré, ne s’est jamais préoccupé de savoir qui était vraiment les Chrestians, se contentant d’affirmer péremptoirement que  » des êtres bisexués, sans oreille, aux doigts palmés, avec un sang vert et chaud n’existaient pas « . Pourtant, en reprenant certains éléments de leur histoire, on peut, par exemple, être frappé par l’aspect de saurien qui fait du Chrestian un parfait extraterrestre, semblable à ceux décrits par les contactés depuis le milieu du XXe siècle ! Ensuite, fait encore plus troublant, ces êtres  » venus de nulle part  » débarquent en Occident et principalement en France, juste après qu’y soit apparue une inexplicable invasion de vaisseaux aériens dont les pilotes, une fois pris,étaient systématiquement jetés dans les rivières après avoir été cloués en croix. Ne faudrait-il pas voir en eux des survivants de débarquement durement réprimés, résultat d’un exode planétaire pacifique, plutôt que d’une tentative de colonisation ?

Ces vaisseaux apparus en grandes quantités, comme le décrivent si bien les documents de l’époque appelés capitulaires, n’ont finalement été remarqué que là où il y avait des témoins pour les voir, c’est-à-dire près des cités. On peut penser que la plupart de ces engins ont pu finalement débarquer sur Terre le plus paisiblement du monde. Quoi d’étonnant, dans ce cas, à ce que cette population aux caractéristiques physiologiques particulières ait formé une population rapidement mis à l’écart des villes ? Pendant plus de six siècles, ces hommes sont restés  » les maudits  » de notre histoire et il leur faudra attendre le XIXe siècle pour se fondre définitivement dans les rangs de la population terrienne. Pour approcher un peu plus le mystère de cette population paria, le château médiéval de Nestes ( IXe – XIe siècles ), dans les Hautes-Pyrénées, a ouvert le musée des Cagots. On y apprend notamment que l’on interdisait à ces  » intouchables  » du Moyen Âge de boire aux fontaines de peur qu’il ne les souille!

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stockage_des_c%C3%A9r%C3%A9ales

Stockage des céréales

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Les réserves de céréales constituent un élément vital pour la survie des groupes humains. Apparue aux environs de la révolution néolithique1, la maîtrise du stockage des céréales est essentielle dans l’organisation de la plupart des sociétés car elle est impliquée dans trois activités humaines majeures :

  1. l’alimentation, par la conservation des grains, riches en amidon, à court et moyen terme en prévision de mauvaises récoltes, de disettes ou de conflits ;
  2. l’agriculture, en assurant la préservation des semences nécessaires pour la production des années suivantes. Le maintien du pouvoir germinatif est également essentiel pour l’orge de brasserie qui sera soumis aux opérations de maltage ;
  3. le commerce, avec la constitution de stocks de grains pour l’échange.

Des greniers protohistoriques et fosses à grains jusqu’aux silos modernes, les groupes humains ont développé de nombreuses solutions pour la maîtrise des dangers inhérents à la conservation des céréales. Les écrits des ingénieurs militaires, les traités des agronomes latins, des hygiénistes ou des mécaniciens du XIXe siècle témoignent encore des efforts mis en œuvre pour améliorer les conditions de stockage. Parallèlement, si archéologues et ethnologues ont perçu l’importance des modes de conservation dans l’organisation des sociétés humaines, c’est aussi parce que la dimension sociale et économique de la technique est sous-jacente.

Si les modalités techniques ont varié avec les époques et les lieux, les enjeux sont toujours restés les mêmes et l’évolution technique a surtout permis une augmentation des capacités de stockage et une accélération des échanges.

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Parmi les réserves alimentaires indispensables à la survie des groupes humains, le stockage des céréales, riches en amidon, revêt une importance particulière

Sommaire

Dangers associés à la conservation des céréales

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Moissonneuse-batteuse et silos de conservation

Tout grain stocké est susceptible de subir une dégradation de ses qualités technologiques, alimentaires et sanitaires. Dans ce paragraphe, on utilisera le terme de danger pour désigner, « tout agent biologique, chimique ou physique présent dans un aliment ou un état de cet aliment pouvant entraîner un effet néfaste sur la santé »N 1. Il s’agira notamment de bactéries, de virus, de parasites, de substances chimiques, de corps étrangers. Le danger concerne le consommateur, avec les conséquences en termes de santé publique, mais aussi le produit, en affectant sa valeur économique.

En matière de conservation des céréales, trois types de dangers sont couramment identifiés2 :

  1. Les dangers physiques correspondant à la présence de corps étrangers
  2. Les dangers chimiques : essentiellement présence de métaux lourds, de résidus d’insecticides et les dioxines
  3. Les dangers biologiques : les insectes et acariens, les rongeurs et volatiles et/ou leurs traces macroscopiques, les moisissures, les mycotoxines, les salmonelles et le Bacillus cereus.

Les insectes

Les insectes engendrent une altération des grains et sont source de souillures et de contaminations : ce sont des vecteurs de germes. Malgré une lutte de plus en plus technique leur éradication semble impossible. Les contrats commerciaux stipulent que tout lot de grain doit être refusé si un seul insecte vivant y est repéré3.

La plupart des insectes des grains stockés appartiennent à deux ordres biologiques : les coléoptères et les lépidoptères. Les principaux insectes ravageurs sont4 :

  • Les charançons : charançon du blé (Sitophilus granarius) et charançon du riz (Sitophilus oryzae). Les femelles attaquent les grains entiers et pondent leurs œufs à l’intérieur, puis les larves se développent dans l’amande de blé, d’orge, de maïs et de riz principalement. Les températures optimales de développement se situent entre 30 et 32 °C : dans ces conditions une nouvelle génération d’insectes apparaît en 24 à 26 jours. Les charançons sont les insectes contaminants du grain les plus résistants mais, en dessous de 12 °C, ils ne peuvent plus se reproduire. Un séjour de trois mois à une température de 5 °C entraîne la mort des adultes et de toutes les autres formes (œufs, nymphes et larves) : le maintien de températures froides constitue donc une protection naturelle efficace ;
  • Les triboliums : Tribolium castaneum, Tribolium confusum (Tribolium brun de la farine). En France, on trouve cet insecte plutôt au sud de la Loire. Les triboliums se nourrissent de grains cassés. Leur température optimale de développement se situe entre 32,5 et 36 °C et la durée de leur cycle varie de 18 à 25 jours. C’est l’insecte prédateur des grains le plus prolifique avec en moyenne 400 à 600 œufs par femelle ;
  • Les silvains (Oryzaephilus surinamensis) se nourrissent exclusivement de grains cassés de céréales. Leur température optimale de développement comprise entre 30 et 33 °C permet l’apparition d’une autre génération d’adultes en 20 jours. Ils ne peuvent plus se reproduire en dessous de 21 °C ;
  • Les capucins des grains (Rhizopertha dominica) : présents surtout en régions méridionales, les capucins adultes font beaucoup plus de dégâts que leurs larves contrairement aux autres insectes. Les adultes se nourrissent de grains entiers de céréales qu’ils dégradent mécaniquement par frottement avant de les consommer. Ils peuvent se développer dans des grains très secs (jusqu’à 8 à 9 % d’humidité). La température optimale de développement est de 34 °C et à ce niveau, une nouvelle génération d’insecte apparaît en 25 jours. En dessous de 21 °C leur reproduction est impossible ;
  • Les teignes. Plusieurs espèces sont susceptibles de se nourrir de grains de céréales à paille et de maïs, en s’attaquant au germe : teigne des fruits secs (Plodia interpunctella), teigne des grains (Nemapogon granella). La chenille trahit sa présence par un fil de soie ce qui, en cas de forte infestation, se manifeste par un enchevêtrement de fils blancs sur le dessus du tas de grain. À la température optimale de 30 °C, le cycle de développement ne dure que 23 jours et en dessous de 17 °C il n’y a plus de reproduction possible ;
  • Les alucites : alucite des céréales (Sitotroga cereallela). La chenille infeste le stock (céréales à paille et surtout maïs) en se nourrissant du germe, puis de l’intérieur du grain. Les fortes attaques entraînent une perte de pouvoir germinatif et communiquent au grain une odeur de rance. Le cycle évolutif est au minimum de 20 jours à 35 °C et en dessous de 15 °C la reproduction est arrêtée ;
  • Les psoques : les poux des livres ou Psocoptera sont des petits insectes de couleur blanchâtre. Du fait de leur petite taille, ils passent souvent inaperçus tant que leur population reste faible et leur action nuisible est plus liée à leur nombre qu’à leurs déprédations. Par contre si l’environnement leur est favorable, en particulier si l’humidité du grain est supérieure à 15 %, ils peuvent pulluler très rapidement, même à basse température. Ils s’alimentent de débris de grain et peuvent aussi s’attaquer au péricarpe ou au germe ;
  • Les cryptolestes (Cryptolestes ferrugineus), le dermeste du grain (Trogoderma granarium), la cadelle (Tenebrioides mauritanicus)4.
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Les résidus d’insecticides

Matière active insecticide Dose autorisée en substance (g/t) Rémanence ou durée d’action du produit après application Limite maximale de résidu (mg/kg)
Céréales
Limite maximale de résidu (mg/kg)
Graines oléoprotéagineuses
Pyrimiphos-méthyl 4 > 6 mois 5 0,05
Deltaméthrine 0,5-1 > 6 mois 2 0,05 (0,1 pour colza et pois)
Chlorpyriphos-méthyl 2,5 > 6 mois 3 0,05
Source : Règlement européen (CE) 149/2008

On appelle insecticide toute substance utilisée pour lutter contre la présence ou le développement des insectes et acariens dans les grains stockés. Leur présence peut provenir des traitements réalisés en cours de culture (risque faible) et des traitements de désinsectisation réalisés en vue du stockage (risque beaucoup plus important). Leur toxicité peut poser problème lorsque leur teneur est élevée (supérieure voire très supérieure à la limite maximale règlementaire (LMR) définie par la réglementation car les LMR sont plus sévères que les limites toxicologiques)5. Seules certaines matières actives sont homologuées pour le traitement des céréales stockées dont trois sont actives sur les adultes : le pyrimiphos-méthyl, le deltaméthrine et le chlorpyriphos-méthyl. La perspective récente d’un abaissement des Limites Maximales de Résidus fait craindre une impasse technique pour la conservation des céréales en Europe avec un rejet potentiel de 15 à 20 % des tonnages de céréales importés du fait de leur non-conformité règlementaire6.

À titre d’illustration des dangers, rappelons l’« affaire du pain maudit » de Pont-Saint-Esprit : l’intoxication par le dicyandiamide de méthylmercure, un produit contenu dans un fongicide (Panogen) utilisé pour la conservation des grains ayant servi à faire la farine a été évoquée comme une explication possible aux troubles de la population. La justice a retenu cette hypothèse mais cette piste a finalement été abandonnée à la suite d’une thèse en pharmacie soutenue en 19657.

Les oiseaux

Les dégâts occasionnés par les oiseaux sont d’ordre quantitatif, par prélèvement de grains, et surtout qualitatif, par dépôts de fientes, de plumes, de cadavres sur les grains ou de débris végétaux utilisés pour la construction de leur nids. Ils constituent donc des vecteurs de germes4. Leur présence est liée à un mauvais entretien des locaux et des abords extérieurs : en ce sens ils sont un indicateur des pratiques hygiéniques mises en œuvre dans l’installation de stockage.

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Les rongeurs

En consommant des grains, les rongeurs, comme les volatiles, provoquent des souillures, des contaminations et une altération des grains stockés. Ce sont des propagateurs de redoutables maladies contagieuses, qu’il s’agisse de la célèbre peste bubonique, du typhus (deux maladies transmises par la puce du rat), de la toxoplasmose, des trichinoses ou encore de la leptospirose.

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Moisissures et mycotoxines

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Conidiophore de Aspergillus flavus

Les moisissures peuvent appartenir à toutes les classes de champignons. Elles élaborent de nombreuses spores qui sont disséminées par l’air et l’eau. Non photosynthétiques, les moisissures ne peuvent se développer que sur des substrats organiques, provoquant ainsi leur dégradation avec un changement d’aspect et des altérations organoleptiques. On distingue trois genres principaux4 :

Mycotoxines Moisissure Principaux substrats
Les mycotoxines du champ
Thrichothécènes Fusarium Maïs, orge, blé, avoine
Zéaralénone Fusarium graminearum Maïs, blé, sorgho
Fumonisines Fusarium moniliforme Maïs
Les mycotoxines de stockage
Ochratoxines Aspergillus ochraceus
Penicillium viridicatum
Maïs, orge, blé
Citrinine Penicillium citrinium Orge, seigle, avoine, maïs
Stérigmatocystine Aspergillus versicolor Blé
Aflatoxines Aspergillus parasiticus
Aspergillus flavus
Maïs, sorgho
Source : Guides des bonnes pratiques hygiéniques, Les éditions des Journaux officiels, Paris, août 2004

L’augmentation de la teneur en eau des grains active le développement des moisissures. Lorsque l’activité de l’eau est inférieure à 0,70, il n’y a pas de développement de moisissures mais leur survie est possible. Entre 0,70 et 0,85, les moisissures xérotolérantes et xérophiles peuvent se développer. Au-delà de 0,85 d’activité de l’eau, le développement de l’ensemble des germes fongiques est possible. D’autre part, les moisissures étant des organismes aérobies, leur croissance est d’autant plus faible que la composition en oxygène de l’atmosphère est basse.

Si les moisissures ne représentent pas un danger direct pour la santé, certaines d’entre elles peuvent produire des métabolites, les mycotoxines, qui sont toxiques. En particulier les aflatoxines et les ochratoxines sont impliquées dans les néphrotoxicoses, la carcinogénèse et sont des immunodépresseurs. Les mycotoxines ont une durée de vie souvent bien supérieure à celle des moisissures qui les ont synthétisées. Elles résistent aux traitements thermiques couramment utilisés dans les industries agroalimentaires, à l’oxydation, elles sont stables quel que soit le pH. Toutes les souches des espèces qui ont la capacité de produire des mycotoxines ne le font pas systématiquement, même si toutes les conditions optimales à la toxinogénèse sont réunies4.

Les teneurs en mycotoxines pour les denrées alimentaires céréales et oléoprotéagineuses destinées à l’alimentation humaine sont fixées à 2 µg / kg pour l’aflatoxine B1 et à 4 µg / kg pour le total des aflatoxines (B1+B2+G1+G2)8. Pour l’ochratoxine A, la réglementation fixe les teneurs maximales à 5 µg / kg pour les céréales brutes, y compris le riz et le sarrasin et à 3 µg / kg pour les produits de céréales transformées et les grains de céréales destinés à la consommation humaine directe 8.

Bacillus cereus

Bacillus cereus est une bactérie pathogène pour l’homme et les animaux fréquemment rencontrée dans les produits riches en amidon comme le riz et les céréales. Il est capable de produire deux types de toxines dont une est thermostable. Ce bacille est responsable de troubles gastro-intestinaux dus soit à l’ingestion de la toxine préformée dans l’aliment, soit à l’ingestion de la bactérie.

Les lots de grains peuvent être contaminés par les poussières, le sol ou directement par les matières premières livrées. La production de spores lui confère une capacité de survie importante (chaleur, faible activité de l’eau…). Sa température de croissance se situe entre 5 et 37 °C, le pH est optimum entre 4,5 et 7 et une activité de l’eau (Aw) supérieure à 0,95 lui est favorable2.

Les acariens

Les acariens les plus couramment rencontrés dans les denrées stockées sont issus de plusieurs familles. Ils sont de taille très réduite, dépassant rarement le millimètre de longueur, et se présentent sous forme d’agrégats qui les font ressembler à une « poussière vivante ». L’optimum de développement se situe vers 25 °C et 90 % d’humidité relative soit dans les grains à 17-18 % de teneur en eau4. Les acariens se nourrissent des moisissures présentes dans les stocks mais ils peuvent consommer les germes humides. Leur cycle de développement est très court, avec seulement 10 à 12 jours entre 23 et 25 °C dans des grains à 17 % d’humidité. Leur mauvaise adaptation au grain sec les empêche de coloniser les stockages de grain réalisés dans de bonnes conditions.

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Les corps étrangers

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Mélange de graines en germination

La teneur en impuretés figure dans les contrats commerciaux comme critère qualitatif. Il peut s’agir de grains cassés, de grains germés, de grains d’autres espèces ou encore d’impuretés diverses formant la catégorie des corps étrangers. Ceux-ci peuvent être des morceaux de verre, de plastique, des particules métalliques, cailloux, sable, bois et autres débris végétaux… Ils peuvent provenir de la matière première livrée, de la maintenance du matériel de stockage ou de la perte d’objet par le personnel. Dans le cas d’installations de stockage en cases (à plat), l’aspect sanitaire du grain peut être mis en défaut que ce soit par des traces de terre, de gomme de pneumatiques, de fuite d’huile ou d’hydrocarbure. Les corps étrangers font courir un risque pour la sécurité du consommateur (coupure par le verre, usure des dents9…) ainsi que pour sa santé du fait de la transmission possible de germes pathogènes.

Les éléments trace minéraux (ETM)

Les ETM sont le plus souvent métalliques, mais certains comme l’arsenic ou le sélénium n’en sont pas. La majorité sont des oligo-éléments c’est-à-dire qu’en faible concentration ils sont nécessaires à la vie ; d’autres comme le plomb ou le cadmium n’en sont pas et constituent des contaminants métalliques toxiques qui peuvent s’accumuler dans l’organisme10. Une contamination des denrées agricoles peut provenir notamment de l’épandage sur les terres agricoles des boues des stations d’épuration11

Les teneurs maximales dans les denrées alimentaires12, exprimées par rapport au poids à l’état frais, sont fixées comme suit :

  • Plomb : 0,2 mg/kg de céréales y compris le sarrasin et les légumineuses ;
  • Cadmium : 0,1 mg/kg pour les céréales (sauf son, germe, grain de blé et riz pour lesquels la teneur maximale est fixée à 0,2 mg/kg ainsi que pour les graines de soja).

S’agissant des matières premières pour aliments pour animaux d’origine végétale, les teneurs maximales sont les suivantes13 :

  • Plomb : 10 mg/kg ;
  • Cadmium : 1 mg/kg ;
  • Mercure : 0,1 mg/kg.

Risque d’incendie et d’explosion de poussières

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Fig 1 : Conditions d’apparition d’un incendie et d’une explosion dans une installation de stockage de grain

Les silos et plus généralement les installations de stockage de céréales, grains, produits alimentaires ou tout produit organique dégageant des poussières inflammables, peuvent engendrer trois principaux types de dangers : le phénomène d’auto-échauffement, l’incendie et l’explosion14.

L’auto-échauffement est causé par la fermentation des grains, ou lorsque les conditions de stockage présentent des températures trop élevées. Si cet auto-échauffement n’est pas maîtrisé, il peut conduire à un incendie. Pour cela il faut réunir trois éléments (fig 1) : une matière combustible (poussières), un comburant (air) et une source d’inflammation (flamme, étincelle, point chaud…). Dans les cas extrêmes, des explosions peuvent survenir lorsque les poussières en suspension ou des gaz inflammables, provenant des phénomènes d’auto-échauffement, sont enflammés par une source d’énergie suffisante15. Pour cela il faut la conjonction de six facteurs d’apparition (fig 1). Ce phénomène, rare mais violent, de type coup de poussière, provient des propriétés des surfaces spécifiques dans un état dispersé. De 1997 à 2005, 95 accidents de silos ont été recensés en France : 86 % environ donnant lieu à incendie, et 7 % à explosion16. L’exemple le plus spectaculaire est sans doute celui survenu le 20 août 1997 à Blaye dans le domaine portuaire sur la rive droite de la Gironde, faisant 11 morts. Cet accident affecta principalement un silo vertical d’un ensemble de 45 cellules cylindriques (40 mètres de hauteur), ainsi que les locaux administratifs et techniques qui y étaient accolés17. Les dégâts furent tels que le site a dû être entièrement rasé. L’accident fut à l’origine d’une révision de la règlementation des installations classées en France.

En France, l’INERIS a mise à jour en mai 2000 ses recommandations «  pour la conception et l’exploitation, de silos de stockage de produits agro- alimentaires vis-à-vis des risques d’explosion et d’incendie» (en un guide de 195 pages18)

Les solutions historiques

Typologie des modes de stockage à moyen et long terme

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Un exemple de tinajas
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Stockage à l’air libre des céréales en gerbes avant battage
Illustration du Tacuinum Sanitatis

Les études portant sur l’arc nord-méditerranéen illustrent la diversité des techniques employées pour la constitution de réserves à céréales1. Ainsi, entre 900 av. J.-C. et 125 av. J.-C coexistent deux techniques opposées : le stockage à l’air libre et le stockage en atmosphère confinée. Durant la protohistoire, l’urne en céramique non tournée sert en priorité pour un stockage à court et moyen terme dans un cadre domestique alors que le silo, fosse à embouchure rétrécie creusée dans le sol, constitue le mode le plus approprié pour un stockage confiné à long terme (ensilage), qu’il soit à finalité agricole (semences), domestique (réserves familiales), sociales (réserves communautaires, stocks en prévision de disette ou de conflit) ou commerciale pour l’échange. Les Gaulois empruntent aux Grecs l’usage du pithos, récipient bien adapté au stockage des céréales à court et moyen terme en atmosphère ventilée, tandis que les Ibères développent un type particulier de céramique tournée (tinajas). Chez les Gaulois du Midi et les Ibères, le stockage en atmosphère aérée progresse encore avec l’adoption des greniers celtes (grenier aérien sur poteaux plantés), puniques (grenier à plancher sur murets) et gréco-romains (pièces aux parois enduites de torchis)1.

Réserves
à céréales
protohistoriques
Air libre Atmosphère
confinée
Récipient Vrac Silo souterrain
Céramique Autres Meule Récipient de céramique ou torchis
Non tournée Tournée Vase en torchis Grenier
Grande urne Ibérique peinte (tinajas) Matériaux périssables
Pithos Autres (jarre…)

Source : Les structures de conservation des céréales en Méditerranée nord-occidentale au premier millénaire avant J.-C : innovations techniques et rôle économique. Dominique Garcia.

Les greniers sur poteaux de l’habitat protohistorique

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Reconstitution d’un habitat protohistorique

L’existence de greniers en élévation, réservés au stockage du grain et des épis, est un fait probable en Europe moyenne tempérée, aux âges du bronze et du fer. Pourtant elle reste difficile à prouver.

De nombreux sites archéologiques découverts en Europe témoignent de carrés protohistoriques matérialisés par des trous de poteaux. Cette architecture permettait de supporter des structures en plateformes qui isolent le contenu des effets de l’humidité ou de l’atteinte des animaux.

Sur les sites concernés, à proximité des bâtiments principaux de plus grande dimension, apparaissent souvent les traces d’implantation de bâtiments extérieurs carrés ou rectangulaires portés par de nombreux poteaux et qui devaient être utilisés comme lieu de réserve alimentaire19. Une différenciation typologique entre maisons longues à plusieurs nefs, petits bâtiments rectangulaires et petits édifices carrés apparaît assez tôt dans la protohistoire. Elle est visible dès le bronze moyen (Nijnsel dans le Brabant-Septentrional, site attribué à la culture d’Hilversum), au bronze final sur le site d’Elp aux Pays-Bas, et se retrouve encore dans les villages de la même époque en Europe centrale (Lovcicky en Moravie, site attribué à la culture des Champs d’Urnes du moyen Danube). Sur ces sites, les greniers sont à rechercher en priorité parmi les structures de faible surface mais comportant des supports puissants et serrés, aptes à soutenir de lourdes charges19. À Feddersen Wierde, en bordure de la mer du Nord, les greniers (4 m X 2,5 m en moyenne) comportent entre 9 et 16 poteaux et sont situés à proximité de plus vastes habitations principales. Le site de la Tène finale de Villeneuve-Saint-Germain montre également des constructions de plan carré portées par 9 poteaux puissants dont la structure au sol et les dimensions sont conformes aux caractéristiques des greniers identifiés sur les sites précédents.

L’ethnologie offre de nombreux exemples de petits bâtiments carrés conçus sous la forme d’édicules surélevés en plateformes. Tous sont situés à proximité immédiate ou à quelque distance de la maison, dont ils sont toujours distincts. Ils possèdent en outre des « garde-rats » plus ou moins efficaces et qui sont destinés à rendre inaccessible leur contenu aux animaux, en particulier aux rongeurs. Ces bâtiments peuvent être en fascine, en terre, ou en dur comme les horrea ibériques. Pourtant il faut se garder des simples analogies entre archéologie et ethnologie, analogies qui conduiraient à interpréter les carrés protohistoriques comme des greniers de type « horrea »19.

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La coexistence sur un même site protohistorique de silos souterrains et de petits greniers est un fait attesté mais qui n’est pas universel ; les deux modes de stockage pourraient avoir eu une fonction tantôt complémentaire, tantôt interchangeable. Si le silo enterré implique l’enfouissement à l’état sec du grain battu et vanné, les petits greniers surélevés sont plus propices au stockage du grain en gerbes ou en épis, mis à sécher et dont le battage peut être différé. Dans ces greniers, qui pouvaient servir à plusieurs fins, l’utilisation de coffres à céréales ou de récipients en terre cuite, en bois ou en vannerie est possible19.

Conservation des céréales en Grèce antique

Le problème du stockage du grain se pose dès lors qu’il n’est pas immédiatement destiné à la vente. Ici tout indique une conservation brève, ne dépassant pas l’année, souvent moins, et l’étonnement de Xénophon durant l’Anabase devant les réserves à long terme de certaines régions d’ArménieN 2 suggère que tel n’était pas l’usage en Grèce. Théophraste consacre plusieurs pagesN 3 à la conservation des semences, généralement pour l’année suivante, rarement davantage.

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Un exemple de pithos

L’utilisation de la technique du silo (σιρός) est attestée et l’inscription relative aux prémices d’EleusisN 4 au Ve siècle av. J.-C. y fait référence20. On en trouve encore dans la Grèce classique (Démosthène, Chers., 45) mais à Olynthe les silos du VIe siècle av. J.-C. sont abandonnés et les réserves deviennent individuelles, au sein de chaque maison. Elles sont alors placées dans des contenants en céramique et c’est à ce type de réserve que se réfère Hésiode (O., 611). Les termes grecs pour désigner le grenier, la réserve sont très imprécis et peuvent indiquer le magasin, la cabane, le cellier : ή άποϑήκη, ή καλιά, ò πιϑεών, ò πύργος, ò ρογός, ò σιτοβολεĩον, τό ταμιεĩον. Il n’y a pas d’équivalent à notre mot « grange », certains termes semblent désigner des greniers publics ou religieux. Dans les fermes fouillées en Grèce, la réserve apparaît mal ; elle est parfois localisée dans la tour (πνργος) avec un pithos enterré. Plus souvent les jarres de grains et les paniers voisinent avec les jarres d’huile, comme le confirme l’inscription des Hermocopides ; ainsi la réserve semble aussi bien contenir les céréales, les légumes, l’huile que le vin20.

Essentiel pour tenir un siège, le problème des réserves à grains a été soulignée par Philon de Byzance. La description la plus précise à ce sujet provient de son traité de poliorcétique N 5 où il distingue trois types de réserves à grains :

  • Les silos (σιροί) creusés. Il conseille d’« enduire leur fond sur quatre doigts d’épaisseur d’argile bien pétrie et mélangée à la paille hachée, et [d']enduire leur pourtour d’amurque. On fermera avec un cône de briques enduites d’argile » ;
  • Les greniers, constructions aériennes en bois avec des ouvertures pour l’aération, dont les murs et le plancher sont aussi enduits d’armuque ;
  • Les celliers voûtés en pierre. Pour faciliter la conservation, on place au centre un vase rempli de vinaigre, dans lequel on ajoute des produits tels que foie de cerf, fenugrec broyé ou origan dont l’odeur forte était censée éloigner les rongeurs. Plus tard, Palladius consignera ces pratiques dans son De re rustica : « Quelques personnes entremêlent avec le blé, afin qu’il se garde, des feuilles de coriandre […] De l’herbe aux moucherons, sèche, étendue sous le blé, lui procure une longue durée, à ce qu’assurent les Grecs ». Philon de Byzance désigne ces réserves à grains sous le nom desitobolon21 : on retrouve ce terme au IIe siècle dans un papyrus ainsi que dans les comptes déliens20.

Les enseignements des agronomes latins

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Dans son Ruralium commodorum opus, Pierre de Crescent s’inspire encore de l’étude des anciens auteurs rustiques. Miniature de calendrier du Maître du Boccace de Genève, issue du manuscrit du musée Condé, Ms.340, f.303v

Les traités des agronomes latins donnent de précieuses indications sur la variété des techniques alors en usage pour la conservation des céréales22. Selon la durée prévue pour le stockage, le grain peut être conservé soit entier en épis sous forme de gerbes, soit battu et vanné, dans des greniers ou encore dans des fosses. L’intérêt économique d’un stockage performant est ici clairement exprimé : « […] pour ce qu’on destine au marché, il faut attendre le moment de vendre avec avantage. Telle production ne peut se conserver sans s’altérer ; il faut se presser de s’en défaire. Cette autre est plus de garde, attendez que son prix s’élève23 ».

L’humidité

Pour favoriser la conservation, les agronomes latins insistent sur la nécessité de sécher le grain et de le conserver à l’abri de l’humidité. S’agissant de l’aire à battre le blé, Palladius affirme qu’« il faut avoir dans son voisinage un autre terrain plat et bien découvert, dans lequel on puisse transporter les blés pour y prendre l’air avant d’être serrés dans les greniers ; précaution utile pour qu’il se garde longtemps »24. Pour la disposition générale des bâtiments, Varron rappelle l’organisation de la métairie romaine en trois parties25 : la villa urbana qui est l’habitation du propriétaire, la villa rustica où se trouve l’habitation du métayer, la basse-cour et les étables, et la villa fructuaria qui correspond à la réserve des productions avec le cellier, le pressoir et les greniers. Cette distribution se retrouve également chez Columelle26 qui précise que « les greniers, auxquels conduira un escalier, auront de petites fenêtres croisées, livrant passage aux aquilons. Cette position, étant la plus fraîche et la moins humide, est très favorable à la conservation des grains ». Varron indique que « pour le blé, il faut le serrer dans de hauts greniers, où les vents soufflent du nord et de l’est, et où l’humidité ne puisse pénétrer d’aucun côté » et que « pour les denrées sèches, tels que les fèves, les lentilles, l’orge et le blé, on établira des espèces de plancher27 ».

Les nuisibles

Pour éloigner les nuisibles, il est courant d’utiliser de l’amurque (άμόργη), nom donné soit au marc d’olives pressurées, soit au dépôt même de l’huile, et qui fait ici office de remède miracle. Son usage est présenté dès l’aire de battage qu’ « on aplanira après y avoir mêlé avec de la terre de la paille et du marc d’huile sans sel, ce qui garantira les blés des rats et des fourmis24 ». « Bêchez la place destinée à l’aire, arrosez la d’amurque jusqu’à saturation […] Avec ces précautions vous n’avez à redouter ni les ravages des fourmis ni l’envahissement des mauvaises herbes28 ».

Traitant des greniers, Varron écrit « que les murailles et le sol en soient revêtus d’un mastic composé de marbre pilé, ou du moins de glaise mêlée à de la paille de froment et du marc d’huile. Cet enduit préserve les greniers des rats ou des vers et contribue en même temps à donner au grain de la consistance et de la fermeté29 ». La même recette est déjà visible chez Caton l’Ancien qui écrit « pour prévenir les attaques du charançon et les dégâts des campagnols, faites un lut avec de l’amurque et de la paille hachée, que vous laisser détremper et que vous gâcherez convenablement : vous en étendrez une couche épaisse sur tout le grenier, vous ajouterez par-dessus une couche d’amurque. Lorsque le lut sera sec, vous pourrez déposer dans votre grenier du froment non échauffé sans avoir à redouter le charançon30 ».

L’horreo ibérique

Le terme horreo vient du latin horreum, qui a donné hόrreo en espagnol (horru en asturien), et désigne un grenier construit en bois ou en pierre, qui repose sur des piliers. Cet édifice séparé du reste des habitations s’utilise pour stocker tout type de produits agricoles comme le maïs, les pommes de terre ou les fèves ; on peut également y ranger divers outils agricoles.

Héritage technique de l’Empire romain, l’horreo est décrite par Varron (De Agricultura, livre I) : « D’autres enfin construisent des greniers qui sont comme suspendus. On en voit de ce modèle dans l’Espagne citérieure, et dans certaines contrées de l’Apulie. Ces greniers sont éventés non seulement des côtés par les courants qui viennent des fenêtres, mais encore par l’air qui frappe dessous en leur plancher29 ». L’horreo est toujours visible dans le Nord-Ouest de l’Espagne, en Navarre ainsi qu’au nord du Portugal dans la région du Minho où on les appelle espigueiros o canastros. Les plus anciens encore visibles datent du XVe siècle et certains sont de construction récente. Il existe encore quelques rares structures analogues en France, notamment en Périgord. On trouve des équivalents presque exacts (par leur forme, mais pas nécessairement par leur fonction) de ces horrea ibériques sous la forme des greniers à riz, des meules et des gerbiers pyramidaux surélevés dans la province du Gilan, en Iran19.

L’horreo se compose d’une caisse dont les murs possèdent des rainures assurant la ventilation à l’intérieur. Les formes rectangulaires sont typiques de la Galice et peuvent atteindre 34 voir 37 mètres de long, alors que les formes carrées sont plus caractéristiques des Asturies, de la Province de León et de Cantabrie. La caisse repose sur des piliers (pegollo) dont elle est séparée par des plaques « garde-rats » (muela) qui constituent un moyen efficace pour maintenir le grain à l’abri des rongeurs.

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    Détail des piliers

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    Pilier et plaque d’un horreo en Asturies

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    Détail d’un pilier – Villablino Leon

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    Détail des piliers – Carnota

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Il est possible de dresser une typologie de ces greniers selon leur toiture (paille, terre cuite, ardoise…), qui peut être à deux ou quatre pentes. Ces greniers se distinguent également par la nature des matériaux employés pour réaliser les appuis ou encore selon leur décoration. Dans un état parfois dégradé, les 18000 horrea d’Asturie font partie de l’image de la principauté et comme tels ils sont l’objet d’une sensibilisation croissante de l’administration comme de leurs propriétaires pour leur entretien. Devenu un motif d’intérêt touristique, ils offrent des images typiques tel ces couloirs d’horreo asturien remplis d’épis de maïs.

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Certains greniers du Valais, en Suisse, appelés raccards, ou rencontrés dans le nord de l’Europe (Scandinavie, Norvège ou Suède) possèdent des similitudes architecturales et fonctionnelles avec l’horreo.

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Le hambar à maïs

Le hambar est un type de grenier extérieur utilisé pour le séchage lent par l’air ambiant et le stockage des épis de maïsN 6. D’un usage domestique, il sert généralement pour nourrir les volailles de la basse-cour. Il s’agit d’une construction en bois ou plus couramment grillagée et munies d’une toiture. Le terme, largement utilisé dans les Balkans et dans les régions voisines de la plaine de Pannonie, vient du turc ambar qui signifie « grenier », « entrepôt »31. On le retrouve en allemand, en roumain (hambar ou pătul), en russe (амбар – ambar), en bulgare (хамбар – hambar)N 7. Le terme et le concept existent aussi dans des régions plus septentrionales, comme la Hongrie et le bord de la Mer blanche au nord-ouest de la Russie. En France on connaît ce mode de conservation sous le terme de maïs cribs.

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Stockage à long terme en atmosphère confinée

Le silo, fosse à embouchure rétrécie creusée dans le sol, constitue le mode de conservation des céréales en atmosphère confinée le plus approprié. Une fois la fosse remplie de grains battus et vannés, on scelle hermétiquement l’embouchure à l’aide de terre ou d’argile, afin d’isoler le contenu de l’air extérieur, de l’humidité et des insectes. Le grain va continuer à respirer et consommer l’oxygène contenu dans le silo tout en rejetant du gaz carbonique. Peu à peu, en l’absence d’oxygène, les grains vont entrer dans une phase de dormance qui favorisera une conservation de longue durée tout en gardant leurs capacités germinatives.

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Vue des silos du site de l’oppidum d’Ensérune

L’utilisation du silo est connue, dans le sud de la France et en Espagne, dès le début de l’agriculture au VIe millénaire av. J.-C. Certains chercheurs ont même supposé qu’il avait précédé l’agriculture et qu’il protégeait dans un premier temps, le fruit de cueillettes sélectives de graminées et de légumineuses1. Parmi les exemplaires les plus anciens en Languedoc et en Provence, se trouvent ceux de Portiragnes, de Florensac et de Châteauneuf-les-Martigues qui datent du début du Néolithique. En Espagne des silos datés du Néolithique ancien ont été signalés dans le Nord-Est de la Péninsule (Haut-Empurdan) 1.

Déjà décrit par Philon de Byzance et Xénophon, ce mode de conservation ne manqua pas de susciter l’intérêt des agronomes latins, qu’il soit qualifié de sub terris ou de sub terra (Varron), defossa (Columelle) ou in scrobibus (Pline). Varron rapporte que « certains cultivateurs ont des greniers souterrains ou caveaux appelés σειροί comme on en voit en Cappadoce et en Thrace ; ailleurs on se sert de puits, comme dans l’Espagne citérieure, et aux environs d’Osca et de Carthage. Le sol de ces puits est couvert de paille ; aucune humidité n’y pénètre car on ne les ouvre jamais ; ni même un souffle d’air, si ce n’est lorsqu’il y a nécessité de recourir à la réserve. L’air en étant exclu, il n’est pas à craindre que le charançon s’y mette. Le blé dans les puits se conserve cinquante ans, et le millet pourrait même s’y garder plus d’un siècle29 ». Plus loin, l’auteur signale sa connaissance des mécanismes en jeu « ceux qui ont leur blé sous terre, dans des caveaux appelés σειροί, ne devront y entrer qu’après les avoir laissés ouverts quelque temps. Car si on voulait s’y introduire immédiatement après leur ouverture, on courrait risque de suffoquerN 8, comme il en est des exemples32 ». Mais les limites de la techniques sont également connues et Columelle de préciser « lorsqu’on a rien à craindre de l’humidité, le blé peut se conserver dans des fosses creusées en terre, ainsi que cela se pratique dans quelques provinces d’outre-mer […] Pour nos contrées qui ne sont que trop sujettes à l’humidité, nous préférons des greniers construits au-dessus du sol26 ».

Durant toute la protohistoire en Méditerranée nord-occidentale, on note un usage constant de deux techniques : l’urne en céramique non tournée pour un stockage à court et moyen terme et le silo pour des réserves à long terme. Dans ce contexte, l’ensilage protohistorique est plus caractéristique des zones de grande production que des sites de consommation ou de redistribution. Aux IVe siècle av. J.-C.-IIIe siècle av. J.-C., le Languedoc occidental et la Catalogne nord-orientale sont d’importantes zones de production céréalière ; cette période correspond précisément à une phase plus dense de creusement. C’est de cette époque que datent les principaux champs de silos : Ensérune, Ruscino, Elne… ou dans l’arrière pays d’Emporion (Rosas, Pontos…)1. À proximité de l’oppidum de Corent, dans le Puy-de-Dôme, un important site de stockage datant de l’Âge du fer a été mis au jour en 2015 : constitué d’environ un millier de silos d’une capacité de 0,5 à 1,5 tonne de céréales, il est installé sur une poche d’argile d’un ancien étang. La capacité de l’installation est au moins trois fois supérieure à celles de la même époque observées en Allemagne, dans le Berry ou en Catalogne33.

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Vue du site de fosses à grains de Piano delle Fosse del Grano

En France méditerranéenne, on note un abandon massif de la pratique de l’ensilage à la fin du Ier siècle av. J.-C. qui réapparaît au IIIe siècle-IVe siècle et sera ensuite largement utilisée au haut Moyen Âge. En Espagne, le silo va être largement utilisé jusqu’au IIe siècle av. J.-C. pour disparaître presque totalement au début de l’époque impériale. L’abandon total du silo durant le Haut-Empire tant en Gaule qu’en Espagne marque le déclin des techniques de stockage en atmosphère confinée. Ce mode de conservation apparaît de plus en plus comme un principe barbare, sans doute peu compatible avec un contrôle administratif des réserves et la consommation de pains à pâte levée dont le grain ensilé pouvait gâter le goût1. Pourtant on trouve encore des exemples tardifs de grande ampleur comme le Piano delle Fosse del Grano dans les Pouilles.

Au début du XIXe siècle, l’idée du stockage en atmosphère confinée est toujours présente. À partir de 1819, Guillaume Louis Ternaux, manufacturier, fait construire deux silos dans sa propriété de Saint-Ouen, contenant près de 200 hectolitres de blé chacun, et au sujet desquels Charles Philibert de Lasteyrie adresse en 1822 un rapport à la Société d’encouragement. Dans un second mémoire publié en 1823, ce dernier relate des expériences similaires faites à l’abattoir du Roule et à l’hôpital Saint-Louis où on a construit deux fosses destinées à conserver des blés pendant dix ans34.

En 1862, dans son Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité Ambroise Tardieu fait encore référence à l’ensilage du grain et affirme que « l’entassement du blé dans des silos est le moyen de conservation le plus précieux que l’on connaisse. On découvrit en 1707, dans la citadelle de Metz, du blé conservé depuis 1552, et on put en faire du pain qui ne différait en rien de celui préparé avec des farines nouvelles. » Cependant il en connaît également les limites, déjà perçues par les agronomes latins, lorsqu’il précise que « tous les terrains ne sont pas propres à la conservation du blé en silos, et ce moyen ne saurait être employé qu’exceptionnellement dans notre pays, où les froments contiennent une trop forte proportion d’eau35 ».

L’ensilage souterrain resta longtemps un procédé de stockage traditionnel dans les zones où les conditions climatiques lui étaient naturellement plus favorables. On en retrouve de nombreux exemples au Maghreb, au Yémen (village de Thula au nord-ouest de Sanaa) ou encore en JordanieN 9 et jusqu’à des périodes récentes. Ainsi en témoignent les Bureaux arabes qui administraient les Hautes Plaines algéroises et les confins sahariens. Après la famine de 1867-1868, ceux-ci font procéder en 1885 au recensement des silos des tribus et de leur capacité de stockage. Les cartes et relevés pour les régions de Boghari, Djelfa et Ksar Chellala font apparaître de nombreux silos contrôlés par des familles, très dispersés et situés à proximité des terres épisodiquement mis en culture. Ces silos creusés à même le sol, d’une contenance de 6 à 10 hectolitres, ne sont pas utilisés tous les ans et ne sont que rarement intégralement remplis36.

Les poires d’Ardres et silos d’Amboise

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Plan et profil des « Poires d’Ardres ».
Architecture hydraulique de Bernard Forest de Bélidor

Les « poires d’Ardres37 » sont un ensemble de neuf silos souterrains servant à conserver le grain. Il s’agit d’une construction à trois niveaux dont une halle à grains sous laquelle se trouvent trois rangées de trois silos en forme de poires et dans lesquels était stocké le blé. Au niveau inférieur se trouvent trois galeries parallèles avec des trémies dans les voûtes permettant de récupérer le grain qui est ensuite remonté à la surface par une rampe ou hissé dans un puits.

Cette construction réalisée sous Charles Quint serait l’œuvre de Dominique de Cortone et date de la période pionnière du renouveau des silos souterrains en France38. L’ensemble est décrit en 1737 par Bernard Forest de Bélidor dans son Architecture hydraulique : « Il y a sous le terre-plein d’un bastion de la ville d’Ardres, petite place forte proche Calais, 9 magasins construits dans un grand souterrain destinez à renfermer le grain de la garnison en cas de siège, appelez communément Poires d’Ardres […] Tous ceux qui connoissent ces Poires conviennent qu’on n’a jamais rien imaginé de mieux, je crois qu’on pourroit s’en servir avec autant d’avantage pour conserver la poudre à canon39 ». La dimension stratégique est encore étudiée dans les mémoires militaires de la première moitié du XIXe siècle 40. Si François de Saint-Just précise que ce magasin est analogue aux greniers de Hongrie, l’ensemble présente nombre de similitudes avec les silos d’Amboise, improprement appelés « Greniers de César », et dont une étude a été réalisée en 1784 par Pierre Beaumesnil. Comme à Ardres, on trouve ici une disposition sur trois niveaux avec une évacuation du grain par la cave inférieure. Après dégagement des silos dans le roc, les parois ont été recouvertes d’un enduit de mortier à chaux grasse mêlé à du sable et de la brique pilée, ce qui assure une première protection contre l’humidité. Entre cet enduit et le mur de briques du silo renfermant le grain, se trouve un espace de 20 centimètres environ qui est comblé avec du sable très fin de Loire appelé falaise et qui assure une protection supplémentaire contre l’humidité38.

La difficulté de réalisation, et par là même le coût d’établissement, montre qu’il ne s’agit pas de simples installations rurales mais plutôt de l’œuvre de riches commanditaires. Une des nouveautés introduites par ce mode de stockage réside dans le mouvement du grain imposé par le prélèvement régulier en partie basse du silo, ce qui évite sa prise en masse. Toutefois ce mouvement très relatif, comme les conditions d’anaérobioses incertaines, font qu’il n’est pas possible de connaître avec certitude l’état de conservation du grain dans ces magasins.

Transilage et ventilation mécanique, ou l’invention du silo moderne

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Les caisses ventilées de Duhamel du Monceau sont représentées dans L’encyclopédie (fig 6 et 9). Le ventilateur de Stephen Hales est actionné soit à bras (fig 7) soit à l’aide d’un manège (fig 10)

Dans son Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité paru en 1862, Auguste Ambroise Tardieu affirme que « si le blé se garde fidèlement dans les silos, il ne s’y conserve pas dans l’immobilité sous le climat du Nord, et il est indispensable de l’agiter et de l’aérer, pour en éviter la détérioration41 ». C’est précisément de la conjonction de ces deux principes que naîtra le silo moderne.

On appelle transilage l’opération qui consiste à faire passer le grain en vrac d’un silo à un autre pour éviter sa prise en masse. La ventilation consiste à utiliser des conduites et un ventilateur pour pulser ou aspirer l’air à travers la masse de grain en vue de le refroidir et de le sécher.

Ambroise Tardieu attribue la paternité du procédé de ventilation du grain à Duhamel du Monceau mais conclut qu’« il consacra longtemps sa patience et ses soins à ses expériences d’aérage, et sans doute le résultat de ses essais ne lui inspira pas une pleine confiance, puisqu’il jugeait nécessaire de dessécher préalablement, dans des étuves chauffées jusqu’à 90 °C, le blé qu’il confiait à ces caisses ventilées42 ».

Les caisses ventilées de Duhamel du Monceau

L’intérêt de l’étude du stockage des grains de céréales apparut à Henri Louis Duhamel du Monceau lorsqu’il assista, dans le port de Brest, au déchargement d’une cargaison de blé endommagée par l’humidité 43. Dans son Traité de la conservation des grains et en particulier du froment paru en 1753, Duhamel du Monceau rapporte la construction d’un « grenier de conservation » fait d’une grande caisse en bois, rectangulaire ou en forme de cuve à vendange, et dont le fond est muni d’un plancher de grillage (fig 8) recouvert d’un canevas. Il ne laisse pénétrer à l’intérieur que les conduits d’une soufflerie, destinée à faire passer un courant d’air frais à travers la masse du blé car « il falloit de temps en temps renouveler l’air du petit grenier ; il falloit forcer l’air qui se seroit infecté, d’en sortir pour en faire entrer de nouveau ; il falloit être maître d’établir dans le grenier un courant d’air qui en pût chasser l’humidité44. » Pour ce faire il imagina tout d’abord d’utiliser des soufflets de forge mais renonça à cause des rongeurs qui étaient susceptibles d’en détériorer le cuir. Son expérience d’inspecteur général de la marine le conduisit à imaginer l’utilisation des solutions mise en œuvre pour ventiler la cale des navires, en particulier d’une sorte de manche à air, mais il perçut rapidement le problème de la pression statique, c’est-à-dire la résistance que la couche de grain oppose au passage de l’airN 10.

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Le ventilateur du docteur Hales se compose de deux caisses en bois parallèles (a, b, c, d) dans lesquelles l’air est aspiré ou refoulé par une série de valves (h)

C’est alors qu’il reçut un exemplaire de l’ouvrage d’un physicien anglais, M.E Hales intitulé Le ventilateur 45 et décrivant un soufflet « très simple, qui ne peut être endommagé par les rats, qu’on peut exécuter à peu de frais […] et destiné à renouveler l’air de l’entrepont et de la cale des vaisseaux […] et enfin il indique une façon de s’en servir pour la conservation des grainsN 11 »46.

Dans son traité, Duhamel du Monceau rapporte de nombreuses expériences de conservation dont les résultats varient selon l’état initial du grain. Il constate que « le froment recueilli dans nos Provinces contient trop d’humidité pour être conservé en grande masse » et en déduit la nécessité de le dessécher « par l’étuve ou par le vent ». Après un éventuel séchage par étuvage, pour lequel il s’inspire du modèle présenté par Inthierri47, il confirme la possibilité de conserver ainsi le grain plusieurs années : « Le froment que j’ai choisi pour mon expérience étoit de bonne qualité ; je l’ai fait éventer au plus la valeur de six jours dans l’espace d’une année, et je n’ai jamais fait mettre le feu dans le fourneau ; ce qui a néanmoins suffit pour l’entretenir si bien, qu’au jugement des connoisseurs, il est aussi parfait qu’on en puisse trouver48 ». L’auteur imagine également des installations de plus grande dimension et s’attache à la « description d’un grand grenier pour l’approvisionnement d’une petite communauté, ou d’un Hôtel-Dieu de Province » dans lequel il prévoit « l’établissement des soufflets et d’un moulin horizontal pour les faire jouer, avec la composition de plusieurs machines ». C’est ainsi que Duhamel du Monceau construit dans son domaine de Denainvilliers une tour ronde de 32 pieds d’élévation et de 26 pieds de diamètre et qui abrite les trois éléments constitutifs de son système : en bas le magasin à grains, au centre les soufflets et à l’étage supérieur le moteur constitué d’un moulin « à la polonaise »N 12 c’est-à-dire dont les ailes sont verticales et disposées selon les rayons du plan circulaire de la tour. Suscitant l’intérêt du Roy, il fait confectionner à son intention un modèle réduit et se voit accordé quelques années plus tard une pension de 1500 livres après intervention de son ami Daniel-Charles Trudaine49.

Développement des systèmes de conservation en atmosphère ventilée

Grenier mobile de Vallery représenté dans le Précis de chimie industrielle d’Anselme Payen

La première moitié du XIXe siècle voit l’apparition de nombreux systèmes qui imposent progressivement le mode de conservation des céréales en atmosphère ventilée.

Le 13 janvier 1829, M.Laurent, mécanicien à Paris, prend un brevet de quinze ans pour un système qu’il appelle silo aérifère ou antisilo, « parce qu’il ne conserve le grain qu’en l’entourant d’air continuellement, tandis que les citernes ou les fosses ordinaires, qui ne sont que des étouffoirs, ne conservent le blé qu’en le privant d’air34 ». Ce procédé permet en outre de réduire les frais de manipulation, de pelletage et de criblage du grain, qui sont estimés à 40 francs par hectolitre dans les magasins de l’État.

La mise en mouvement régulière de la masse de grain apparaît également comme un des fondements des bonnes pratiques. Philippe de Girard précise qu’« on a proposé depuis longtemps des magasins en forme de tour creuse que l’on remplirait de blé, et dont on retirerait de temps en temps quelques mesures par la partie inférieure pour les reporter à la partie supérieure, ce qui occasionnerait nécessairement un mouvement sur toute la masse35 ».

Le 28 décembre 1835, M.Vallery, manufacturier de Saint-Paul-sur-Risle obtient un brevet pour un grenier mobile qui « s’appuie sur un usage immémorial, le remuage du grain à l’air libre » et qui démontre combien « la mobilité a été jugée utile pour la conservation des grains34 ». Cet appareil se compose d’un grand cylindre de bois construit à claire-voie et qui tourne horizontalement sur son axe. Ce cylindre est percé d’ouvertures garnies de toiles métalliques qui « donnent entrée à l’air et fournissent aux insectes des issues pour fuir ».

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Représentation du grenier Huart

En 1844 M. Philippe de Girard présente à l’Exposition des produits de l’industrie, les dessins d’un projet de magasin à grains. Ce grenier se compose d’une réunion de silos extérieurs, rangés les uns à côté des autres, et formés de cloisons en bois ou en maçonnerie. À l’intérieur de chaque silo, le brassage du blé s’opère au moyen d’un chapelet à godets placé suivant l’axe du silo dans une gaine verticale ouverte à sa partie inférieure. L’air est extrait par un ventilateur centrifuge et circule de haut en bas grâce à des tubes disposés à travers la masse de grain35.

Le principe du grenier de Girard est repris par Henri Huart, négociant à Cambrai, pour la construction d’un grenier de 10 000 hl composé de dix compartiments verticaux de 10 mètres de hauteur, 4 mètres de longueur et 3 mètres de largeur. La partie inférieure des trémies est en forme de prisme renversé à quatre faces ; la partie interne est équipée de cloisons inclinées qui assurent un écoulement régulier du grain tel que « chaque couche de grain, dans toute la section horizontale, descend régulièrement comme si l’écoulement avait lieu par une ouverture aussi grande que la section du réservoir34 ». Après avoir vu fonctionner le magasin de M. Huart, la commission supérieure des subsistances militaires en a recommandé l’emploi au ministre de la guerre, dans les termes suivants :

« De quelque perfectionnement que le système de M. Huart soit encore susceptible, nous pensons qu’il réunit dès aujourd’hui, tel que l’inventeur le présente, toutes les conditions désirables pour la conservation des grains, à savoir : économie d’établissement, faible dépense d’entretien, capacité considérable, mouvement périodique ou continu de toute la masse du grain, ventilation, nettoyage, entretien d’une température basse, dessiccation progressive et préservation des insectes et des animaux rongeurs. L’application de ce système lui permettrait désormais d’entretenir, sans déchet de conservation, sans frais extraordinaires, les approvisionnements de réserve qu’elle pourra former pendant les années d’abondance ; de centraliser le service de la manutention des grains dans quelques grandes places de l’intérieur ; de créer de vastes entrepôts dans nos principaux ports de l’Océan et de la Méditerranée ; de réunir enfin, au moment du besoin, sur tel point déterminé de notre territoire, toute la quantité de blé nécessaire à l’alimentation d’un rassemblement inopiné35 ».

Le silo moderne, au service de l’échange

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Silo à grains de La Nouvelle-Orléans en 1873. Ce port international a une situation privilégiée au débouché des Grandes Plaines

Dans son dictionnaire d’hygiène publique, Auguste Ambroise Tardieu mentionne que de 1829 à 1840, l’importation du froment en grain et en farine s’est élevé à 271 millions de francs alors que l’exportation n’a été que de 43 millions au prix moyen de 20 francs l’hectolitre34. Au XIXe siècle, l’enrichissement constant des pays les plus industrialisés permet l’élévation du niveau de la consommation. En France par exemple, la consommation annuelle de froment per capita passe de 1,76 quintal en 1841-1850 à 2,45 quintaux en 1891-1900 50.

Dans ce contexte favorable à l’augmentation des échanges internationaux, les techniques de stockage des grains profitent de la vague d’innovation du XIXe siècle :

« Il se posait alors des problèmes de transport, de stockage, de sécurité qui étaient extraordinairement variés. L’un des premiers résolus, et sur lequel on n’insiste guère, avait été le stockage des céréales, c’est-à-dire la possibilité d’étendre les bonnes récoltes sur les mauvaises années. On sait que le grain entassé fermente et devient impropre à la consommation. C’est entre 1850 et 1860 que furent imaginés les silos modernes, qui, en remuant continuellement ce grain, l’empêchaient de chauffer. L’adaptation de l’électricité facilita beaucoup les choses »

— Histoire des techniques – Bertrand Gille

De nombreuses installations voient le jour à cette époque. C’est par exemple en 1842 que l’américain Joseph Dart (1799–1879) a mis au point le premier silo moderne à Buffalo, tandis qu’en 1885 les premiers silos à grains furent construits au port de Montréal qui, en 1923, devient le principal port céréalier du monde.

Les fondamentaux de la conservation du grain

Principes généraux

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Fig. 2 : Diagramme des risques de dégradation des grains en fonction de leurs caractéristiques. L’humidité et la température du grain récolté doivent être abaissés pour assurer la conservation au cours du stockage

Les principaux risques de dégradation des grains stockés sont essentiellement fonction de l’humidité relative et de la température de conservation (fig. 2) : la connaissance de ces deux paramètres permet d’apprécier l’aptitude au stockage. Selon leur valeur, on peut déterminer une durée de conservation pour chaque espèce en fonction d’un critère de conservation ou de détérioration prédéfiniN 13. Le maïs et le sorgho ont une humidité de récolte qui rend leur séchage obligatoire alors que pour les autres grains cela dépend des conditions de récolte.

La méthode de référence pour déterminer la teneur en eau du grain est la dessiccation par étuvage. Les méthodes usuelles font appel à des hygromètres dont certains peuvent être homologués pour les transactions commerciales. Leur principe de fonctionnement est soit résistif (mesure de la résistance électrique) soit capacitatif (mesure de la capacité d’un condensateur dont le diélectrique est hydrophile)4.

Lorsque l’humidité du grain est abaissée au niveau du seuil de stabilisation, ce dernier ne contient plus d’eau libre ; son activité respiratoire est très faible et il se comporte presque comme une matière inerte. À ce niveau, une augmentation de l’humidité de 1,5 point multiplie par deux l’intensité respiratoire du grain et la quantité de chaleur dégagée. Aux normes commerciales, fixées entre 1 à 2 points au-dessus du seuil de stabilisation, une mauvaise conservation reste possible4.

Espèce Seuil de stabilisation (%/S.H) Norme commerciale (%/S.H)
Blé – Orge 14 14,5
Maïs – Sorgho 12 14,5
Colza – Tournesol 8 9
Pois 12 14
Source : Stockage et conservation des grains à la ferme, ARVALIS

Les moisissures ne peuvent se développer qu’avec une humidité relative de l’air interstitiel supérieur à 65-70 %. Pour être en dessous de ce seuil avec du grain aux normes d’humidité, il est nécessaire de le refroidir en dessous de 10 °C. Au-delà de 23 % d’humidité du grain, les moisissures se développent même à des températures très basses et au-delà de 16 % certaines peuvent encore se développer si la température est supérieure à 20 °C.

Courbe d’équilibre d’humidité air-grain

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Le grain est un matériau hygroscopique qui absorbe ou rejette de l’eau sous forme de vapeur avec l’air ambiant, en fonction de sa propre teneur en eau et de l’humidité relative de cet air. Pour une température donnée, il se crée un équilibre entre l’humidité relative de l’air interstitiel et l’humidité du grain. Cet équilibre est représenté par une courbe isotherme de sorption-désorption dont la forme est caractéristique de chaque espèce4.

Soit par exemple une masse de blé à 15 % d’humidité : celle-ci impose une hygrométrie de 80 % à l’air intragranulaire. Inversement, si on ventile avec de l’air à 60 % d’hygrométrie, le blé s’équilibre avec l’air à 12 % d’humidité (fig. 3).

La courbe d’équilibre d’humidité air-grain est à la base du principe de la ventilation pour le refroidissement et le séchage basse température d’une masse de grain. Cette ventilation est réalisée par circulation forcée d’air ambiant à travers la masse de céréales : l’air est pulsé ou aspiré à l’aide d’un ventilateur, amené dans le grain à l’aide de conduites, puis réparti dans la masse par un système de gaines de distribution.

Ventilation d’une masse de grain

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Fig 4 :Schéma de principe de la ventilation d’une cellule à grains

En été, il n’est pas possible de ramener en une seule fois la température du grain de sa valeur de récolte (environ 30 °C) à la température idéale de conservation (environ 5 °C) car l’air n’est jamais assez froid, même la nuit. L’opération doit donc être conduite par paliers successifs. En pratique, il faut ventiler une première fois dès la mise en silo pour éviter une détérioration du grain par auto échauffement. Une seconde ventilation est généralement pratiquée en automne, lorsque l’air ambiant est devenu de 8 à 10 °C plus froid que la masse de grain, et de façon à amener celle-ci à 12 °C environ. Une ventilation hivernale permet de refroidir la masse de grains à 5 °C environ ce qui assure sa stabilité ultérieure (la faible conductivité thermique ralentit le réchauffement au printemps).

Vitesse de progression du front et dose spécifique

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Lorsqu’on insuffle de l’air dans une cellule, on observe que les couches de grains se refroidissent successivement les unes après les autres (fig 4). La couche supérieure est la dernière à se refroidir et un début d’échauffement risque de se produire si la vitesse de progression du front n’est pas suffisante. En pratique, un délai maximum de 3 à 4 semaines est conseillé pour refroidir l’ensemble4.

Pour analyser les phénomènes physiques mis en œuvre, il est nécessaire d’utiliser un diagramme psychrométrique, par exemple le diagramme de Carrier (fig 5). Chaque point du graphique représente un air dans un état bien précis : température \theta (°C), humidité spécifique HS (kg d’eau/kg d’air sec), enthalpie spécifique h^* (kJ/kg air sec), humidité relative HR (%). Ce graphique permet de suivre les évolutions de l’air qui reçoit ou perd de la chaleur ou de l’humidité. Lorsqu’une transformation s’effectue sans apport de chaleur, elle est dite isenthalpique : l’air ne peut se charger d’humidité qu’au détriment de sa propre chaleur sensible, donc sa température diminue. Inversement, s’il y a apport de chaleur le point représentatif de l’état de l’air passe d’une isenthalpe à une autre.

Lors d’une opération de ventilation, l’air extérieur (\theta_{1} ; HR_{1}) arrive dans la zone inférieure déjà refroidie. Il se refroidit en évaporant de l’eau au détriment de sa propre chaleur : le point représentatif se déplace donc sur une droite isenthalpe jusqu’à ce que l’équilibre avec le grain soit établi (\theta_{2} ; HR_{2}) (fig 6). Cette transformation correspond au front de séchage et aboutit à un point d’équilibre qui marque la fin du séchage isenthalpique. Le point correspond alors à une humidité relative de l’air HR_{2} qui est imposée par la courbe de sorption-désorption du grain (fig 3). Dans la zone de transition, l’air évolue sensiblement à humidité constante mais élève sa température jusqu’à atteindre celle du grain \theta_{3} : le point représentatif évolue donc sur une courbe HR constante. Cette transformation correspond au front de refroidissement. Au-dessus de la zone de transition, il n’y a plus aucun échange. On démontre51 que la vitesse de progression V_{g} de la zone de transition est donnée par la relation suivante :

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Fig 6 : Représentation sur un diagramme de Carrier des opérations de séchage et de refroidissement d’une masse de grains par ventilation
V_{g}=V_{a}.\frac{\rho_{a}.\C_{a}}{\rho_{g}.\C_{g}}

avec :

V_{a} : vitesse apparente de l’air ou vitesse d’insufflation (débit/section de la cellule) en m/h
\rho_{a} : masse volumique moyenne de l’air en kg/m^3
\rho_{g} : masse volumique moyenne du grain en kg/m^3
\C_{g} : chaleur massique moyenne du grain en kJ/kg air °C
\C_{a} : chaleur massique moyenne de l’air en kJ/kg air °C = \frac{\vartriangle h^*}{\vartriangle \theta}

Expérimentalement, on montre que le temps nécessaire pour refroidir complètement une cellule à grain de hauteur H est égal à trois fois le temps mis par la couche de transition pour atteindre le haut de la cellule soit :

T_{r}=3 . \frac{H}{V_{g}}

On appelle « Dose spécifique » le volume V d’air nécessaire pour refroidir 1 m^3 de grain. Ce volume vaut :

V=3 . \frac{V_{a}}{V_{g}}

Choix du ventilateur : débit spécifique et pression statique

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Fig 7 : Exemple de courbes débit-pression d’un ventilateur avec une épaisseur de 6 m de grain

Le refroidissement doit être terminé avant que la couche supérieure du tas n’ait souffert. Pour du grain aux normes, on peut supporter 2 à 3 semaines pour réaliser l’opération. Si on ne ventile que la nuit, sur une durée de 10 heures par nuit, on dispose donc au maximum de 15 à 20 jours soit 150 à 200 heures de ventilation.

On appelle « Débit spécifique » (symbolisé par n) le débit d’air ramené à 1 m^3 de grain.

Par exemple, avec une dose spécifique V = 1 000 m3 d’air/m3 de grain et une ventilation réalisée pendant 100 heures, n vaut 10 m3/h/m3. Avec une cellule de 300 m^3 de grain et un débit spécifique n = 20 m3/h/m3, le débit minimum que devra fournir le ventilateur sera de 300 m3 × 20 m3/h/m3 = 6 000 m3/h. Dans cet exemple, la durée de ventilation estimée sera de 1 000 / 20 = 50 heures.

Le grain en masse dans une cellule est un matériau poreux : selon l’espèce végétale, entre 10 à 30 % du volume est occupé par l’air interstitiel. Cette particularité rend possible la ventilation car l’air pulsé peut traverser la masse de grain en suivant les interstices. Ce passage est d’autant plus facile que les grains sont de grosse taille et qu’ils sont propres, c’est-à-dire exempts de poussières et de débris végétaux de toute taille. Il dépend également de l’architecture du réseau de ventilation, en particulier de la dimension des cellules de stockage, du nombre, de la forme et du coefficient de perforation des gaines de ventilation.

On appelle « Pression statique » (notée P_{s}), l’ensemble des résistances au passage de l’air de ventilation dans le circuit aéraulique (gaines de ventilation, perforations, tas de grain…). Elle s’exprime en millimètres de colonne d’eau (mm CE) ou en pascals (Pa)N 14.

Dans une installation bien conçue, la quasi-totalité de ces frottements, appelés pertes de charge, est générée par le passage à travers le grain et augmente donc avec la hauteur du tas. Avec une même installation de ventilation et pour une même hauteur de grain stocké, la pression statique augmente lorsque la taille des grains diminue : ainsi le maïs génère une pression moindre que le colza (fig 7).

Le ventilateur qui met l’air en mouvement est caractérisé par une courbe débit-pression sur laquelle il est possible de situer le point de fonctionnement. Pour augmenter le débit à une pression donnée, il est nécessaire d’augmenter la puissance du ventilateur (fig 7).

Architecture du réseau de distribution d’air

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Fig 8 : Principe de disposition des gaines de ventilation dans une masse de grain

La conception du réseau doit minimiser les pertes de charge, pour réduire la puissance installée, et assurer une diffusion homogène de l’air dans la masse du grain.

Dans une installation correctement étudiée, la vitesse de l’air devrait être comprise entre 8 à 10 m/s dans les galeries et collecteurs principaux, 4 à 5 m/s dans les gaines installées sous le grain, et 0,30 à 0,50 m/s à la sortie de ces gaines dans le grain52.

La diffusion de l’air dans les cellules est obtenue soit par l’utilisation de planchers entièrement perforés, soit par des caniveaux recouverts de tôle perforée, soit par des gaines rondes ou semi-circulaires posées sur le fond des cellules à grain. Dans les cellules rondes à fond conique, le meilleur système consiste à installer des gaines radiales à section circulaire, perforées sur toute la périphérie et dont le taux de perforation est supérieur à 12-15 %. Dans les cellules à fond plat avec extracteur rotatif, on peut installer des caniveaux avec plancher perforé, ou encore, un plancher total à fond perforé, en privilégiant les perforations rondes et un taux d’ouverture supérieur à 18 %. Pour un stockage en cases (« silo plat »), il est nécessaire d’adapter l’écartement et la section des gaines de ventilation selon la hauteur du tas, de façon à obtenir une répartition uniforme du flux d’air (fig 8)52.

Capacités et localisation de quelques silos

Silos d’exportation

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Bourse au grain de Minneapolis. 1939

Logiquement, on trouve les plus importantes installations de stockage de céréales dans des silos portuaires, au débouché des principales zones de production des grands pays exportateurs de céréales que sont les États-Unis, l’Argentine, l’Australie, l’Europe et le Canada53.

Les plus grands ports céréaliers sont américains. Les ports de la côte du golfe du Mexique et notamment les ports du Bas Mississippi dans la zone Bâton-Rouge, Louisiane du Sud, La Nouvelle-Orléans, Plaquemines Parish peuvent traiter plus de 20 millions de tonnes de céréales par an. Les plus grands ports américains en termes de capacité de stockage en grains sont les suivants54 :

En Australie, le port de Geelong est celui qui dispose de la plus grande capacité de stockage en céréales avec 825 000 tonnes.

Les ports argentins de l’intérieur, qui restent limités dans leur accès par les restrictions du Mitre ChannelN 15, ainsi que les ports de la côte de Bahia Blanca (150 000 tonnes de capacité de stockage) et de Quequén/Necochea (80 000 tonnes de capacité de stockage) possèdent également des installations de grande capacité.

Les ports canadiens sont bien équipés, notamment ceux de Baie-Comeau, Churchill, Montréal, Port-Cartier, Prince Rupert, Québec, Sorel, Vancouver et Thunder Bay qui est le plus important avec une capacité de stockage de près de 1 300 000 tonnes (sept terminaux différents).

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Vue aérienne des silos du port de Blaye

Pour l’Europe, les principaux ports céréaliers sont Amsterdam, Anvers, Gand, Brême, Hambourg, Rouen et Rotterdam, ce dernier faisant office de plaque tournante surtout pour les navires de plus de 100 000 tonnes. Rotterdam, premier port d’Europe, traite un million de tonnes de céréales chaque année. Le port de Naples s’affirme comme l’un des grands ports céréaliers d’éclatement en Europe c’est-à-dire qu’il permet de répartir les importants tonnages qu’il reçoit vers de nombreuses installations de capacités plus modestes. Le premier port céréalier français est celui de Rouen avec une capacité de stockage de 1 100 000 tonnes par an répartie en sept silos55. On peut également citer le port de Bordeaux qui, avec 2,1 millions de tonnes en 1998, s’affirme comme l’un des grands ports céréaliers français, essentiellement grâce au maïs : pour ce qui est de ce produit, Bordeaux est même le premier port européen54.

Silos de collecte

Le territoire français dispose de nombreux silos de collecte. Les plus grands d’entre eux, au-dessus de 15 000 m³ de capacité de stockage, qui peuvent présenter un danger important, sont soumis à autorisation préfectorale pour leur exploitation, et sont encadrés par des arrêtés leur fixant des prescriptions à respecter : ils sont au nombre de 1029 en France16. Ces silos peuvent être à la fois au cœur des régions agricoles (Champagne-Ardenne, Picardie, Centre-Val de Loire avec la Beauce…) ou à proximité de nœuds de transport importants. La coopérative Champagne-Céréales est le premier groupe céréalier d’Europe. L’entreprise, présente sur un grand quart nord-est de la France, possède 160 silos répartis sur sept départements et collecte 2,2 millions de tonnes (2007), dont 1,1 million de tonnes de blé, 600 000 tonnes d’orge, 227 000 tonnes de colza et 203 000 tonnes de maïs56.

En Amérique du Nord les silos de collecte sont essentiellement localisés à proximité des voies de chemin de fer et servent surtout à la constitution de trains complets pour l’exportation. Ces silos (ou elevators) portent souvent le nom de l’opérateur comme Cargill, Pioneer, ou d’opérateurs historiques disparus. Ces silos constituent des symboles du style de vie local et beaucoup ont été transformés en musées.

Silos de stockage à la ferme

De développement récent en France et plus ancien en Amérique du Nord, les silos de stockage à la ferme sont souvent constitués de cellules métalliques de 100 à 500 tonnes de capacité, disposant d’un système de ventilation et de reprise des produits.

Avec une production mondiale de céréales de 2,24 milliards de tonnes en 200857, dont 300 millions de tonnes stockées chaque année en Europe6, les réserves de céréales sont plus que jamais un outil de régulation des crises alimentaires indispensable aux sociétés modernes.

Annexes

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • Collecte et stockage de céréales, d’oléagineux et de protéagineux : Guides des bonnes pratiques hygiéniques, Paris, Les éditions des Journaux officiels,‎ août 2004 (ISBN 2-11-075669-1)
  • Les Techniques de conservation des grains à long terme leur rôle dans la dynamique des systèmes de cultures et des sociétés, vol. III, fasc. 2, Paris, Éditions du CNRS,‎ 1985 (ISBN 2-222-03239-3)
  • Stockage et conservation des grains à la ferme : Qualité – Stockage, Paris, ARVALIS Institut du végétal,‎ 2003 (ISBN 2-86492-555-9)
  • Marie-Claire Amouretti, Le pain et l’huile dans la Grèce antique : De l’araire au moulin, Besançon, ALUB, coll. « Les Belles Lettres » (no 328),‎ 1986 (ISBN 2-251-60328-X)
  • M. Nisard (dir.), Les agronomes latins, Caton, Varron, Columelle, Palladius, Paris, J.J. Dubochet et Compagnie Éditeurs,‎ 1844 (lire en ligne)
  • « Blé », dans Ambroise Tardieu, Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité, 2,‎ 1862 (lire en ligne), p. 225-249
  • Duhamel du Monceau, Traité de la conservation des grains et en particulier du froment,‎ 1754 (lire en ligne)
  • Bertrand Gille (dir.), Histoire des techniques, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade »,‎ 1978 (ISBN 978-2070108817)
  • M. Henri Huart, négociant à Cambrai, « Système complet d’emmagasinage et de conservation des céréales », dans Publication industrielle des machines-outils et appareils, t. 9, Armengaud Ainé,‎ 1855 (lire en ligne), p. 286-312
  • Jean-Louis Multon, Conservation et stockage des grains et graines : céréales, oléagineux, protéagineux, TEC & DOC Lavoisier,‎ 1982, 2 vol. (ISBN 2-85206-169-4)
  • Jean Boulaine et Jean-Paul Legros, D’Olivier de Serres à René Dumont : Portraits d’agronomes, TEC & DOC Lavoisier,‎ 1998 (ISBN 2-7430-0289-1)
  • Bruno Dupont de Dinechin, Duhamel du Monceau, Connaissance et mémoires européennes,‎ 1999 (ISBN 2-919911-11-2)

Articles

  • (fr) Dominique Garcia, « Les structures de conservation des céréales en Méditerranée nord-occidentale au premier millénaire avant J.-C : innovations techniques et rôle économique » in Techniques et économie antiques et médiévales : le temps de l’innovation : colloque international (CNRS), Aix-en-Provence, 21-23 mai 1996, Paris, Éd. Errance, 1997, pp. 88-95 (ISSN 1144-6803) [3]

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

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Vue intérieure d’un silo de 100 000 tonnes d’une coopérative agricole. Province de Santa Fe

Notes et références

Notes

  1. Norme NF XP V 01-002, 1998. Voir Système HACCP ou Analyse des dangers et maîtrise des points critiques
  2. An., IV, V
  3. H.P., VIII, 1
  4. On sait par Isocrate qu’au IVe siècle, un certain nombre de cités grecques envoient les prémices de leurs récoltes, soit le 600e de la récolte d’orge et le 1200e de la récolte de grain, à Éleusis sur ordre de l’oracle de Delphes.
  5. Livre V, la Syntaxe mécanique
  6. Dans ces systèmes, c’est la panouille entière qui est stockée : le grain n’est pas battu mais au contraire conservé adhérent à la rafle
  7. Voir Hambar (en)
  8. On risque alors une hypercapnie exogène
  9. Le silo souterrain portent ici le nom de jûra ou de bîr
  10. « J’appréhendois que l’effort du vent ne fut pas capable de traverser l’épaisseur du tas de gain »
  11. « Pour m’assurer si l’air pouvoit par cette méthode être poussé au travers d’un grand tas de bled, j’ai pris un tuyau de bois, de cinq pieds quatre pouces de long, et d’environ trois pouces en quarré de diamètre, mesuré intérieurement. J’ai cloué au bas de ce tuyau une plaque mince de cuivre, percée de plusieurs petits trous, et je l’ai rempli de froment. J’ai ajusté à cette extrémité du tuyau, par le moyen d’un morceau de cuir, revêtu de vessie, le bout d’un soufflet ordinaire : En soufflant modérément, l’air trouva un passage à travers cette hauteur de bled, et en sortit avec assez de force pour enlever un morceau de papier, et soulever une feuille de clinquant. » Du ventilateur p. 121
  12. Il s’agit d’un moulin à axe vertical. L’intérêt d’un tel moulin est qu’il est toujours orienté et qu’il ne demande donc aucun travail de réglage ou de mise à l’arrêt ce qui économise de la main d’œuvre
  13. Par exemple, le critère de conservation peut être le maintien de 95 % du pouvoir germinatif pour l’orge de brasserie ; le critère de détérioration du tournesol peut être une valeur de l’indice d’acide de l’huile extraite supérieure à 3
  14. 1 mm CE = 9,81 Pa
  15. Tirant d’eau de 8,8 m et largeur de 130 m.

Références

  1. a, b, c, d, e, f et g Les structures de conservation des céréales en Méditerranée nord-occidentale au premier millénaire avant J.C – Dominique Garcia – Travaux du centre Camille Jullian. N° Original : GS 2003877914 – CNRS, 1997
  2. a et b Collecte et stockage de céréales…
  3. [PDF] Décret no 91-409 du 26 avril 1991 [archive]
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Stockage et conservation des grains à la ferme, Qualité – Stockage, ARVALIS
  5. europa.eu [archive] Résidus de pesticides dans les céréales et aliments d’origine animale
  6. a et b Le stockage des céréales bientôt dans l’impasse technique ? [archive], Agriculture & Environnement
  7. Quand le pain empoisonne [archive], La Vie des idées, 3 septembre 2008
  8. a et b [PDF] Règlement 1881/2006 mis à jour [archive]
  9. Meulières et pathologies humaines : un rapport effectif ? Analyse d’une documentation dentaire entre le XIIIe s et le XVIIIe s à Grenoble Estelle HERRSCHER [1] [archive]
  10. Les effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé [archive] Rapport d’information no 261 (2000-2001) de M. Gérard MIQUEL et plusieurs de ses collègues, fait au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix, scient. tech., déposé le 5 avril 2001
  11. [PDF] Courrier de l’environnement de l’INRA no 53, décembre 2006 [archive] Épandages de boues d’épuration urbaines sur des terres agricoles : impacts sur la composition en éléments en traces des sols et des grains de blé tendre.
  12. [PDF] Règlement no 466/2001 (JOCE L.77 du 16 mars 2001) [archive]
  13. [PDF] DIRECTIVE 2002/32/CE [archive] du parlement européen et du conseil du 7 mai 2002 sur les substances indésirables dans les aliments pour animaux
  14. Inspection des Installations Classées [archive]
  15. Vidéo démontrant les risques poussières dans un silo à grain atex-system.com [archive]
  16. a et b ecologie.gouv.fr [archive] : La sécurité des silos de stockage de céréales
  17. Journal des accidents et catastrophes [archive] : Silos de Blaye : une décision à haute teneur pédagogique en matière de sécurité industrielle
  18. Ineris (2000) Guide pour la conception et l’exploitation, de silos de stockage de produits agro- alimentaires vis-à-vis des risques d’explosion et d’incendie / Rapport Final [archive] ; Ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement ; auteur principal P. ROUX ; mai 2000
  19. a, b, c, d et e A. Villes, « Les Greniers de l’habitat protohistorique en France septentrionale », p. 409-433 in Les Techniques de conservation…
  20. a, b et c Le pain et l’huile dans la Grèce antique. De l’araire au moulin, Marie-Claire Amouretti.
  21. en grec ancien σιτοβολών
  22. Les agronomes latins, Caton, Varron, Columelle, Palladius. Sous la direction de M.Nisard. Paris, J.J. Dubochet et Compagnie Éditeurs. 1844
  23. Varron. De Agricultura, Livre I – Chap LXIX
  24. a et b Palladius. De re rustica, Livre I ChapXXXVI
  25. Varron – De Agricultura, Livre I Chap III
  26. a et b Columelle – De re rustica, Livre I
  27. Varron. De Agricultura, Livre I Chap XIII
  28. Caton l’Ancien, De Rustica, Chap XCI
  29. a, b et c Varron. De Agricultura, Livre I Chap. LVII
  30. Caton l’Ancien. De Rustica, Chap XCII
  31. Fransizca-Türkçe okul sözlüğü, Tahsin Saraç. Édition Adam (ISBN 975-418-186-1)
  32. Varron. De Agricultura, Livre I Chap. LXIII
  33. Martine Valo, « Découverte d’un méga-site gaulois de silos à grains en Auvergne » [archive], sur lemonde.fr,‎ 13 août 2015 (consulté le 15 août 2015)
  34. a, b, c, d et e Système complet d’emmagasinage et de conservation des céréales, par M Henri Huart
  35. a, b, c et d Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité, Ambroise Tardieu, 1862
  36. Les Techniques de conservation…
  37. Les Poires d’Ardres sur asso.nordnet.fr [archive]
  38. a et b R. Mauny, « Contribution à l’étude des greniers et silos d’Amboise (soi-disant « grenier de César ») », p. 377-392 in Les Techniques de conservation…
  39. Architecture hydraulique de Bernard Forest de Belidor [archive] 1782
  40. Mémoire sur l’emploi des silos dans les magasins aux vivres et manutentions militaires [archive] M.Moreau, Capitaine du Génie. Journal des sciences militaires Tome X, Paris 1828
  41. Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité. Ambroise Tardieu p. 238
  42. Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité. AmbroiseTardieu p. 240
  43. D’Olivier de Serres à René Dumont. Portraits d’agronomes. p. 30. TEC & DOC Lavoisier
  44. du Monceau 1754, p. 31.
  45. Description du ventilateur par le moyen duquel on peut renouveler facilement et en grande quantité l’air des Mines, des Prisons, des Hôpitaux, des Maisons de Force et de Vaisseaux ; où l’on fait voir son utilité pour préserver toute sorte de grains d’humidité et de corruption ; pour les garantir des Calandres, soit dans les greniers, soit dans les vaisseaux ; et pour conserver plusieurs autres sortes de marchandises. M E Hales Docteur en Théologie, de la Société Royale [2] [archive]
  46. du Monceau 1754, p. 33.
  47. Dupont de Dinechin 1999, p. 284.
  48. du Monceau 1754, p. 39.
  49. Dupont de Dinechin 1999, p. 287-288.
  50. Histoire des techniquesBertrand Gille
  51. Mécanisation et génie rural. Froid et chauffage. JC. Coquille et B.Chopinet – ENITA Quétigny, 1989
  52. a et b La conservation des grains par ventilation [archive] IngenieurDeParis.fr
  53. AGPB [archive] : Chiffres récoltes et débouchés
  54. a et b Transport maritime des céréales [archive], mémoire pour le D.E.S.S. « Transports maritimes et aériens ». p. 29. Université de droit, d’économie et des sciences d’Aix-Marseille. Bruno-Stéphane Duron, 1998-99
  55. Senalia, important opérateur du port de Rouen [archive]
  56. Le groupe Champagne Céréales [archive]
  57. « Bilan du monde 2009 La situation économique internationale », Le Monde hors-série, p. 21.

Les « cagots » du Sud-Ouest : encore des discriminations liées au quotient intellectuel ?

Histoire de me distraire un peu, je m’intéresse à la vie de mes ancêtres, parmi lesquels plusieurs générations de maîtres charpentiers. Des matheux, donc. Des architectes, des bâtisseurs de cathédrales, des ingénieurs du BTP ou des Ponts et Chaussées avant la lettre, des constructeurs de toutes sortes de véhicules, chars et vaisseaux.

Ce faisant, je découvre avec stupeur que dans le Sud-Ouest les charpentiers ont été victimes de discriminations sévères durant un millénaire.

Voyez ci-dessous l’article de Wikipédia y consacré.

Les « cagots » du Sud-Ouest, assimilés à des « lépreux », frappés de quantité d’interdictions et d’obligations toutes plus mortifiantes les unes que les autres, se voyaient notamment cantonnés à l’exercice de quelques métiers, dont ceux du bois, devenus leur spécialité, car ils étaient censés ne pas permettre la transmission de la maladie.

Mais les mêmes pouvaient aussi être chirurgiens ou sages-femmes, ce qui exclut qu’ils aient pu réellement être atteints de maladies contagieuses.

Reste que leurs métiers spécifiques nécessitent tous une rigueur et des connaissances qui faisaient probablement défaut à leurs persécuteurs, analphabètes pour la plupart.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cagots

Cagots

Les
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220px-Charpente_eglise_Saint-Girons_Monein dans Crime
Charpente église Saint-Girons Monein construite par les cagots.
220px-Agotes_Navarre_espagnole dans Folie
Derniers Agotes, localité de Bozate (Navarre espagnole), au début du siècle, assemblage de photographies de 1900, domaine public.
220px-Cagot_saint_girons dans LCR - NPA
Sculpture de « cagot » de l’église Saint-Girons de Monein.
220px-SAINT-SAVIN_%28Hautes-Pyr%C3%A9n%C3%A9es%29_La_Maison_des_CAGOTS dans Luraghi
Maisons de cagots dans le quartier Mailhòc (maillet de bois), Saint-Savin, carte postale ancienne (1906). Cette maison aurait été démolie.
 dans NEMROD34
À Saint-Léger-de-Balson (Gironde), la source Saint-Clair est « double », l’une pour les pèlerins, l’autre pour les cagots. (Fév. 2010).
200px-Moustey_SM_porte_cagots dans Perversité
Porte des cagots (depuis murée) de l’église Saint-Martin de Moustey
220px-%2865%29_Bagn%C3%A8res_de_Bigorre_-_l%27adour_et_le_quartier_des_cagots dans Politique
Bagnères de Bigorre – l’adour et le quartier des cagots
220px-Agote_ur_pila_oloreneko_katedralean
Bénitier destiné aux cagots, cathédrale d’Oloron, Béarn
Les
Porte cagots église Sauveterre de Béarn.
220px-CastethMontaner
Le château de Montaner, construit par les cagots, pour Gaston Fébus.
 dans Crime
Campan – La halle, construite par les cagots, classée monument historique.

Un cagot, au féminin cagote, dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur l’autre versant des Pyrénées, en Espagne. Il s’agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d’habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer1, frappés d’exclusion et de répulsion dans leurs villages surtout en Gascogne et de part et d’autre du Piémont pyrénéen, entre le XIIIe siècle et les temps modernes. La réputation des cagots est associée à la peur de la lèpre. Des populations similaires existaient en Bretagne (les caqueux, caquins ou caquous)

Sommaire

Localisation et désignation

Les cagots sont présents en France en Gascogne (des portes de Toulouse2, jusqu’au Pays basque, en Chalosse, dans le Béarn, en Bigorre, et dans les vallées pyrénéennes), mais aussi dans le Nord de l’Espagne (Aragon, Navarre sud et nord, Pays basque et Asturies) où ils sont désignés par le terme Agotes3. Quoique réduits depuis des siècles à n’avoir de relations normales qu’entre eux, ils ne constituaient cependant pas un groupe en tant que tel, ils étaient au contraire disséminés, vivant par petits groupes de deux ou trois familles aux abords de presque toutes les villes ou villages des régions mentionnées4. Ces hameaux étaient appelés crestianies puis à partir du XVIe siècle cagoteries56. À l’échelle du Béarn par exemple, la répartition des cagots, souvent charpentiers, s’apparente à celle des autres artisans nombreux essentiellement dans le piémont. Loin de s’agglutiner en quelques points, les crestians s’éparpillent dans 137 villages et bourgs. En dehors des montagnes, 35 à 40 % des communautés connaissent des cagots, surtout les plus importantes, à l’exclusion des très petits villages7. La toponymie et la topographie indiquent que les endroits où se trouvaient les cagots présentent des caractéristiques constantes ; ce sont des écarts, en dehors des murs, nommés « crestian » (et dérivés) ou « place » (les noms Laplace sont fréquents) à côté de points d’eau, lieux attribués pour vivre et surtout pratiquer leurs métiers.

Selon les lieux et les époques, les façons de désigner les cagots ont évolué.

Avant le XVIe siècle, crestians et gésitains, des désignations liées à la religion et à la lèpre

Les chercheurs et historiens évaluent aujourd’hui l’apparition des « crestians » ou « chrestias » au XIIIe siècle8. la désignation a peut-être été synonyme en gascon de « lépreux blancs ». Les lépreux étaient quant à eux désignés sous le nom de pauperes Christi). On pensait donc à l’époque à un principe de précaution dicté par Dieu, d’où le terme de crestian.

Les crestias sont appelés, à Bordeaux, ladres (voleur en occitan gascon) qui signifiait lèpre en ancien français, terme aussi à rapprocher de ladrón signifiant voleur ou pillard en espagnol et donc synonyme de bagaude, duquel cagot pourrait être issu. Les chroniques les désignent souvent encore par les dénominations de capos, gaffos, tous termes de mépris qui signifiaient aussi lépreux. À cette même époque on les appelait aussi des noms de Lazare . D’ailleurs, dans certains textes du XVIe siècle, le terme cagot et ses équivalents sont employés comme des synonymes de « lépreux ». En béarnais, ce terme signifiait « lépreux blanc ». Les dénominations de Gahet (gahets, gahetz, gafets, gaffets) et de Gahouillet, forme pyrénéenne du castillan gajo lépreux, sont aussi utilisées. Lèpre désigne au Moyen Âge différentes maladies de peau mal définies : la lèpre rouge est presque toujours mortelle ; la lèpre blanche ou lèpre tuberculeuse présente des signes semblables, mais peut se stabiliser. Toutes les maladies de peau, donc visibles, étaient assimilées à une lèpre, une ladrerie, d’un mot hébreu rattaché à Lazare. Tous ces malades inspirent la peur de la contagion et sont isolés hors des villages. La seule et mauvaise connaissance des maladies de peau visibles, sous le terme générique de lèpre, induisait faussement que toutes ces maladies étaient transmissibles par le contact et se transmettaient dans les générations.

Le terme employé pour lèpre en Gascogne était lo mau de sent Lop (« le mal de saint Loup »), ou plus souvent lo malandrèr, (litt., « le mal-aller », lat. malandria, ), cf l’italien malandato, « mal fichu », et les mots français « malandrin » et « maladrerie » qui en découlent aussi. Le terme ladre (du nom Lazarus) est aussi employé9. On voit que l’assimilation de termes injurieux aux noms de la lèpre a été d’usage courant, et demeure.

Le terme de Gésitas, Gésites ou Gésitains est postérieur à 1517, date d’un célèbre procès à la suite d’une pétition de cagots aux États de Navarre. Cette pétition fut combattue par un certain Caxarmaut qui utilisa un texte de l’Ancien Testament où il est question d’un prince sauvé de la lèpre par le prophète Elisée, mais trahit par son valet Geizi (Giézi ou Géhazi). Ce dernier fut châtié sur place par le prophète qui lui donna la lèpre ôtée peu de temps avant à son maître. Caxarnaut voulait démontrer que la lèpre était incurable et d’origine divine10. Ce sont les textes officiels qui appellent les cagots les gézites, mot curieux et savant que le peuple n’adoptera pas et que l’on trouvera seulement dans la bouche ou sous la plume des lettrés11.

Au fil des siècles, de nouvelles appellations pour désigner les cagots

Le nom de cagot est apparu vers le XVIe siècle, lorsque la théorie des origines goths remplace celle des lépreux10. Au temps de la renaissance, le mot crestia ou crestian qui désignait les cagots au Moyen Âge est totalement abandonné dans la langue courante. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Armagnac, en Condomois, en Lomagne, le peuple les appelle capots, en Béarn cagots, en Pays basque et Navarre espagnole agots11. Les cagots sont aussi appelés agotasBordeaux, dans l’Agenais, et les Landes), agotz (Pays basque). Durant cette même période apparaissent aussi les appellations mèstres (maîtres dans le travail du bois) et charpentiers (les parlements, non sans difficulté, essaieront d’imposer l’usage de charpentier parce que les mots capot ou cagot sont ressentis comme une insulte)11.

Les cagots étaient aussi appelés canars12, parce qu’ils devaient porter sur leurs habits une patte de canard pour se faire reconnaître13. Ils sont également nommés en Bigorre grauèrs ou cascarròts. Les cagots sont peut-être à rapprocher de ces parias qu’étaient les marrones ou marruci (les Marrons) d’Auvergne et des Alpes5 ainsi que des colliberts du Bas-Poitou14, des capots ou gens des marais d’Anjou, ou des coquets de Vendée15,

Une population réprouvée

Les cagots vivant comme des proscrits et frappés de tabou, un nombre considérable d’interdictions dictées par la superstition pesaient sur eux : certaines étaient orales, mais d’autres étaient transcrites dans les « fors » (lois) de Navarre et du Béarn des XIIIe et XIVe siècles.

Interdits et obligations

Les interdits pesant sur les cagots ne se cumulaient pas toujours. Il faut tenir compte des différences locales de part et d’autre des Pyrénées, et des évolutions dans le temps (sur une très longue période de 800 ans) de la réalité des cagots.

Discriminations de lieu d’habitation

Mis à l’écart, victimes d’une sorte de racisme populaire, fortement ancré localement, il leur était défendu, selon les lieux, sous les peines les plus sévères, d’habiter dans les villes et les villages. Ils vivaient dans des quartiers spéciaux, dans des hameaux ou villages isolés, souvent d’anciennes léproseries. Ces hameaux avaient leur fontaine, leur lavoir et souvent leur propre église et parfois un petit établissement hospitalier géré par un ordre religieux10.

Obligation de porter un insigne et obligations vestimentaires

Les cagots étaient tenus de porter un signe distinctif, généralement en forme de patte d’oie (pédauque) ou de canard, coupé dans du drap rouge et cousu sur leurs vêtements. Francisque Michel a fait apparaître que dans une des chansons anciennes (contre la cagoterie) qu’il compila et publia (Noces de Marguerite de Gourrigues, du XVIIe siècle), il semblait résulter que, outre la patte de canard qu’ils portaient sur la poitrine, les cagots avaient encore la cocarde rouge au chapeau16. À Marmande, en 1396, le règlement de la ville précise que les gahets devront porter, cousu sur leur vêtement de dessus, du côté gauche, un signe de tissu rouge, long d’une main et large de trois doigts17.

Un arrêt du parlement de Bordeaux défendit aux cagots, sous peine du fouet, de paraître en public autrement que chaussés et habillés de rouge (comme les Cacous en Bretagne)14.

En 1460, les États du Béarn demandèrent à Gaston IV de Foix de Béarn qu’il fût défendu de marcher pieds nus dans les rues sous peine d’avoir les pieds percés d’un fer, et qu’ils portassent sur leurs habits leur ancienne marque d’un pied d’oie ou de canard. Le prince ne répondit pas à cette demande14.

Mais à la différence des lépreux, dont le grand signe a été la cliquette ou les cliquets ou crécelle ou tartavelle, le chercheur Yves Guy écrit que l’on peut facilement défier qui que ce soit de trouver une seule allusion à un cagot s’annonçant par un instrument bruyant de ce type1.

À Jurançon, devant la principale porte de leurs maisons, les cagots étaient forcés d’avoir une figure d’homme sculptée en pierre. Toutes ces sculptures ont été détruites par la suite avec le plus grand soin. On peut vraisemblablement penser qu’elles permettaient de signifier la présence de cagots16.

Discriminations à l’église

Les cagots ne se rendaient au village que pour leurs besoins les plus pressants, et pour aller à l’église. Dans de nombreux cas, ils n’entraient que par une porte latérale, souvent plus petite, comme celle de l’église d’Arras-en-Lavedan ou de l’Abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan (petite ouverture au ras du sol appelée « fenêtre des cagots »18) et ne prendre l’eau bénite qu’au bout d’un bâton. C’est aussi au bout d’une planchette que le curé leur tendait l’hostie lors de la messe. Parfois, ils avaient leur propre bénitier, simple pierre creusée incrustée dans un mur de l’église et sans grandes sculptures. Un certain nombre de bénitiers sur pied représentant des Atlantes ou des Maures sont faussement attribués au cagots, comme à Pierrefitte-Nestalas et à l’Abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan10.

Les sacrements même leur étaient interdits en certains endroits, pour la même raison qu’aux animaux. Ils ne pouvaient recevoir le sacrement de l’Ordre, et ne pouvaient entrer dans la cité de Lourdes que dans la journée, par une porte qui leur était réservée : la Capdet pourtet10.

Discriminations liées à l’état civil

La naissance dans une famille de cagots suffisait à établir pour le reste de la vie la condition de cagot. La marginalisation des cagots débutait au baptême célébré sans carillon et à la nuit tombée (la mention « cagot », ou son synonyme érudit « gézitain », était porté sur le registre paroissial) et se terminait après leur mort, puisqu’ils avaient un cimetière à part1. Ils n’avaient pas de nom de famille : seul un prénom, suivi de la mention « crestians » ou « cagot », figurait sur leur acte de baptême. Sur les registres des paroisses, comme sur les actes civils, leur nom était toujours accompagné de cette épithète flétrissante de cagot19. Ils n’étaient admis nulle part aux honneurs ou aux fonctions publiques. On ne leur permettait pas de faire à la guerre office de combattants, mais leurs services comme charpentiers étaient utilisés pendant les sièges. Il leur était interdit de porter aucune arme ni aucun outil de fer autre que ceux dont ils avaient besoin pour leurs métiers.

Les cagots ne pouvaient se marier qu’entre eux, car la famille qui les eût accueillis se fût déshonorée19; pas de dérogation à cette règle. Aussi, pour éviter la consanguinité, les cagots allaint chercher femme dans d’autres communautés de cagots plus ou moins proches11, où ils s’expatriaient à peu de distance, introduisant dans la communauté d’accueil leur nom patronymique, emprunté à leur communauté d’origine11. D’autre part, les villageois ne perdaient pas une occasion d’attaquer les cagots quand un mariage entre cagots avait lieu. Des cris, des chants injurieux les accueillaient au passage ; bien vite les beaux esprits du village composaient une chanson grossière, en forme de litanie, où tous les gens de la noce étaient compris, et dont on accompagnait le cortège19. Souvent alors des rixes éclataient, le sang coulait — mais les parias, moins nombreux, avaient presque toujours le dessous19.

Discriminations juridiques

On ne les entendait en justice qu’à défaut d’autre témoignage, et il ne fallait pas moins de quatre ou même de sept cagots pour valoir un témoin ordinaire19. D’après l’ancien for de Béarn, il fallait la déposition de sept cagots pour valoir un témoignage14. Toutefois, le pouvoir juridique des cagots n’était pas nul : ils n’étaient point serfs. Ils passèrent par exemple un contrat de gré à gré (voir infra) avec Gaston Fébus, dans l’église de Pau, en présence de témoins, et par-devant notaire20, où les cagots s’engageaient à la construction du château de Montaner, contre une exonération de la taille.

Interdictions concernant les activités liés à la nourriture et à l’eau

Les interdits liés aux croyances qu’ils pouvaient contaminer l’eau étaient nombreux : interdiction de venir boire aux fontaines, ils devaient prendre celle-ci à des fontaines qui leur étaient réservées. Interdiction de laver aux lavoirs communs (par exemple à Cauterets, ils ne pouvaient se baigner qu’après les autres habitants, et ne pénétrer que par une entrée dérobée donnant accès à des bains réservés aux seuls cagots)10.

Interdiction d’entretenir aucun bétail, si ce n’est un cochon pour leur provision et une bête de somme — encore n’avaient-ils pas pour ces animaux la jouissance des biens communaux19. Ils ne pouvaient vendre le produit de leur exploitation aux gens du village10 (interdiction de faire du commerce).

Il était interdit aux cagots de labourer, de danser et de jouer avec leurs voisins19. Certains métiers leur étaient interdits, généralement ceux considérés comme susceptibles de transmettre la lèpre, comme ceux liés à la terre, au feu et à l’eau : ils n’étaient donc jamais cultivateurs. Ils ne devaient porter aucun objet tranchant, donc ni arme ni couteau.

En 1606, les États de Soule leur interdisent l’état de meunier14. Les règlements les plus anciens ne spécifient pas toujours que les cagots ne peuvent être que charpentiers ; en revanche, ils leur interdisent plusieurs autres professions, en particulier celles qui ont trait à l’alimentation. C’est ainsi que la coutume de Marmande (1396) défend aux gaffets de vendre du vin ou de faire du commerce dans les tavernes; ils ne pouvaient pas non plus vendre du porc, du mouton, ou autres animaux comestibles; il leur était interdit en outre d’extraire l’huile de noix. La coutume du Mas d’Agenais (1388) défendait de louer les gaffets pour les vendanges20.

Le clergé comme l’aristocratie justifient ces discriminations, parfois jusqu’en plein XVIIIe siècle, en dépit du fait que les cagots étaient chrétiens ; ils condamnent cependant les excès commis sur ces populations par les manants, sur lesquels pesaient les corvées et la taille, dont étaient exempts les cagots, à certaines époques et dans certaines régions.

Statut fiscal des cagots

Pour les années 1360 et 1365 par exemple, les cagots payaient des redevances pour leurs terres ou fiefs, ainsi que des taxes sur le revenu de celles-ci20. L’exemption de la taille ne fut pas uniforme. Au XVe siècle, dans la plupart des pays d’élection (les plus nombreux), la taille concernait les chefs de famille roturiers, elle était répartie arbitrairement d’après les signes apparents de richesse et en fonction des réseaux d’influence. Seules dans les régions correspondant à la « taille réelle » (dans la plupart des pays d’État), la taille21 concernait les biens fonciers.

L’Armagnac stricto sensu était, avec le Béarn, où les cagots atteignent aussi approximativement 2 % de la population, le seul pays où les cagots ont eu un statut fiscal à part7:

Le 6 décembre 1379 (la taille seigneuriale existait depuis environ 300 ans), les cagots (défendus par leurs procureurs) passèrent un traité avec Gaston Fébus par lequel ils s’engageaient à exécuter toute la charpente du château de Montaner, ainsi que les ferrures nécessaires, le tout, à leurs frais; en revanche, le prince leur accordait la remise de deux francs sur l’imposition de chaque feu (les « feux » correspondaient aux foyers ou familles) ; les dispensait de la taille ; et leur permettait de prendre le bois dans ses forêts. Les exemptions d’impôts dont il est ici question ne regardaient que les cagoteries existantes en 1379, et non celles à venir, ainsi qu’il est spécifié dans le For de 155120. Ce privilège ne fut aboli qu’en 1707. On ignore si les cagoteries anciennes qui avaient été abandonnées en 1385 (Aydie, Montardon, Lagor, Laas) jouirent des bénéfices du traité de 1379, lorsque plus tard elles furent à nouveau occupées par les parias. Plusieurs des cagots qui figurent dans le dénombrement de 1385 semblent n’avoir pas eu à payer le droit de feu. La reconnaissance des cagots envers Gaston Fébus s’était manifestée deux ans plus tôt (1383) par un hommage au souverain, hommage où figurent quatre-vingt-dix-huit d’entre eux20. Après la mort de Gaston Fébus, la rénovation du fort, en 1398, exempte ces cagots selon les termes du contrat, pour leurs cagoteries, tout comme les ecclésiastiques pour leurs bénéfices7 ; en 1379, des serfs furent eux aussi dispensés de corvées, contre des versements en argent dont le produit fut affecté aux travaux du château de Montaner22.

Dans les Landes et la Chalosse, où la présence de cagots était « forte », les cagots devaient acquitter un tarif de droits paroissiaux qui leur était propre7.

Globalement, le nombre des questes des cagots levées dans les différentes recettes du comte d’Armagnac recoupe assez bien la fréquence de la toponymie cagot. On pourrait, a priori, penser que la queste ou emparanse (impôts), repose sur les chefs de famille. En réalité la situation est sans doute plus complexe.

Concernant le cens, l’exemple peut être donné des gahets de Bordeaux, charpentiers de leur état, qui étaient rassemblés dans un faubourg où ils formaient une sorte de communauté. Ils y avaient, au milieu des vignes, une chapelle particulière appelée de leur nom Saint-Nicolas-des-Gahets23, et ils payaient pour le tout un cens annuel de 16 sous au chapitre de la cathédrale Saint-André. Il leur était interdit de toucher aux vivres des marchés, ni d’entrer dans les boucheries, les tavernes et les boulangeries24.

Les cagots étaient épargnés, sous les Albret, de la Gabelle en Béarn, Bigorre et Chalosse. Cette exemption, quand elle existait, a duré jusqu’au règne de Louis XIV, date à laquelle on comptait encore 2 500 cagots en Béarn. Ceux-ci rachetèrent alors, moyennant finances compensant les impôts dont ils étaient dispensés, leur « affranchissement » par ordonnance royale.

Métiers cagots

On considérait au Moyen Âge que le fer ou le bois ne pouvaient pas transmettre la lèpre. Beaucoup de cagots étaient donc charpentiers, menuisiers, bûcherons, sabotiers, tonneliers ou forgerons. Ces métiers dépendaient des régions où vivaient les cagots. Ceux-ci ne pouvaient exercer que le métier de charpentiers en Béarn, ou celui de bûcherons dans le Gers1.

Cagots bâtisseurs

Les cagots excellaient dans le travail du bois. ils ont participé à la construction de la charpente de nombreux édifices, dont certains sont aujourd’hui des monuments historiques.

  • Au XIIIe siècle : c’est à des cagots du Béarn que l’on confie la construction de la charpente de Notre-Dame de Paris4 25.
  • 1379 : sous la direction de Sicard de Lordat et de vingt-cinq maîtres maçons, les cagots construisent le château de Pau20. Dans le Béarn, une liste des cagots ayant travaillé à la charpente du château de Montaner (engagement pris en 1379, réalisé en 1398), ainsi que le dénombrement général de la vicomté en 1385, permettent de faire pour cette époque une approximation du nombre de cagots entre 600 et 1.000 personnes26. Pour le château de Montaner, le maître charpentier cagot Pierre Doat s’engage pour les cagots à installer des fours pour y cuire 100000 briques par an. Pour l’achèvement du donjon, et pour l’ossature des bâtiments à l’intérieur de l’enceinte, quatre-vingt-huit charpentiers cagots s’engagent à fournir toutes les pièces de bois nécessaires, taillées, avec leurs ferrures ; à les poser ; à recouvrir les charpentes du toit de lauzes livrées sur place22.
  • 1396 : Berdot de Candau et Arnaud de Salafranque, sous la direction du chef des cagots de Lucq, Peyrolet, exécutent les réparations de l’église d’Ogenne20;
  • 1404 et 1414 : les cagots réparent le moulin de Navarrenx, sous la direction de Berduquet de Caresuran, architecte de valeur20 .
  • 1464 : à Monein (qui comptait en 1385 environ 2300 habitants), la réalisation de la charpente remarquable de l’imposante église Saint-Girons est confiée aux cagots27. Mais comme dans les autres églises de la région, dans l’église Saint-Girons, un bénitier et une petite porte sont attribués à ces exclus de la société28.
  • Au XVIe siècle, les cagots travaillent aux abattoirs et au temple protestant de Pau20.
  • 1597 : un incendie endommage l’église de Campan ; les cagots reconstruisent la charpente.
  • 1694 : le 19 novembre 1694, un autre incendie violent détruit l’église de Campan, la halle, et 70 maisons. Les cagots vont reconstruire l’église, ainsi que la halle de Campan, lieu d’un important marché aux bestiaux. L’église et la halle datent de cette époque. La halle, classée monument historique depuis le 14 mars 1927, est la plus ancienne des Hautes-Pyrénées.
  • On pourrait citer bien d’autres travaux encore, à Morlaas, à Loubieng, à Arzacq et ailleurs20.

Règlements et pratiques

En 1471, un règlement fait par un notaire d’Oloron spécifiait que les cagots devaient vivre de leur métier de charpentier, ainsi qu’ils y étaient obligés par un usage ancien ; de plus, il leur interdisait les autres professions. Pour éviter que les prix de leurs travaux ne fussent majorés par suite de l’espèce de monopole dont ils jouissaient, le même règlement prenait soin de dire que le cagot de Moumour (pour lequel ce document avait été rédigé) serait dans l’obligation de fournir, avant tout, les commandes faites par les habitants de son village, moyennant un salaire raisonnable20. Concernant leur rémunération, les cagots qui refusaient de travailler sans être payés (de quelque façon que ce soit), furent accusés de refuser de travailler pour ceux qui n’avaient pas les moyens de les payer, et ne travailler que pour les riches, moyennant double salaire, « encore qu’ils ne restassent à l’ouvrage que la moitié du jour ». C’est pourquoi les États demandèrent qu’on forçât les cagots à travailler soit à la journée, soit à prix fait par-devant expert, et cela pour les pauvres comme pour les riches20.

La plupart des cagots faisaient honnêtement et bien leur travail; Jean Darnal, parlant du règlement de Police fait pour Bordeaux en 1555, disait par exemple, à leur sujet, qu’ils étaient « charpentiers et bons travaillans, qui gagnent leur vie en cet art dans la ville et ailleurs  »29. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les cagots ont acquis une telle maîtrise dans le travail du bois qu’on les considérait comme des « maîtres » et, plus tard, on les appellera couramment « lous mèstres », lous mèstes, les maîtres, et ou « les charpentiers »11 car ils étaient considérés comme des Maîtres dans le travail du bois, à qui l’on fait appel pour les ouvrages les plus difficiles ou les plus risqués11.

Les cagots savaient aussi parti des ressources naturelles des lieux où ils vivaient. Par exemple, le saumon était devenu une manne financière pour le village de Navarrenx. Les cagots, habiles charpentiers pour certains, participèrent activement à l’élaboration de nombreux engins de pêche ; le crochet (ancêtre du rateau) le barau (filet tournant) les nasses, les coffres à moulin, etc.30

Mais lorsqu’en 1604 (sous Henri IV), les cagots de Nay, en particulier, se mêlèrent de vouloir vendre toutes sortes de marchandises, les États de Béarn réaffirmèrent que les cagots ne pouvaient avoir d’autres professions que charpentier et menuisier, métiers auxquels ils étaient assujettis par le For, et qu’il leur était interdit « de s’adonner à aucun art mécanique, et moins encore à la vente de marchandises »20.

Compagnonnage

Au retour de son pèlerinage à Compostelle, un cagot pouvait s’inscrire comme compagnon de Saint-Jacques à la confrérie des charpentiers de son village10. La relégation professionnelle des Cagots a pu générer le compagnonnage, comme le suggère René Descazeaux[réf. nécessaire], mais ultérieurement à la mise à l’écart, et principalement pour les métiers du bois. Certains, dont le Larousse, pensaient que les Gavots (compagnons du Devoir de liberté) étaient des descendants des cagots31.

Les cagots32n’étaient acceptés que parmi les compagnons du Devoir de Liberté (l’une des différentes branches du compagnonnage, apparue en 1804 et regroupant tous les compagnons qui ne se reconnaissent pas dans le catholique « Saint devoir de Dieu » : loups, étrangers, indiens, gavots ).

Tous les cagots n’étaient pas des charpentiers

Mais le chercheur Yves Guy, en prenant comme exemples les actes paroissiaux de familles de Saint-Savin, a réfuté l’affirmation selon laquelle « tous les cagots étaient des charpentiers ». Pour lui, le mot « charpentier » était devenu une étiquette de substitution pour désigner les cagots33.

Les autres professions exercées par les cagots le plus souvent furent celles de menuisier, vannier, de cordier et de tisserand. Les tisserands le plus souvent se voyaient contraints de travailler pour le dehors, les gens du pays ne leur donnant presque rien à faire sous prétexte que leur drap serait encagotté19.

Dans les cas où les instruments de torture étaient en bois, ce qui était fréquent dans les bourgs et villages, il arrivait que les cagots fussent bourreaux, constructeurs de cercueils et fossoyeurs, fonctions n’améliorant pas leur image auprès des populations locales ni, de ce fait, leur sort. En 1607 (sous Henri IV), à Garos, les cagots refusèrent de faire les cercueils et les tréteaux pour les supporter; les jurats et députés de la ville firent alors une ordonnance par laquelle ils obligeaient les prévenus à exécuter ces funèbres travaux, à toute sommation, et cela moyennant un salaire fixe, que paierait le maître de la maison ou se serait produit le décès. Les cagots récalcitrants étaient passibles d’une « loi majeure »20.

On retrouve aussi des cagots exerçant des professions telles que chirurgiens et on leur prête volontiers des dons de guérisseurs, car vivant près des forêts, ils avaient une bonne connaissance des plantes médicinales10.

Les femmes étaient souvent sages-femmes ; jusqu’au XVe siècle, les cagotes eurent même la totale exclusivité de cette activité. Il faut dire que le pouvoir religieux considérait les sages-femmes en général comme des sorcières qui avaient accumulé des connaissances empiriques sur le corps, les plantes médicinales, la prévention et la guérison des maladie.

La profession exercée par les cagots les sauve de la misère et surtout les maintient dans une constante relation avec le reste de la population11. Et c’est cela sans doute qui permettra plus tard leur définitive réintégration11

Historique du phénomène des cagots

Chronologie

En France, ce fut une ordonnance de Louis XIV qui y mit fin ; le clergé persista à employer le terme durant une grande partie du XVIIIe siècle, mais dès ce moment, la distinction avait presque partout disparu. Le terme continua d’être utilisé, mais pour désigner tout autre chose. En revanche, en Navarre, et en Espagne, le phénomène survécut jusqu’en 1819, avec même des traces au XXe siècle.

Dates connues
  • 1070 : ils sont mentionnés comme « gafos » dans le fuero de Navarre rédigé pour Sancho Remíriz[réf. nécessaire]
  • 1288 : première mention du terme « cagot »[réf. nécessaire]
  • 1379 : Signature par les cagots du Béarn (charpentiers) d’un contrat avec Gaston Fébus, où les cagots s’engageaient à la construction du château de Montaner contre une exonération de taille
  • 1464 : Réalisation de la charpente remarquable de l’église Saint-Girons par les cagots
  • 1514 : les agots en Navarre sont les premiers à se plaindre de leur sort au pape Léon X.
  • 1580 : les cagots, avec l’accord des Consuls et du Recteur, construisent eux-mêmes leur propre chapelle dédiée à Saint Sébastien dans la vallée de Campan.
  • 1611 : sur requête desdits cagots, il fut procédé en Béarn à une enquête médicale ordonnée par le gouverneur de la province : cette expertise conclut à l’absence de toute trace de maladie12.
  • 1642 : dernier acte de baptême de la paroisse de Doazit (Landes) faisant état du terme de « gesitaing ».
  • Vers 1675, on renonça à inscrire sur les registres paroissiaux la qualité de cagot ou gesitain, après le nom des intéressés ; on écrivit le mot « charpentier ».
  • 1691 : violent incendie dans la vallée de Campan. L’église est détruite et sera remise en état, comme en 1597, par les cagots.
  • Doazit 1692, Brassempouy 1694 : Dernière inhumation mentionnée dans le cimetière des chrestians de la paroisse
  • 1707 : abolition du privilège issu de la construction du château de Montaner (exonération de la taille pour un certain nombre de cagoteries du Béarn)
  • 1723 : arrêt du Parlement de Bordeaux, faisant défense à toute personne du pays de labour d’injurier aucun particulier comme prétendus descendants de la race de Giezy, et de les traiter d’agots, cagots, gahets ni ladres, à peine de 500 livres d’amende ; ordonnant qu’ils seront admis dans les assemblées générales et particulières, aux charges municipales et honneurs de l’église, même pourront se placer aux galeries et autres lieux de ladite église où ils seront traités et reconnus comme les autres habitants des lieux, sans aucune distinction ; comme aussi que leurs enfants seront reçus dans les écoles et collèges des villes, bourgs et villages, et seront admis dans toutes les instructions chrétiennes indistinctement34.
  • Le 19 janvier 1724 : un autre arrêt du parlement de Bordeaux, signé de la main même de Montesquieu, exige que soit respecté l’arrêt précédent du 7 juillet 1723 du même Parlement de Bordeaux.
  • 1764 : dernier emploi du terme « charpentier » dans les registres paroissiaux de Saint-Savin, terme à peine voilé utilisé par le clergé de Saint-Savin pour désigner les cagots.
  • 1819 : loi abolissant la discrimination en Navarre. Un quartier de Madrid reste toutefois un ghetto cagot (Nuevo Baztán) d’où émigrent vers les États-Unis certains de leurs descendants. À Arizkun (Navarre), le quartier de Bozate serait resté habité par les descendants de cagots au début du XXe siècle.

Origines du phénomène

Les raisons les plus diverses ont été données pour expliquer le phénomène. La documentation écrite concernant l’Aquitaine avant le XIe siècle étant presque inexistante, chacun y est allé de son hypothèse, en fonction des conceptions de chaque époque et de chaque auteur.

L’explication traditionnelle est qu’il s’agissait de familles lépreuses ou de descendants de lépreux. Mais le docteur Yves Guy du CNRS (France), auteur notamment du rapport « Sur les origines possibles de la ségrégation des cagots », ayant eu à soigner des lépreux, nota le premier que la notion (encore acceptée à la fin du XIXe siècle) de « lèpre blanche » (héréditaire) est invalidée par l’étude contemporaine de cette maladie35. La caractérisation des cagots comme lépreux héréditaires est donc un fantasme collectif localisé à la région. Les cagots n’étaient pas lépreux, mais ils étaient désignés comme tels12. Et dès le XIIe siècle, avec le développement de la lecture de la bible en fonction de son sens moral et allégorique, les théologiens considéraient la lèpre comme la figure biblique du pêché généralisé12. La vision religieuse, sur un fond d’ignorance radicale de la nature réelle de la maladie et de terreur panique de la population devant ce fléau était capable de justifier la notion de lèpre héréditaire12.

D’autres origines leur ont été prêtées : on les a ainsi fait descendre des Goths 36, des Sarrasins37, des descendants des Vikings38 installés à la période de leur première mention, et dans lesquels les templiers auraient pu trouver des charpentiers pour les constructions de certaines cathédrales39 ou de Cathares.

L’hypothèse cathare est appuyée sur la supplique adressée en 1514 au pape Léon X (voir infra) « (…) parce que l’on dit que leurs ancêtres avaient prêté main forte au comte Raymond de Toulouse, dans sa révolte contre la sainte Église romaine (…) »40. Les demandeurs se gardent bien de nier les faits imputés, se contentant de poursuivre ainsi : « (…) Ils supplient le Saint Père d’ordonner que, puisqu’ils n’ont trempé en rien dans la conduite de leurs aïeux, ils soient remis en possession de tout ce qu’on leur dénie (…) Car ils sont bons catholiques et fils soumis de sainte mère l’Église (…) ». De plus, le nom de « crestians » évoque assez précisément le nom que se donnaient les Cathares eux-mêmes : « bons crestians »41. En général, cette thèse est repoussée par les historiens (par exemple De Marca42 et Lardizábal[réf. souhaitée]) qui notent que les premiers Cathares n’apparaissent en Languedoc qu’en 1170 et qu’il n’y a jamais eu en Gascogne d’Église cathare. Le catharisme organisé n’a en effet guère dépassé la rive droite de la Garonne, tandis que les cagots sont essentiellement présents dans les régions situées en rive gauche, en Bigorre, Béarn, Gascogne, Pays basque et même Navarre, au-delà des Pyrénées. Toutefois, pour expliquer leur présence sur la rive gauche de la Garonne, rien ne s’oppose à ce qu’un certain nombre de Cathares [réf. souhaitée], chassés de Languedoc par les massacres et la répression, s’y soient réfugiés. Englobés ensuite sous le terme générique de « cagots », ils se seraient dit bons disciples de l’Église de Rome, à seule fin d’échapper à la vindicte ecclésiastique43.

Une hypothèse sociale en fait par ailleurs des réprouvés pour cause de leur métier (charpentiers)[réf. souhaitée]. Mais les sources [réf. souhaitée] semblent indiquer que ce n’est pas l’association corporative qui a provoqué l’ostracisme et que ce sont au contraire les restrictions qui leur étaient imposées qui les ont conduit à adopter certains métiers.

Alain Guerreau, directeur de recherche au CNRS, a analysé les conditions qui ont permis qu’un groupe se trouve stigmatisé de cette manière44. Pour lui, c’est la réorganisation de la société féodale dans le sud-ouest de la France aux XIIe et XIIIe siècles, qui a créé, dans un contexte économique et politique figé, une catégorie d’exclus (fils cadets, sans terre) vivant à la marge. Les lépreux étant eux aussi rejetés de la société à la même époque, l’assimilation se serait maintenue par la suite, lorsque fut oubliée leur origine.

La lente lutte des cagots vers l’intégration

En 1425, dans son château de L’Isle-Jourdain, le comte Jean IV d’Armagnac reçoit une « plainte et supplique » des Crestias de sa ville de Lectoure, et il écrit au juge de Lomagne : … Ces Crestias sont tous les jours inquiétés et molestés par nos bailes de Lectoure, bien qu’ils n’aient commis aucun crime ou délit justifiant ces vexations, mais pour leur extorquer une certaine somme… Quant à nous, informés de ce que cesdits Crestias sont bien utiles et conviennent à notre cité de Lectoure, nous voulons et désirons que nos sujets et vassaux soient préservés et gardés de pareilles oppressions et extorsions. Pour cela nous voulons et vous mandons et commandons expressément… que, de par nous, vous interdisiez et défendiez auxdits bailes, sous grandes peines par nous appliquées, que d’ores et déjà, ils ne molestent et n’inquiètent plus lesdits Crestias, à moins qu’ils n’aient à leur encontre quelque information qui soit par vous décrétée… »11.

En 1514, les cagots de Navarre s’adressent au pape Léon X, se plaignant de discriminations dans les églises. Léon X répondit par une bulle enjoignant de « les traiter avec bienveillance sur le même pied que les autres fidèles » et confia l’application de cette bulle au chanoine de Pampelune. Mais la mise en pratique de ces dispositions à leur égard provoqua d’interminables procès, en dépit de l’appui de l’empereur Charles Quint, en 152411.

Les Agots de Navarre avaient aussi fait appel au parlement de Pampelune en 1515, les pétitionnaires étaient au nombre de plus de deux cents, issus de soixante-cinq villages des diocèses de Pampelune, Huesca, Jaca, Bayonne et Dax. Le parlement de Pampelune fit droit à leur requête. Mais la condition des Agots au niveau local reste inchangée, en raison de l’hostilité de la population11, en particulier la population rurale de connivence avec le Bas-clergé5.

Pendant plus de trois siècles, le scénario fut le même : brimades se succédant à leur égard, procès gagnés par eux de plus en plus souvent, appui du haut clergé et des princes, mais résistance des autorités locales et du peuple.

Cette lutte juridique est illustrée par celle menée par les cagots de Saint-Clar et de Lectoure, à partir du milieu de la seconde moitié du XVIe siècle. Ceux-ci subissaient violences et injures lorsqu’ils se mêlaient au reste de la population, en toutes circonstances. Un procès en 1560, qu’ils perdent45, suivi d’un procès en appel en 1579, s’enchaîna avec une nouvelle affaire du même genre en 1599 et 1600. Le Parlement de Toulouse, avant de juger si les charpentiers de Lectoure et Saint-Clar étaient en droit de se plaindre d’avoir été injuriés du nom de capot, ordonna qu’il fût procédé à un examen médical. Le 15 juin 1600, les médecins reconnurent que les capots en question étaient absolument sains de leur personne. Ce n’est qu’en 1627 que les anciens parias obtinrent du Parlement de Toulouse entière satisfaction, et la jouissance de tous les droits qui jusqu’alors leur étaient refusés. Cet arrêt de 1627 eut sans doute un retentissement considérable, car il n’y a aucune trace de procès nouveaux avant la fin du XVIIe siècle20.

Au XVIe siècle, on estime que les cagots représentaient environ dix pour cent de la population locale. À partir de cette époque, si les interdits demeuraient, l’isolement se relâcha, et au fil des siècles qui suivirent ils commencèrent peu à peu à s’intégrer dans la population de sorte que leurs noms de familles, désormais inscrits sur les registres paroissiaux, ne les distinguaient plus, puisque, avec un même patronyme dans une même paroisse certaines familles étaient cagotes et d’autres non. En fait, il est certain que la plupart des familles du sud-ouest de la France et de l’autre versant des Pyrénées en Espagne comptent au moins un ascendant cagot.

En 1683, un fait administratif bouleversera la donne, même si les attitudes n’évolueront que très lentement. Louis XIV et Colbert ayant besoin d’argent pour financer les guerres lointaines, l’Intendant de Béarn, M.Dubois du Baillet, devant la demande royale, d’imposer la gabelle au Béarn, à la Bigorre et à la Chalosse jusqu’alors épargnés sous les Albret, proposa que l’on donne la possibilité aux cagots d’acheter leur affranchissement ; l’instauration de la gabelle pouvant provoquer des émeutes. L’idée fut acceptée et les Lettres Patentes distribuées. Les cagots pouvaient devenir des citoyens à part entière et les interdits les frappant furent en partie supprimés (ordonnance de l’intendant de Bezons de 1696), avec l’aide de l’évêque de Tarbes, Mgr de Poudenx, et abolis en 1789. Le successeur de Mgr Poudenx, Mgr de la Romagère a ordonné prêtre, le premier cagot, c’était en 1768. À la fin du XVIIIe siècle, leur intégration au sein des communautés villageoises était pratiquement établie, bien qu’encore rejetée par nombre de non-cagots10.

C’est la Révolution française qui leur permit de devenir définitivement citoyens à part entière[réf. nécessaire], à la suite des Juifs et des Protestants qui l’étaient devenus grâce à l’édit de Versailles pris par Louis XVI en 1787 et enregistré en 1788.

En 1809, le sous- préfet d’Argelès répondait au ministre de l’Intérieur soucieux du bien être de ces exclus : Elle [la population cagote] s’est tellement fondue et mélangée par les alliances avec les autres communauté du pays que tous les caractères physiques et moraux, s’il en existe, ont entièrement disparu, et que ces familles ne sont plus distinguées que par l’ancienne tradition locale dont le souvenir s’efface chaque jour. »10

Au XIXe siècle, subsistaient essentiellement les injures, le terme « cagot » en constituant une, encore utilisée dans le sud-ouest de la France, sans qu’on ne sache plus aujourd’hui quelle en est l’origine.

En Espagne, en Navarre, la ségrégation qui a officiellement pris fin en 1819 lorsque le Parlement a interdit expressément la marginalisation des agotes a également mis longtemps à se résorber dans les mentalités, voire dans les faits. La localité de Bozate dans la commune d’Arizkun, située dans la vallée du Baztan en Navarre fut la dernière enclave connue des Agotes (du XIVe siècle au début du XXe siècle, porte à part à l’Église, espace à part dans le cimetière, pas de mariage à l’extérieur du groupe, ségrégation à l’école, etc.).

Mémoire

Un musée se trouve dans la localité de Bozate, en Espagne, créé par le sculpteur Xabier Santxotena46, né en Arizkun (descendant d’Agotes). Pour ce dernier, les cagots provenaient des groupes d’une ancienne guilde, en France, dédiée à la construction de cathédrales. Selon Santxotena, l’exclusion des cagots viendrait du fait que ces groupes avait des idées religieuses différentes de l’orthodoxie catholique (ils incinéraient leurs morts, ils étaient contre la hiérarchie de l’Église, etc)47 . Si fait que, considérés comme hérétiques, les agotes avaient été par conséquent considérés comme porteurs d’une sorte de « lèpre spirituelle » symbolique. Le musée présente les œuvres du sculpteur (dans un parc) et une « casa Gorrienea », ouverte en 2003, montre la vie quotidienne de ces ancêtres cagots.

Le seul musée des cagots de France se trouve dans les Hautes-Pyrénées à Arreau48. Il est situé dans le château des Nestes, rue Saint-Exupère49.

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La rue des Capots, et la « porte Anglaise » – Mézin (Lot-et-Garonne).

La toponymie sert également la Mémoire, des lieux existent encore, rappelant l’existence des cagots dans ces localités : rue des cagots (communes de Montgaillard et de Lourdes)50, impasse des cagots (Laurède)50, place des cagots (Roquefort)50, place des capots (Saint-Girons), rue des Capots (communes de Mézin, Sos, Vic-Fezensac, Aire-sur-l’Adour, Eauze, Gondrin)50, chemin des capots (Villeneuve-de-Marsan), ruelle des capots (Verine). À Aubiet, un lieu-dit (lotissement) s’appelle « les Mèstres ». C’est à cet endroit, dans un hameau, que les cagots (les mestres) d’Aubiet vivaient, sur la rive gauche de l’Arrats, séparés du village par la rivière. Dans ce dernier exemple, la découverte du nom du lieu a permis à des enseignants de découvrir l’histoire des cagots et de déclencher un travail pédagogique51. Des noms de lieux-dits évoquent aussi les cagots, comme Salazar (Villefranche-de-Lauragais), Saint-Lézé, Larrazet (Tarn-et-Garonne)50. Jusqu’au début du XXe siècle, plusieurs quartiers de cagots portaient encore le nom de Charpentier ;

Un exemple de discrimination fondée sur la peur et les préjugés

Peur de la contagion

L’histoire des cagots témoigne de la peur viscérale qu’éprouvaient les populations vis-à-vis de la lèpre, de la terreur que cette maladie inspirait, mais aussi et surtout des ravages que la peur opère, des fantasmes qu’elle suscite et des réactions qu’elle inspire, du rôle qu’elle joue dans la ségrégation d’une partie de la population.

Si leur sort peut être comparé à celui de groupes exclus dans de nombreuses sociétés (parias et poulichis en Inde ou burakumin du Japon), la particularité des cagots dans l’histoire des discriminations est d’être une relégation héréditaire et socio-économique vernaculaire, non justifiée par une structure religieuse ou politique à la différence des systèmes de caste, des ghettos juifs ou bannis. Elle ne vise ni à la disparition ni à la conversion : on n’a pas de trace de pogromes ou de bûchers destinés aux cagots pour leur seule qualité de faire partie de cette communauté. C’est un processus discriminant autour de la peur de la maladie impure et/ou généalogiquement transmise, dans une structure socio-économique d’exclusion sur le terroir villageois. Cette population, considérée comme physiquement différente, garda un statut spécifique dans la société médiévale d’abord et moderne ensuite, faisant parfois fonction de bouc émissaire pour conjurer la peur de la lèpre, maladie dont on ignorait l’origine et que l’on ne savait pas soigner.

Ce n’est qu’avec la progression du pouvoir central normalisateur que le phénomène disparaît pour le cas des cagots à la fin du XVIIe siècle.

Préjugés sociologiques

Les préjugés s’appuyaient d’une part sur la croyance en un stéréotype physique des cagots, décrits par certains[réf. souhaitée] documents comme tantôt petits et bruns au teint olivâtre, et tantôt grands aux yeux bleus (pourtant aucune origine ethnique homogène ou particulière n’apparaît clairement, et rien ne les distingue vraiment du reste de la population). Des médecins nommés par le Parlement de Toulouse, après expertise de 22 d’entre eux le 13 juin 1600, ne purent que conclure qu’ils étaient exempts de toute pathologie. Mais les préjugés demeuraient, attribuant aux cagots4 un ensemble de caractéristiques physiques et de caractères abstraits. Ainsi les cagots étaient censés dégager une odeur désagréable. D’autre part, les préjugés s’appuyaient aussi sur des stéréotypes moraux (on disait aussi les cagots nuisibles et maléfiques, les prétendant parfois sorciers, les accablant de nombre de maux et vices), mais aussi fantasmatiques, les affublant de tares telles que l’absence de lobe aux oreilles, de pieds et de mains palmés, ou d’être goitreux. Certains de ces traits rappellent les séquelles physiques de la lèpre, tandis que le goitre était une maladie typique des populations montagnardes privées de nourriture iodée. Concernant l’arriération mentale en proportion de cette population, il n’est pas établi que ce pourcentage ait différé du reste de la population locale. Les populations du Moyen Âge, contrairement aux nôtres, ne discriminaient de toute façon pas sur ce critère.

De plus, les préjugés attribuant aux cagots un éloignement de l’Église catholique ne sont pas absents, comme l’atteste ce quatrain de Ronsard de 1562, Remonstrance au peuple de la France, ou cagot est associé à Gots, Wisigoths, mais aussi Huguenots.

Je n’aime point ces noms qui sont finis en os,

Gots, cagots, austrogots, visgots et huguenots,

Ils me sont odieux comme peste, et je pense

Qu’ils sont prodigieux à l’empire de France.

Patronymes cagots

Patronymes dérivés de cagots en France

Les noms de famille dérivés des métiers, tels Charpentier et Cordier sont globalement assez présents dans les descendances des cagots de part l’absence de nom de famille dans les registres paroissiaux. De même, le surnom de Chrétien qui leur était donné entraîne une forte occurrence de ses dérivés (Chrétien, Chrestia, Crestien, Cretin..) dans les noms de famille actuels, sans toutefois pouvoir exclure une autre provenance pour ces noms de famille.

Les cagots habitant en dehors des villes, il est fréquent de désigner la place où ils habitaient comme « la place ». Ainsi, le nom de famille Laplace peut être attribué à des cagots.

Plus directement, les dérivés de toutes les formes de surnoms des cagots, sont aujourd’hui présents dans les descendances. On trouve en particulier, les formes dérivées de Colibert (Colbert, Collibert, Collibet…), de Caquin ou Kakou (Coquin, Coquet, Caque, Caquette, Caqueux, Cacou…), de Gahet (Gaffet, Gaffez, Gavot…), d’Agot, voire de Canard, en raison de la patte de canard qu’ils devaient porter (Canard, Canar…).

Enfin, les noms de famille désignant des lépreux peuvent également avoir été donnés à des cagots : Lépreux, Lazare, Lazaru, Salazar, Leze…

Nom de famille52 Occurrences en France en 201553
Charpentier 903 965
Cordier 349 243
Chretien 225 777
Laplace 97 208
Coquet 84 602
Cretin 78 008
Colbert 63 396
Canard 44 300
Chrestien 35 240
Coquin 31 007
Lepreux 21 809
Lazare 21 310
Gaffet 16 263
Caquet 13 235
Salazar 7 117
Lazaru 7 111
Colibert 6 668
Leze 6 218
Gavot 5 031
Caquin 4 510
Crestien 4 148
Chrestian 3 416
Caque 3 146
Coquette 3 085
Capot 3 152
Collibert 2 783
Larrazet 2 742
Chrestia 1 707
Crestia 1 321
Capo 1 362
Gaffez 1 302
Chicou 1 380
Colibet 1 073
Crestian 1 028
Agot 1 007
Cacou 947
Ladre 880
Canar 937
Ladron 421
Caqueux 358
Gafet 377
Grauer 290
Collibet 222
Cagot 202
Gahet 91
Colbet 69
Cretan 55
Kakou 46
Gajo 68
Kake 57
Chretian 26
Gafo 22
Gaffo 13
Giezi 4

Autres patronymes portés par les cagots

Le premier cagot béarnais dont nous connaissons le nom s’appelle Domengoo de Momas, d’Artiguelouve. Momas est un village béarnais. Le cagot qui s’établissait dans la cagoterie d’un autre village pouvait garder comme additif (au nom de baptême)le nom du village d’origine, dont il était l’exclu54.

Les cagots ont, en premier lieu, comme patronymes, des prénoms, dû au fait qu’ils n’avaient pas le droit d’avoir un nom de famille dans les registres paroissiaux. Chez les cagots, cela paraît indiquer le baptême le jour de tel ou tel saint, dont on substitue le nom au nom oriental du catéchumène : Guillem (Guillaume) ; Bertran (Bertrand) ; Baslia (Bastien) ; Arnaut (Arnaud)55. Ce qui paraît plus particulier, c’est l’abondance de diminutifs indiquant une moindre considération : Janiet (Petit Jean) ; Guilhaumet (Petit Guillaume) ; Peyrolet (Petit Pierre) ; et Bernadou (Petit Bernard) ; Lucalou (Petit Lucas), etc.55.

Les noms d’objets : Tislès (paniers) ; Caplisteig (tête de panier) ou encore Tamboury (Tambourin), qui est donné parce qu’anciennement les cagots jouaient du tambour dit de basque, présomption d’origine espagnole ou mauresque55.

Citons quelques appellations exclusivement cagotes : Berdot ; Blazy (Blaise) ; Estrabou ; Doat et Douau ; Feuga ; Louncaubi et Mouncaubi ; Menjou et Menjoulet55.

Le paysan pyrénéen a, plus rarement que les provinciaux de langue d’oïl, un surnom pour patronyme. En tout cas, ceux-ci sont tous portés par des descendants de cagots : Chibalet (petit cheval) ; Cournel (cornet, peut-être cornard) ; Joarï Soulel (Jean qui est seul) ; Pistole (pistole) ; Lachoune (parties génitales féminines) ; Matagrabe (tue boue, vainqueur de la boue, sans doute parce que sa cabane était bâtie sur un bourbier). On ne cédait pas aux cagots les meilleurs terrains et d’ailleurs, en général hors du village ; Lamoune (le singe) ; Mounau, Mounou (le singe, le petit singe) ; Testaroüye (tête rouge, le rouquin)55.

Quelques noms de lieux leur sont spéciaux : Caussade (chaussée) ; Castagnède (châtaigneraie) ; Junca/Junqua (jonchaie) ; Tuya (endroit planté de bruyères et d’ajoncs). On remarquera ici les sites malsains ou isolés qu’indiquent ces mots, rappelant l’habitat de ces sortes de parias, toujours mis à part, jusqu’aux temps modernes. Un nom de métier, réservé aux cagots, tisserand, est fréquent, en Béarn et en Bigorre : Tisné et le pluriel Tisnès55.

Ce qui précède ne prouverait que le caractère distinct d’habitants du Sud-Ouest. Ne portant pas les mêmes noms que les autres, ils formaient donc incontestablement un groupe à part.

Mais il existe des noms de cagots très communs en Aragon et dans les pays de langue catalane, certains répandus dans la région de Valence et même en Castille. Plusieurs rappellent l’origine espagnole de ceux qui les portent. Antonio ; Arraza et Darraza ; Berdolo ; Monico et Monicolo ; Oliva ; Rozès ; Ramonet et Ramonau ; Rotger. Les mots s’altèrent plus ou moins prononcés par des gascons, mais on reconnaît les racines hispaniques. Les patronymes cagots : Chicouyou ; Chicoy (du castillan chico, petit, altéré en béarnais, chicou, on appelle les espagnols des chicous dans plusieurs régions des Basses-Pyrénées) ; Espagnac et Despagnat indiquent la provenance espagnole. Les noms de marranes, de morisques se retrouvent, quoiqu’en petit nombre. Peut-être : Moura ; Boulan ; Boumata ; Bourjou ; Laouan sont-ils des altérations, d’anciens noms arabes55.

Fusler et Miro ; Rey sont en général portés dans les Baléares par les chnetas, juifs convertis au Xe siècle. On les trouve çà et là dans les Pyrénées. Marrân et Marrant, nom cagot, rare il est vrai, est le mot espagnol marrano, juif converti et aussi porc. Quant au nom de Gahet et de Gahouillet, c’est la forme pyrénéenne du castillan gajo lépreux. Il est incontestablement exclusif à des cagots. (La conversion du « f » et du « h » est fréquente.)55.

Les noms de cagots pouvaient être notamment observés sur les registres paroissiaux (mention de gézitains annotées aux côtés des noms de cagots), ou bien par exemple sur des registres notariaux ou fiscaux. Ainsi l’inventaire des ressources domaniales dans les bailliages de Pau, Lembeye et Montanérès, vers 1550, comporte de longues listes de francaus (impôts) dus par des cagots, par exemple : lo crestia de Gerderest, Menyolet crestia de Gerderest, Dangavo maeste Guillem du crestia du ssus, Margalide du crestia de bat, Johan de Feaas, maeste Bernadon deu Bosq, maeste Bernadon, maeste Bemad de Poguet, maeste Pascaou de Balente56.

Étymologie de cagot

De nombreuses hypothèses formulées sur l’origine du mot cagot sont fantaisistes. Le terme n’ayant reçu jusqu’à présent aucune explication réellement satisfaisante.

L’hypothèse d’une origine gotique a été proposée. Elle affirme que cagot s’est formé par contraction de caas-goths et, sous les derniers Mérovingiens. Acculés aux pieds des Pyrénées, ils reçurent des habitants le nom injurieux — y compris dans les documents en latin — de canes gothi, c’est-à-dire « chiens de Goths » 57). Cette dénomination injurieuse est usitée dès 507 pour désigner les Goths à cause de leur attachement à l’arianisme, objet de scandale pour les catholiques. Selon cette hypothèse, cette race, vouée à la persécution des Francs après leur victoire à la bataille de Vouillé, en 507, où Clovis tua Alaric II, roi des Wisigoths, aurait été obligée de se cacher dans les plus secrets réduits des montagnes pour conserver ses habitudes religieuses. Elle y aurait, outre la consanguinité, contracté la lèpre et l’hypothyroïdie, maladies endémiques qui, conjuguées entre elles, auraient réduit cette race à un état pareil à celui des crétins (à rapprocher du « crétin des Alpes »). Lorsque, dans la suite, elle aurait abjuré l’arianisme pour se réunir à la communion romaine, la communauté des cagots aurait alors été regardée comme un ensemble de ladres et infects. Mais le terme de cagot n’apparaît — sous la forme cacor — qu’autour de 1300. En outre que signifie *caas ? Terme non identifié et inconnu en gotique. Quant à canes gothi, il ne peut rendre compte des plus anciennes attestations du nom du type cacor, cagot, où il n’existe aucune trace d’un [s], ni d’un [n].

Rabelais utilise dès 1535 le terme cagot en français et cela, dans un passage de Gargantua au sujet de l’abbaye de Thélème : une inscription sur la porte en interdit l’entrée aux « hypocrites, bigots, cagots ». Ces terme de bigots et de cagots liés dans une même phrase ne sont pas anodins : Got et Gode dans les langues germaniques désignant en effet Dieu, certains y voient un rapprochement à un jugement religieux basé sur une foi exagérée et hypocrite telle l’Académie Française qui dans son édition 1932-1935 donne comme définition à ce mot : « Celui, celle qui a une dévotion fausse ou mal entendue. » ou « Got », en langue germanique, signifiait Dieu ; et delà nous tirons les mots de bigot et cagot, pour dénoter ceux qui avec une trop grande superstition s’adonnent au service de Dieu. ». Étienne Pasquier58 écrivait aussi au XVIe siècle : « Got en langue germanique et française signifiait Dieu, et de là nous tirons les mots de bigot et cagot ». Dans son édition de 1986, l’Académie lui accorde les deux sens : 1. Anciennement. Lépreux ; descendant de lépreux. 2. Personne qui a une dévotion hypocrite ou mal comprise. P. M. Quitard propose une autre hypothèse59 : Court de Gebelin qui dérive ce mot de caco-deus, rapporté par Ducange. Caco, signifiant faux, serait devenu cagot, hypocrite ; et comme l’hypocrite a toujours le nom de Dieu à la bouche, et l’emploie à tout, il aurait été surnommé, chez les peuples qui appellent Dieu God, kakle-God, caquette-Dieu, et insensiblement cak-god et cagot.

Malgré la ressemblance avec les mot grec cacos « mauvais » et breton kakou qui signifie « lépreux, ladre », il faut sans doute préférer l’origine béarnaise cagot « lépreux blanc »60. Une autre hypothèse, est que le béarnais cagot représenterait la première personne de l’indicatif présent du verbe bas-latin cacare qui a évolué vers l’occitan cagar, (chier) 61; « cagot » est effectivement une appellation dépréciative occasionnelle, celle plus neutre de crestian étant plus répandue, par exemple dans la toponymie. La prononciation n’est pas [ca'go] mais [ca'gòt] : comme le -òt est un diminutif occitan, cagòt peut se traduire littéralement par « crotte » ou « petit merdeux ». En fin de compte, le rapprochement avec le terme cacare > cagar n’est pas sûr. En tout cas, sur le plan sémantique, le mot désignait bien à l’origine des populations reculées des vallées pyrénéennes (peut-être affectées de la lèpre ou d’une autre maladie) et a été appliqué par dérision aux bigots62. Le mot cagot est peut-être le même que le mot cagou, dont la première mention littéraire date d’entre 1285 et 1323 sous la forme cacor « lépreux blanc » (archives de la Seine-Maritime, Chronique ms. anonyme de 1285 à 1323, no5 des Cartul., fo142 roet vods Mém. de la Société d’histoire de Paris, XI, 57 [1884]) ; 1321 cacos, pluriel (Chronique parisienne anonyme, ibidem), formes isolées. B. 1. 1426 cagou « idem » (Plouzané, Bretagne d’après Esn.)63. Son étymologie est tout autant obscure, peut-être un hypothétique *cacōsus « breneux », qui serait dérivé du latin cacare au moyen du suffixe -ōsus (-eux en français, -oux dans l’ouest)63.

Sens dérivé

Jusqu’au milieu du XXe siècle, cagot, utilisé comme une insulte, signifiait aussi bien « crétin » que « idiot du village », « bigot » ou « goitreux ». Beaucoup d’observateurs faisaient la confusion entre les crétins et les cagots, du fait que ces derniers, contraints à l’endogamie, avaient parmi eux des individus qui semblaient avoir subi un arrêt de croissance. Mais ce n’était pas la généralité, et les cagots observés par la société d’anthropologie de Paris en 1867 n’étaient atteints d’aucune difformité10.

Le terme « cagot » a pris, à la suite de bigot et sans doute sous l’influence de sonorités communes, le sens de « personne dévote à l’excès » ; ceci proviendrait des efforts désespérés des cagots pour s’intégrer dans les communautés locales.

Attesté chez Rabelais, le mot a également eu la nuance d’hypocrisie, de religiosité affecté, préfiguration de « tartuffe ».

« Quoi ? je souffrirai, moi, qu’un cagot de critique
Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique ? »

Molière, Le Tartuffe I, 1.

« Sénécal se rembrunit, comme les cagots amenés dans les réunions de plaisir. »

Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale.

Bibliographie

  • Antolini, P., 1991, Au-delà de la rivière. Les cagots : histoire d’une exclusion, Nathan (1989 en italien), ISBN 2091904309.
  • Bouillet, M.-N., et Chassang, A. (dir.), 1878, « Cagots », Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 25e édition (Wikisource).
  • Cordier, E., 1866-1867, « Les Cagots des Pyrénées », Bulletin de la Société Ramond.
  • Descazeaux, R., 2002, Les Cagots, histoire d’un secret, Pau, Princi Néguer, ISBN 2846180849.
  • Fabre, M., 1987, Le Mystère des cagots, race maudite des Pyrénées, Pau, MCT, ISBN 2905521619.
  • Fay, H.-M., 1910, Lépreux et Cagots du Sud-Ouest, Paris, 1910, reprint ICN, Pau, 2000, 784 p.
  • Guerreau, A. et Guy, Y., 1988, Les Cagots du Béarn. Recherches sur le développement inégal au sein du système féodal européen, Paris.
  • Jean-Emile Cabarrouy, 1995, Les cagots – Exclus et maudits des terres du sud. J&D Éditions, Biarritz;
  • Loubès, G., 1998, L’énigme des cagots, éditions Sud Ouest, ISBN 2879012775.
  • Francisque Michel, L’Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne, Paris, A. Franck,‎ 1847, 341 p. (lire en ligne) ; rééd. deux tomes, Ed. des Régionalismes, Cressé, 2010, ISBN 2846183198 & ISBN 2846185638.
  • Ricau, O., 1999, Histoire des cagots, réédition Pau, Princi Néguer, ISBN 2905007818.
  • Jean-Jacques Rouch, Jean le cagot : Maudit en terre d’oc, Toulouse, Privat, coll. « Roman historique »,‎ 2012, 215 p., 22 cm (ISBN 9782708959033)
  • Charpentier, L., 1971, Les Jacques et le mystère de Compostelle, Robert Laffont (éditions J’ai Lu) (pages 135-141), ISBN 2277513679.

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Cagots, sur Wikimedia Commons

Liens externes

Notes et références

  1. a, b, c et d Yves Guy, « Sur les origines possibles de la ségrégation des cagots », Centre d’Hémotypologie du C.N.R.S., C.H.U. Purpan et Institut pyrénéen d’Etudes anthropologiques, no Communication présentée à la séance de la Société française d’histoire de la médecine.,‎ 19 février 1983 (lire en ligne [archive])
  2. Un toponyme Chrestias existe à Colomiers.
  3. PAOLA ANTOLINI, Los Agotes. Historia de una exclusión,‎ 1995
  4. a, b et c Jean-Emile Cabarrouy, Les cagots, une race maudite dans le sud de la Gascogne : peut-on dire encore aujourd’hui que leur origine est une énigme ? « Exclus et maudits des terres du sud », J. & D. éditions,‎ 1995, 76 p.
  5. a, b et c Francisque Michel (1809-1887), target= »_blank » Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne, 1847 [archive] , p. 96
  6. « Paratge » [archive], sur http://paratge.wordpress.com [archive] (consulté en 2014/19/12)
  7. a, b, c et d François Beriac, « Une minorité marginale du Sud-Ouest : les cagots », Persée, no 6-1,‎ 1987 (lire en ligne [archive])
  8. Benoît Cursente, « La question des « cagots » du Béarn. Proposition d’une nouvelle piste de recherche », Cahiers du Centre de Recherche historique,‎ 1998 (lire en ligne [archive])
  9. Cf la hont deus Ladres, la « fontaine des lépreux » à Saint-Christau, vallée d’Aspe
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l « Les cadets, les cagots, les abbés laïques et les guides » [archive], sur www.patrimoines-lourdes-gavarnie.fr (consulté en 2014/14/12)
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Gilbert Loubès, L’énigme des cagots, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest,‎ 1995
  12. a, b, c, d et e Alain Guerreau (historien, directeur de recherche au CNRS) et Yves Guy (docteur en médecine, docteur ès science, directeur de recherche à l’INSERM), Les cagots du Béarn, Minerve,‎ 1988, 230 p., p. Chapitre premier
  13. Robert, Ulysse, Les signes d’infamie au moyen âge : Juifs, Sarrasins, hérétiques, lépreux, cagots et filles publiques, Paris, H. Champion,‎ 1891 (lire en ligne [archive])
  14. a, b, c, d et e Jules Michelet, target= »_blank » Histoire de France, Volume 1 [archive], p. 495
  15. Patois de Luçon où ce mot désigne également les « Gens du voyage »
  16. a et b Ulysse Robert, Les signes d’infamie au moyen âge : Juifs, Sarrasins, hérétiques, lépreux, cagots et filles publiques, H. Champion,‎ 1891 (lire en ligne [archive])
  17. « Fonds Albert Ricaud, érudit marmandais » [archive], sur Archives du conseil général (consulté en 2014/21/12)
  18. « Léglise de Saint-Savin-en-Lavedan » [archive], sur http://patrimoines.midipyrenees.fr/ [archive] (consulté en 2014/14/12)
  19. a, b, c, d, e, f, g et h L. Louis-Lande, « Les cagots et leurs congénères », Revue des deux mondes,‎ 1878 (lire en ligne [archive])
  20. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Dr H.-M. Fay, Dr H.-Marcel, Histoire de la lèpre en France . I. Lépreux et cagots du Sud-Ouest, notes historiques, médicales, philologiques, suivies de documents, Paris, H. Champion,‎ 1910 ([ark:/12148/bpt6k57243705 lire en ligne])
  21. « plan des généralités françaises assujetties à la taille »
  22. a et b « Sa construction au XIVème » [archive], sur Les amis du château de Montaner (consulté en 2014/16/12)
  23. Cette chapelle devenue paroisse, la Chapelle Saint-Nicolas-de-Graves, a été détruite« Capera Gahets » [archive], sur http://www.pss-archi.eu/ [archive]
  24. L. Louis-Lande, « Les Cagots et leurs congénères », Revue des Deux Mondes, no tome 25,‎ 1878 (lire en ligne [archive])
  25. « Connaissez-vous les cagots ? » [archive], sur Bibliothèque de Bordeaux (consulté le 9 décembre 2014)
  26. « Les cagots : un mystère en Béarn » [archive], sur Site officiel de l’Office de tourisme de Lacq, Coeur de Béarn (consulté le 9 décembre 2014)
  27. « Monein » [archive], sur Site officiel de l’Office de tourisme de Lacq, Coeur de Béarn (consulté le 9 décembre 2014)
  28. « Église Saint-Girons de Monein » [archive], sur Paroisse Saint-Vincent des Baïses – Monein (consulté le 9 décembre 2014)
  29. Francisque Michel, Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne., Paris, A. Franck,‎ 1847 (lire en ligne [archive]), T. 1 page 10
  30. « Cercle historique de l’Arribère » [archive], sur http://bearndesgaves.fr [archive] (consulté en 2014/20/12)
  31. Jean-Claude Bouleau, Frédérick Tristan, Encyclopédie du compagnonnage, Rocher,‎ 2000, 719 pages p.
  32. Musée du compagnonnage à Toulouse
  33. « Archives pyrénéennes : cagots » [archive] (consulté le 9 décembre 2014)
  34. Archives départementales de la Gironde« Inventaire des archives de la série C. » [archive], sur http://archives.gironde.fr/ [archive] (consulté en 2014/14/12)
  35. http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1983x017x001/HSMx1983x017x001x0085.pdf [archive]
  36. Par exemple le germaniste Pierre Bertaux
  37. L’historien Claude Larronde, comme Pierre de Marca, pense qu’« Il s’agit de descendants de Sarrasins qui restèrent en Gascogne après que Charles Martel eut défait Abdel-Rahman. Ils se convertirent et devinrent chrétiens. » ; Claude Larronde, Vic-Bigorre et son patrimoine, Société académique des Hautes-Pyrénées, 1998, p. 120.
  38. Joël Supéry, Le Secret de Vikings[réf. incomplète]
  39. Michel Lamy, Les Templiers, 2001[réf. incomplète]
  40. Loubès 1998, p. 26.
  41. Lafont, R., Duvernoy, J., Roquebert, M., Labal, P., Les Cathares en Occitanie, Fayard, 1982, p. 7.
  42. « L’Israël des Alpes », Revue des deux Mondes,‎ 1868, tome 74. page 595 (lire en ligne [archive])
  43. voir ci-dessus le passage cité de la supplique à Léon X [réf. incomplète]
  44. Les Cagots du Béarn. Recherches sur le développement inégal au sein du système féodal européen de Alain Guerreau et Yves Guy, éditions Minerve, Paris, 1988
  45. Michel Figeac, Les affrontements religieux en Europe : Du début du XVIe siècle au milieu du XVIIe siècle, Coédition CNED/SEDES,‎ 2008
  46. (es) Xabier Santxotena Alsua
  47. (es) « Le quartier Bozate » [archive], sur http://www.diariodenavarra.es [archive] (consulté en 2014/13/12)
  48. « Les cagots à Arreau » [archive], sur Les Hautes-Pyrénées et le village de Loucrup (consulté le 12 décembre 2014)
  49. « Musée des cagots » [archive], sur http://www.tourisme-midi-pyrenees.com/ [archive] (consulté le 12 décembre 2014)
  50. a, b, c, d et e « google maps » [archive], sur google maps
  51. « Les cagots d’Aubiet et ceux du Gers » [archive], sur OCCE (consulté en 2014/13/12)
  52. Les variantes orthographiques proches (par exemple Agot et Agots) ne sont pas distinguées.
  53. [1] [archive] Statistiques du Répertoire national d’identification des personnes physiques de l’Insee (l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques) via le site 123genealogie.com. Le site ne fait que présenter les statistiques issues de ce fichier qui a été élaboré par l’Insee à partir du fichier des communes des naissances. Ce fichier comptabilise pour chaque commune le nombre de naissances par patronyme. Ce fichier fournit le nombre des naissances enregistrées sous chaque patronyme par commune. Par ailleurs, il inclut également dans ses statistiques, toutes les personnes nées entre 1891 et 1940 et non décédées en 1972. La présentation statistique synthétique de ce site s’appuyant sur une source primaire factuelle, est donc considérée comme une source secondaire fiable. Pour en savoir plus sur ce fichier, consulter l’Insee [archive] et et pour en savoir plus sur sa pertinence pour une étude anthroponymique, consulter Geopatronyme [archive].
  54. « Les habitants de la forêt » [archive], sur http://alainjb.lalanne.pagesperso-orange.fr/ [archive] (consulté en 2014/19/12)
  55. a, b, c, d, e, f, g et h J.H Probst-Biraben, professeur à la medersa de Constantine, Cagots des Pyrénées et Mudejares d’Espagne, Revue du Folklore Français,‎ 1932 (lire en ligne [archive]), pages 27 et 28
  56. Françoise Bériac, lien Une minorité marginale du Sud-Ouest : les cagots,‎ 1987 (lire en ligne [archive])
  57. Michel, Histoire des races maudites, I, p. 284
  58. Étienne Pasquier, Œuvres choisies [archive], p. 101
  59. p. 1182-1183, Dictionnaire Étymologique, Historique et Anecdotique des Proverbes et des Locutions Proverbiales de la Langue Française. Paris, 1842, P. Bertrand, Libraire-éditeur.
  60. CNRTL (France) : étymologie de « cagot » [archive]
  61. mensuel CQFD, [2] [archive], mai 2011
  62. CNRTL (France), ibidem
  63. a et b http://www.cnrtl.fr/definition/cagou [archive]

 


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Avis du 3 février 2015

Ce blog a été créé le 6 janvier 2015 pour prendre le relais du Petitcoucou venant d'être suspendu sans préavis ni avertissement en milieu de journée. Ayant eu cette fonction jusqu'au 1er février 2015, il devient un doublon du Petitcoucou suite à la réouverture de ce dernier après trois semaines de suspension, et sa reprise d'activité à compter du 2 février 2015.

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Avis

Les statistiques de ce blog sont bloquées depuis le 21 janvier 2015. Plus aucun compteur n'est incrémenté, ceux des visites du jour restent à zéro, les mises à jour ne se font plus.

Avis du 24 janvier 2015

Mes statistiques "avancées" sont de retour et font apparaître un record de visites le 21 janvier 2015 - record très modeste, mais néanmoins record pour ce blog nouveau-né. En revanche, les statistiques "basiques" sont toujours bloquées. Tout cela m'évoque bien évidemment les petites manies de Cyprien Luraghi qui n'a jamais pu supporter de voir s'envoler le nombre de mes lecteurs, qu'il surveille comme le lait sur le feu depuis la création de mon premier blog, sur Le Post, début septembre 2009.

Avis du 26 janvier 2015

Mes statistiques "basiques" sont de retour. Tout se passe normalement. Le Chinois de Thaïlande est inactif sur ce blog.

Avis du 31 janvier 2015

Mes statistiques "basiques" sont de nouveau bloquées depuis le 29 janvier.

Avis du 1er février 2015

Retour de mes statistiques "basiques".

Avis du 3 février 2015

Statistiques "basiques" de nouveau bloquées depuis le 1er février.

Avis du 6 février 2015

Mes statistiques "basiques" sont de retour. Tout fonctionne.

Avis du 11 février 2015

Mes statistiques "basiques" sont de nouveau bloquées depuis le 8 février.

Avis du 26 février 2015

Statistiques "basiques" enfin débloquées !

Avis du 27 février 2015

Statistiques "basiques" de nouveau bloquées depuis le 26 février. Ce petit jeu pourrait-il cesser ? On n'en voit pas l'intérêt... Complément de 22 h: merci de m'avoir rendu ces statistiques !

Avis du 4 mars 2015

Statistiques "basiques" de nouveau bloquées depuis le 1er mars. Merci de les débloquer et ne plus les bloquer ou les oublier en cet état à l'avenir.

Avis du 7 mars 2015

Statistiques "basiques" bien débloquées. Merci.

Avis du 25 mars 2015

Statistiques "basiques" bloquées depuis le 14 mars.

Avis du 2 avril 2015

Mes statistiques "basiques" sont de retour.

Avis du 26 avril 2015

Les statistiques "basiques" de ce blog sont encore bloquées, depuis le 10 avril 2015.

Avis du 28 avril 2015

Statistiques de retour. Merci.

Avis du 7 mai 2015

Je n'ai de nouveau plus de statistiques "basiques" depuis le 2 mai. Comme pour Petitcoucou, les statistiques "avancées" ont également disparu depuis deux jours.

Avis du 10 mai 2015

Statistiques "basiques" débloquées. Merci. Me manquent encore les statistiques "avancées".

Avis du 14 mai 2015

Toutes mes statistiques sont de retour depuis hier. Merci.

Avis du 3 octobre 2015

Les compteurs de mes statistiques avancées sont tous à zéro depuis le 1er octobre. Merci de me les rendre.

Avis du 5 octobre 2015

Statistiques "avancées" de retour ce soir. Merci.

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